Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Sumac et peau de chagrin (émission du 8 février)

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dans les rues d'Alep, mai 2006

Dans les rues d’Alep, mai 2006

Nous voilà dans Tout en nuances pour une nouvelle année sur les couleurs avec RCF (103.7, chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10). Après trois années passées à décliner les nuances du bleu, nous nous sommes attardés sur son contraire symbolique : le rouge, ambivalente entre toutes, couleur de feu, de passion, de colère mais aussi de créativité, d’inventivité et de force. Nous avons parlé la semaine dernière du maroquin rouge dans lequel sont réalisées les mules du pape. Mais qu’est-ce que le maroquin ? Il s’agit d’une peau de mouton ou d’une peau de chèvre teintée le plus souvent au sumac (on parle alors de peau de chagrin. Le sumac est un arbuste appelé aussi Rhus – summaq en arabe littéraire. Le mot vient probablement du syriaque et signifie tout simplement « rouge ».

Il en existe environ 125 espèces surtout présentes dans les régions chaudes et tempérées. Les feuilles du sumac des corroyeurs, autrement dit le sumac des maîtres-tanneurs, contient beaucoup de tannins capables de teindre le cuir dans des tonalités de rouge. Le fin tannage au sumac rend le cuir souple et léger. À l’origine importé du Maroc, le cuir teinté de rouge servait dans la reliure de luxe permettant de réaliser de splendides couvertures de livres dont la couleur mettait en valeur les rehauts d’or. Plus tard, ce procédé a permis la fabrication de fines bottes et d’escarpins.

Certaines espèces de sumac sont vénéneuses et leur suc est un poison très actif. L’une d’entre elles, l’arbre à laque aussi appelé sumac au vernis, sert, au Japon, à laquer les ustensiles en bois.

En revanche, les baies de certaines espèces sont utilisées comme condiment en cuisine au Moyen-Orient. Parfois consommées telles quelles, elles sont le plus souvent séchées puis réduites en une poudre rouge-foncé, au goût acide et astringent. En Iran, le sumac en poudre est proposé sur la table avec les brochettes de viande hachée et le riz afin que chacun le saupoudre à sa convenance. Toujours dans la cuisine orientale, on mélange le sumac avec les oignons hachés pour les faire dégorger et les rendre plus digestes, acidulés et parfumés avant de les mélanger à la salade ou au taboulé.

Et voilà tout un voyage encore dans le rouge qui nous entraîne de la beauté des cuirs rouges à la peau de chagrin, expression expliquée au début de l’émission… et par association d’idées, de souvenirs désormais teintés du rouge-sang de la violence, je repense au marché d’Alep et d’Istanbul, dans lesquels nous déambulions alors, insouciants et émerveillés, le cœur plutôt bleu, admirant ces épices de toutes les tonalités de rouge et d’orangé ou goûtant le za’tar, mélange à base de sésame, de thym et de sumac…

Article du 8 février 2016

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Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

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