Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Un jardin de roses (l’émission du 30 mai)

roseTout en nuances sur RCF Isère (103.7, chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10). Après trois années à décliner les nuances du bleu, nous nous sommes attardés sur son contraire symbolique : le rouge. Nous terminons cette année par sa petite sœur, le rose et nous voilà partis pour un printemps dans cette tonalité. Après Pierre de Ronsard et sa passion pour le rose, pour « la rose », eh bien me viennent en tête toutes ces fleurs et ces parfums roses.

L’amour de Ronsard pour la rose méritait un hommage. Un pépiniériste de renom a appelé  « Pierre de Ronsard » un rosier grimpant aux pétales rose tendre ombrés de rose carmin, ou parfois blanc nacré teinté de rose clair. C’est un rosier apprécié pour sa déclinaison de tonalités roses, ses grandes fleurs doubles et sa floraison abondante. Mais Ronsard n’est pas l’exception puisque toute une série de roses portent des noms de peintres, en particulier les noms de peintres impressionnistes, des rosiers qui s’appellent « Claude Monet », « Marc Chagall », « Edgar Degas » ou « Camille Pissaro »…

La couleur rose est une des plus faciles à obtenir dans les jardins. La liste est longue car la plupart des fleurs existent dans différentes couleurs, dont le rose : ainsi en est-il de la tulipe, de la pivoine, du bégonia, de l’azalée, du rhododendron, du géranium, de la verveine, de la primevère ou de la clématite.

cerisiers en fleurBeaucoup d’arbres fruitiers en fleurs sont roses, en particulier le cerisier du Japon ou certains pommiers. On peut citer quantité d’arbres à floraison rose comme l’amandier ou l’albizia, le camélia, le laurier rose ou l’hortensia, qui, s’il n’est pas bleu comme les sols d’ardoise qu’il affectionne, devient volontiers rose.

Je pense à une promenade dans le parc du château de Vizille un jour d’avril et à l’explosion de pétales roses comme une neige de printemps bienveillante. Chacun marchait à pas tranquilles ou cherchait à se faire photographier dans la douceur de la journée et dans la paisible atmosphère d’une promesse.

magnoliaJe pense au fameux magnolia sur la grande terrasse de la Casamaures. Âgé de 150 ans, il a reçu le label « Arbre remarquable » en 2007.

Je pense aux taches vives de fuchsia partout en Irlande, au détour des chemins et des haies, devant chaque maison ou en pleine nature, un rose vif, qui a donné son nom à une nuance de rose : le rose fuchsia. Oui, le rose est la couleur des fleurs, dans toutes ses nuances, du plus pâle, qui frôle le blanc et ne livre que de timides reflets colorés, au plus vif, que l’on pourrait presque appeler rouge.


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Les roses de la vie (l’émission du 23 mai)

Rose trémière, Chalais, septembre 2015.

Rose trémière, Chalais, septembre 2015

Puisque nous avons terminé la semaine dernière avec les écrivains et l’incarnat, attardons- nous sur le rose et les poètes. Le premier qui vient en tête lorsque l’on évoque le rose est Pierre de Ronsard avec ses vers célèbres de l’Ode à Cassandre :

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu cette vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et sont teint au vôtre pareil 

Ces vers sont les plus connus mais le poète, qui vécut au XVIe siècle, a parsemé nombre de ses poèmes de rose, qu’il s’agisse de la fleur ou de la couleur. Il entremêle ces images pour parler des femmes aimées qu’il compare à des fleurs, qu’il s’agisse de leur allure ou de leur sensibilité. Il décrit la couleur de leur teint dans l’Ode à une jeune fille :

Ton beau teint ressemble les lis
Avecque les roses cueillis 

La rose, pour Ronsard représente tout simplement la beauté, la jeunesse, la fraîcheur. Il l’affirme dans ces Louanges de la rose et de la violette :

Est-il rien sans elle de beau ?
La Rose embellit toute choses,
Vénus, de Roses, à la peau,
Et l’Aurore a les doigts de Roses,
Et le front le Soleil nouveau 

Terminons cette promenade avec ces mots qui réunissent à la fois ce qui importe à Ronsard, et les connotations indéniables de la couleur rose associées à la vie, la bonne santé et la jeunesse avec ses Sonnets pour Hélène :

Vivez, si vous m’en croyez, n’attendez à demain
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie 


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Sainte Adèle, la lumineuse.

