Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

« Le Cri » de Munch (émission du 22 février)

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Le Cri, celui de 1893, tempera sur carton, 91x73,5cm, Musée Munch à Oslo

Le Cri, celui de 1893, tempera sur carton, 91 x 73,5 cm, musée Munch à Oslo

Nous voilà dans Tout en nuances pour une nouvelle année sur les couleurs avec RCF (103.7, chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10). Après trois années passées à décliner les nuances du bleu, nous nous sommes attardés sur son contraire symbolique : le rouge, ambivalente entre toutes, couleur de feu, de passion, de colère mais aussi de créativité, d’inventivité et de force. Et voici le dernier tableau que nous analyserons tout en parlant du rouge : Le Cri de l’artiste norvégien Edvard Munch.

Il existe cinq versions différentes de cette scène expressionniste – trois peintures, un pastel et une lithographie – réalisées entre 1893 et 1917.

Cette œuvre majeure de l’artiste montre trois hommes sur un pont devant un fjord à Oslo. Le personnage du premier plan, chauve, vu de face, se bouche les oreilles tout en semblant pousser un cri sans fin : c’est une scène d’anxiété extrême, de panique et de détresse absolues.

Munch raconte lui-même le contexte qui lui a inspiré le tableau dans son journal du 22 janvier 1892 : « J’étais en train de marcher le long de la route avec deux amis – le soleil se couchait – soudain le ciel devint rouge sang – j’ai fait une pause, me sentant épuisé, et me suis appuyé contre la grille – il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir et de la ville – mes amis ont continué à marcher, et je suis resté là tremblant d’anxiété – et j’ai entendu un cri infini déchirer la Nature. »

Il y a tant de choses à dire sur ce tableau mythique. L’artiste y exprime son propre mal-être, sa jeunesse marquée par la maladie, la mort et ses années de dépression. Il exprime aussi l’angoisse du siècle qui s’annonce, toute une génération marquée par le feu, le sang, les guerres, les déportations, la destruction et la mort.

Nous nous intéresserons surtout à l’arrière-plan. Une sorte de volute tourbillonnante commence dans les tons de bleus et s’élève en un ciel rouge ondulant et menaçant. Ce ciel de feu a sans doute été inspiré à Munch par les couchers de soleil aux couleurs vives provoqués par la présence de cendres volcaniques répandues dans l’atmosphère autour de la planète, après l’éruption d’un volcan indonésien en 1883. Bien sûr, cette volute évoluant du bleu vers le rouge, résume une grande partie de nos propos sur le rouge. Comment le bleu d’un fjord qui pourrait sembler accueillant se transforme-t-il en un rouge de sang, de colère et d’angoisse, exprimant l’atmosphère d’un monde terrible ?

Ce tableau, c’est la rencontre entre la folie d’un homme et la folie d’un monde, entre un bleu qui pourrait aller vers la paix, et s’élève en une clameur vers le rouge, la couleur sanglante d’une époque tragique qui n’en finit pas.

Article du 22 février 2016

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Auteur : elisabethlamour

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