Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Les nuances de rose

2 Commentaires

Dominique Dauchez, Acrylique/colle à papier peint/gouache 120x120 cm

Dominique Dauchez, Acrylique/colle à papier peint/gouache 120 x 120 cm

Nous l’avons vu, la couleur rose naît le plus souvent d’un mélange obtenu par adjonction de blanc au rouge. Cennino Cennini parlait déjà au XIVe siècle dans son Livre de l’art d’un couleur appelée cinabrese, la décrivant comme « parfaite pour rendre la chair ou les carnations des figures sur mur »(1). Il me semble que cette couleur très prisée à la Renaissance à Florence, est en réalité un mélange de sinopia, un pigment rouge venu des bords de la mer Noire, avec une chaux éteinte, très blanche. 

Cependant, il existe de vrais roses dans la nature, des roses qui ne sont pas seulement un mélange, pas seulement un rouge « lavé », comme on dit en peinture, mais des pigments ou des teintures dont la nuance est rose, dès le départ.

Certaines tonalités sont classées tantôt dans les rouges et tantôt dans les roses. C’est le cas du fuchsia qu’on dit rouge mais qui est plutôt rose et porte également le nom d’une fleur. C’est aussi le cas du magenta.

Les couleurs que nous avions découvertes en tant que rouge donnent aussi d’infinies nuances de rose : la garance, la cochenille, le kermès ou le bois brésil. Ainsi, si l’on réalise la teinture d’un tissu avec de la cochenille, les premiers bains seront assez saturés et donneront une couleur qui tend vers le rouge, mais en utilisant un deuxième ou un troisième bain, la couleur s’adoucira et tendra de plus en plus vers le rose.

Certaines terres sont naturellement roses et j’en ai quelques-unes dans ma collection : des échantillons de prélèvements géologiques aux couleurs de sables roses, une terre rose violette venue des contreforts d’un volcan d’Islande ainsi qu’un précieux petit pot de rose thulite venu de Norvège. J’ai aussi sur mes étagères un joli vieux rose dont le petit bocal est marqué d’une mystérieuse étiquette :  poudre de verre à la mûre !

L’ocre jaune, s’il est chauffé, peut virer au rose. On peut aussi réaliser des badigeons roses en mélangeant de l’ocre rouge avec du blanc de Meudon. La limite du champ du rose est subtile et difficile à établir : la couleur « glisse » facilement, imperceptiblement vers le mauve ou le beige.

Le rose est une couleur qui porte bien son nom, car elle est comme un parfum de fleur fragile et fugace. Notons qu’on pourrait facilement associer cet état de légèreté à la rosée du matin, mais cette fois, si la connotation est juste, l’étymologie nous contredit.

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Tout en nuances et diffusée de septembre 2011 à juin 2017 sur RCF Isère : six années à effeuiller les subtilités des couleurs, leur histoire mouvante et leur symbolique sans oublier quelques incursions dans les choix des peintres et les mots des écrivains. On peut retrouver certains podcasts  ici

  1. CENNINI Cennino, Il Libro dell’arte, chapitre XXXIX.

Article du 4 avril 2016 complété le 8 mars 2020

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

2 réflexions sur “Les nuances de rose

  1. Oyé !… Ton site est très informatif. Bonne journrée

  2. Pingback: Le rose thulite | Elisabeth Lamour

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s