 

Sainte Adèle

Sainte Adèle, 15 x 20 cm, 2016

Son nom signifie « noble ».

Elle est la fille de Dagobert II, roi des Francs, et de Mathilde.

Elle montre une foi vivace dès son enfance, ainsi que l’habitude de prier et de méditer.

Ses parents lui font épouser Albéric (ou Odon ?), un riche seigneur qui lui donne trois enfants (dont Aldéric). Elle pense que la seule façon de les élever consiste à mener une vie irréprochable. Veuve très jeune, elle renonce à un nouveau mariage. Malgré son âge et sa beauté, elle préfère entrer dans les ordres.

Elle fonde vers 690 le monastère de Pfalzel près de Trèves en Rhénanie. Elle y devient religieuse puis abbesse (obédience bénédictine), réputée pour sa grandeur d’âme. Elle prend en charge l’éducation d’un de ses petits-fils, le futur saint Grégoire d’Utrecht, évangélisateur de l’Allemagne.

On a retrouvé son testament. Sa vie terrestre se termine en 735.
Elle est fêtée le 24 décembre (en même temps que sa sœur Irmine)

Thèmes : veuvage, éducation des petits enfants.

J’avais raconté le cheminement de cette icône p. 119 de Un moineau dans la poche en 2005. Le livre est toujours disponible (cliquer ici ) pour sa présentation.

« Chaque icône est une histoire singulière, l’enchevêtrement de fils à travers le temps et l’espace. Récemment, des amis m’ont commandé une icône pour leur fille, Adèle, qui demandait le baptême. Je ne connais pas la jeune fille. Ses parents me l’ont décrite comme une personne fine, sensible et lumineuse. Sa maman m’a évoqué la couleur jaune, comme s’imposant à elle lorsqu’elle pensait à sa fille. Je n’ai trouvé aucun modèle, malgré des recherches approfondies, mais quelques renseignements glanés ça et là, sur ce personnage du huitième siècle. Adèle était la fille de Dagobert II, roi des Francs. Cette femme, décrite comme très belle, épousa un riche seigneur. Il lui donna un fils appelé Albéric. Mais elle devint veuve et choisit, malgré sa jeunesse et sa beauté, la fidélité à son mari défunt. Elle décida d’élever son fils en menant elle-même une vie exemplaire et fonda un monastère. J’ai cherché des modèles de princesses de l’époque, tout en imaginant le visage de la jeune fille. Nous avons trouvé, en latin, le texte du testament de sainte Adèle. Je l’ai déchiffré comme je l’ai pu, réunissant des souvenirs assez flous de cette langue. J’avais un peu l’impression de lire une confidence qui m’aurait été destinée, et aurait franchi treize siècles… J’ai terminé l’icône marquée par une tonalité jaune et des couleurs gaies. Je l’ai accrochée au mur de mon atelier. Une personne est arrivée à ce moment-là pour le visiter. Je lui ai présenté brièvement toutes les icônes accrochées aux murs. Son regard s’est tout de suite porté vers Adèle et elle m’a murmuré : « Comme elle est belle ! ». J’étais heureuse. Je me disais qu’elles dégageaient toutes trois une beauté commune et complémentaire : celle de cette princesse germanique du VIIIe siècle, celle d’une jeune fille d’aujourd’hui et celle de l’icône réalisée. »

 

 


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Saint Marcel et les chevaux

Saint Marcel, 18x24cm, 2016

Saint Marcel, 18 x 24 cm, 2016

Marcel est romain et il est choisi le 21 mai 308, pour succéder à saint Marcellin, le pape martyrisé deux mois auparavant. Il obtient, d’une pieuse matrone nommée Priscille, un endroit pour rétablir des catacombes et célébrer la liturgie à l’abri des profanations.

