Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Le rose Tiepolo (l’émission du 11 avril)

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rose TiepoloTout en nuances sur RCF Isère (103.7, chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10). Après trois années à décliner les nuances du bleu, nous nous sommes attardés sur son contraire symbolique : le rouge. Nous terminons cette année par sa petite sœur, le rose et nous voilà partis pour un printemps dans cette tonalité. Certains peintres ont tellement aimé une couleur ou inventé, par une série de mélanges et d’expérimentations, une nuance ou un ambiance si caractéristique, qu’ils ont laissé leur nom dans l’histoire des couleurs : je pense au vert Véronèse, au brun van Dyck et même au bleu Klein, bien que ce soit une autre histoire.

Ainsi, un peintre a associé à jamais son nom au rose, puisque l’on parle d’un « rose Tiepolo », assez proche du rouge, un sensuel rose cerise qui par extension s’appelle aussi « rose vénitien ».

Mais qui est ce Giambattista Tiepolo ? Il s’agit d’un peintre italien, plus précisément vénitien, du début du XVIIIe siècle. Toute sa vie, il peint les églises et les plafonds des palais qu’il couvre de fresques ; son œuvre vibre de toutes les nuances de rose et pas seulement de celle à laquelle il a donné son nom. Il semble que pour Tiepolo, tout puisse être rose, un rose de légèreté, de fluidité et de souffle, le rose des nuages, des chairs, des corps qui virevoltent avec légèreté, mais aussi le rose des colonnes des bâtiments antiques, le rose des chevaux, des tuniques des soldats déhanchés et le rose des tentures.

On sait très peu de choses de la vie de Tiepolo, ni ce que cache son obsession du rose. Un romancier, Roberto Calasso, a exploré l’univers mystérieux de cet artiste, cherchant à comprendre le mystère du peintre dans un livre intitulé : Le Rose Tiepolo (1). L’artiste était-il un peintre heureux qui « voyait la vie en rose » ou au contraire cachait-il quelque angoisse par son obsession pour le rose ? Une série de gravures effrayantes et sombres du même artiste témoigne de sa part d’ombre.

On sait que Marcel Proust a été influencé par Tiepolo, qui évoquait pour lui le bonheur, à la façon dont il l’évoque à plusieurs reprises dans À la recherche du temps perdu. Ainsi écrit-il (2) :

« Elle allait s’habiller elle aussi, bien que j’eusse protesté qu’aucune robe « de ville » ne vaudrait à beaucoup près la merveilleuse robe de chambre de crêpe de Chine ou de soie, vieux rose, cerise, rose Tiepolo, blanche, mauve, verte, rouge, jaune unie ou à dessins, dans laquelle Mme Swann avait déjeuné et qu’elle allait ôter»

Dans un autre passage, il parle d’un vêtement dont « les manches étaient doublées d’un rose cerise qui est si particulièrement vénitien qu’on l’appelle rose Tiepolo. »

 

(1) CALASSO Roberto, Le Rose Tiepolo, Gallimard.

(2) PROUST Marcel, À la recherche de temps perdu.

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Auteur : elisabethlamour

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