Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Les nuances du vert (l’émission du 26 septembre)

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nuances de vert

Après trois années passées avec la couleur bleue, un an et demi avec le rouge et quelques mois avec le rose, je vous propose de découvrir le vert, dans l’émission Tout en nuances  chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère (103.7). L’ensemble des émissions avec les liens vers les podcast, est présenté sur ce site à la rubrique autour de l’icône/émissions de radio.

Le monde latin sait parfaitement nommer le vert, contrairement au monde grec, sans qu’on soit capable d’en comprendre véritablement la raison. Le vocabulaire latin distingue des nuances subtiles en jouant sur les préfixes. Si viridis désigne la couleur verte, perviridis correspond à un vert intense, alors que subviridis désigne un vert léger. Toute une série de qualificatifs, nomment le vert qu’on appellerait « gazon », le vert clair, brillant, foncé, ou nuancé de bleu ou de gris. Bref, la capacité du vocabulaire à répertorier les nuances du vert en latin dépasse celle de certaines langues modernes.

La langue du Moyen Âge ajoute une précision avec le mot smaragdinus qui nomme une tonalité proche du vert émeraude.

Aujourd’hui, la gamme du vert est presque aussi large que celle du bleu. On différencie les dénominations liées à la composition chimique de celles qui précisent la nuance perçue par l’œil. Un même pigment naturel ou des minerais de même nature physico-chimique, peuvent donner des coloris très variés. Et puis chaque couleur n’apparaît pas seulement selon sa nuance, mais selon son aspect : un vert peut être brillant ou mat, acidulé ou naturel, transparent, couvrant, saturé, terne ou agressif.

Citons, pour le plaisir, quelques-unes des nuances de vert, comme un poème, comme une chanson :

Vert émeraude, vert sauge, vert d’eau ou vert olive
Vert mousse, vert sapin, vert menthe ou cendre verte
Vert-de-gris, vert Véronèse ou vert lichen
Vert pistache, vert pomme, vert tilleul ou terre verte
Vert turquoise, vert anis ou vert amande
Vert anglais, vert de jade ou de cobalt
Vert cadmium, vert de laque ou vert de chrome
Vert mousse ou vert de vessie…

Ah, j’oubliais le vert caca d’oie et le vert kaki, mais je préfère rêver au vert malachite, qui, j’en reparlerai, est mon préféré !


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Sainte Perpétue et sainte Félicité

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Sainte Perpétue et sainte Félicité, 17×19 cm, planche travaillée en relief.

Elles sont martyres en 203 et leur amitié en captivité dans l’actuelle Tunisie, symbolise la force de l’amitié et du soutien mutuel quelles que soient les conditions d’adversité et les différences sociales.

L’authenticité de leurs actes, écrits par Sature et complétés par un témoin oculaire (Tertullien ?), sont d’un grand intérêt historique et théologique.

Vivia Perpétue est issue d’une bonne famille patricienne romaine. Félicité est jeune esclave. Elles sont toutes deux mariées. Félicité est enceinte et Perpétue allaite son enfant.

Elles demandent le baptême à l’évêque de Carthage. Mais l’empereur Septime Sévère a interdit les conversions au christianisme. Le groupe des catéchumènes, dont elles font partie avec Saturnin (ou Sature, leur instructeur ?), Révocat et Secondule, est arrêté et emprisonné à Carthage.

Pendant plusieurs mois, ils connaissent la prison dans des conditions très dures, dans l’incertitude du sort qui les attend et Secondule meurt en prison.

Le père de Perpétue tente en vain de la faire renoncer à sa foi, au nom de l’amour maternel. Félicité met au monde une petite fille dans sa prison. Trois jours après la naissance, elle est martyrisée et l’enfant adoptée. Comme leurs compagnons, Perpétue et Félicité sont livrées aux bêtes du cirque. Ces jeunes mères torturées attirent la pitié des spectateurs mais ne sont pas épargnées. Selon les témoins, « leur visage était rayonnant et d’une grande beauté. Il était marqué non de peur mais de joie. »

Le culte des deux jeunes femmes connaît très vite une grande popularité : leur jeunesse, leur situation de mère de famille, leur courage, le fait qu’elles soient catéchumènes les font figurer en tête des martyres mentionnées dans la première prière eucharistique de la liturgie latine (fête le 7 mars).