L’Église subit alors une très violente persécution. L’empereur Maxence fait arrêter Marcel par ses soldats. Il comparaît devant le tribunal en janvier 309, où on lui ordonne, en vain, de renoncer à sa charge et à sa foi ! Marcel répond hardiment qu’il ne peut quitter un poste où Dieu Lui-même l’a placé et que la foi lui est plus chère que la vie.

L’empereur ne condamne pas Marcel à mort, mais pour l’humilier, il le fait esclave et palefrenier dans les écuries impériales. On raconte qu’il serait mort au milieu des animaux, à peine vêtu. Ses reliques reposent dans l’ancienne église de son nom, illustrée par son martyre. Il fut le dernier des Papes persécutés.

Il est le patron de ceux qui s’occupent des chevaux et fêté le 16 janvier.

 


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L’incarnat (l’émission du 9 mai)

aux Îles de la Madeleine, août 2013

Aux Îles de la Madeleine, août 2013

Tout en nuances sur RCF Isère (103.7, chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10). Après trois années à décliner les nuances du bleu, nous nous sommes attardés sur son contraire symbolique : le rouge. Nous terminons cette année par sa petite sœur, le rose et nous voilà partis pour un printemps dans cette tonalité. Nous avons vu, les deux dernières semaines, comment, au fil du temps, les peintres précisent la manière de peindre la peau des Occidentaux. On dit qu’elle est rose, mais la nuance est différente d’une personne à l’autre, et difficile à réaliser. L’incarnat est la nuance la plus vive des tons de chairs.

Le Trésor de la langue française, dictionnaire des XIXe et XXe siècles, définit le mot incarnat comme désignant « une gamme de couleurs situées entre le rose et le rouge-orangé franc et rappelant le teint des populations européennes en bonne santé et sans exposition au soleil, rougissant sous l’effet d’une émotion. »

Le marbre incarnat est une variété de marbre rose traversé de veines claires.

Michel-Eugène Chevreul, chimiste français du XIXe siècle et directeur de la Manufacture des Gobelins, a beaucoup contribué à la classification des couleurs. Il commente des instructions données pour la production de l’incarnat de garance et je reprends certains de ses mots.

À ces incarnats de garance, il faut ajouter l’incarnat de cochenille, l’incarnat rose et l’incarnadin, couleurs « dérivées du cramoisi de cochenille » qui diffèrent de celles de garance « par plus de rose et moins de jaune et moins de rabat », ainsi que l’incarnat cramoisi, et les incarnat et incarnadin, nuances de l’écarlate de Hollande, « plus fraîches et moins rabattues que les nuances du même nom dérivées du rouge de garance ».

Les écrivains adoptent avec enthousiasme cette dénomination d’incarnat. Citons par exemple Châteaubriand qui écrit en 1826 : « Elles cueillaient des fraises, dont l’incarnat teignoit leurs doigts et les gazons d’alentour ». Ou encore Alexandre Dumas2 : « Au reste, je la trouvai parfaitement belle ainsi, avec son visage nacré et du même ton que sa main, sans aucune nuance d’incarnat, ce qui faisait que ses yeux semblaient de jais, ses lèvres de corail. ».

Terminons avec Marcel Proust : « Je regardais l’admirable ciel incarnat et violet sur lequel se détachent ces hautes cheminées incrustées, dont la forme évasée et le rouge épanouissement de tulipes fait penser à tant de Venises de Whistler4 ».

 

  1. CHATEAUBRIAND François-René (de), Les Natchez.
    2. DUMAS Alexandre, Les Mille et un fantômes.
    3 PROUST Marcel, La Fugitive.
    4. Peintre impressionniste du XIXe siècle.