 


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Les mots du vert (l’émission du 19 septembre)

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Après trois années passées avec la couleur bleue, un an et demi avec le rouge et quelques mois avec le rose, je vous propose de découvrir le vert, dans l’émission Tout en nuances  chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère (103.7). L’ensemble des émissions avec les liens vers les podcast, est présenté sur ce site à la rubrique autour de l’icône/émissions de radio.

On l’a vu, en raison même de l’étymologie, la couleur verte est presque toujours associée à la nature. Le langage courant reprend cette analogie. On parle d’« espaces verts », de « tourisme vert », d’« or vert » et de « poumon vert ». On part en « classe verte » quand on est enfant ; plus tard, on va de temps en temps «  se mettre au vert » quand le ressourcement s’impose.

On dit d’une personne qu’elle a « la main verte » ou « les pouces verts » parce que les plantes « reverdissent » par ses bons soins. Tous les mots liés à l’écologie recourent à la couleur verte : du parti des « Verts » à Greenpeace en passant par le parti « die grünen » en Allemagne.

La couleur verte, par extension, symbolise depuis l’Antiquité égyptienne, tout ce qui a un lien avec la santé : les croix qui annoncent les pharmacies clignotent en vert ; c’est aussi la couleur choisie pour la carte vitale.

Le vert est  la couleur de l’autorisation, du « laisser passer » : le feu vert indique que l’on peut traverser, comme la carte verte de la voiture atteste de la validité de l’assurance. Quant à la carte verte américaine, sésame de l’immigration dans ce pays, elle donne à son titulaire le statut de résident permanent, la clé de la liberté, permettant de travailler pour l’employeur de son choix. Un numéro vert est un numéro de téléphone gratuit. On parle du « billet vert » à propos du dollar ou des « hommes en habits verts » quand il s’agit des académiciens.

Mais attention, selon les langues, le symbole du vert peut changer. On dit d’un novice qu’il est un « bleu », mais le mot est traduit par « vert » en anglais.

Le mot vert peut aussi apparaître en livrant son sens négatif : on peut être « vert de rage » et surtout « vert de peur », en entendre « des vertes et des pas mûres » ou encore « recevoir une volée de bois vert ». Parfois, le mot vert est plus ambigu et renvoie à une situation incongrue : c’est le cas de la « souris verte » » ou « des petits hommes verts » que l’on imagine sur la planète Mars !


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Le vert, une couleur à double sens (l’émission du 12 septembre)

Après trois années passées avec la couleur bleue, un an et demi avec le rouge et quelques mois avec le rose, je vous propose de découvrir le vert, dans l’émission Tout en nuances  chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère (103.7). L’ensemble des émissions avec les liens vers les podcast, est présenté sur ce site à la rubrique autour de l’icône/émissions de radio.

Le vert est une couleur utilisée tardivement : on n’en trouve presque aucune trace dans la Préhistoire.

L’antiquité grecque n’a pas de terme très précis pour désigner le vert, ni d’ailleurs pour désigner le bleu. Les qualificatifs utilisés évoquent plutôt la transparence, la fluidité ou la luminosité. Cette réalité conduit, au cours de l’histoire, à des tas de spéculations : on est allé jusqu’à se demander si certains peuples avaient la capacité physique de distinguer des couleurs comme le vert et le bleu. C’est bien étonnant, mais cette controverse s’est prolongée jusqu’au XXe siècle, période à laquelle des linguistes et des anthropologues ont encore tenté de démontrer que la capacité à différencier et à nommer les couleurs était liée au niveau de développement culturel, ce qui est bien sûr complètement absurde !

À partir du IIIe siècle avant notre ère intervient le terme prasinos qui signifie « de la couleur du poireau » et désigne des verts intenses. Alors que le vocabulaire du vert n’est pas encore précis, la couleur est cependant utilisée : le vert malachite, le vert de gris, la terre verte et également des verts de cuivre artificiels.

La tonalité verte semble davantage présente dans le monde romain. Le vocabulaire l’atteste puisqu’en latin, le terme existe : il s’agit du mot viridis qui signifie à la fois verdoyant, jeune, frais, vigoureux, et a donné notre terme vert. On peut noter le lien avec d’autres mots de la même famille comme la virilité. Le lien étymologique est très étroit entre la couleur verte et la notion de force, de croissance, de vigueur, de « montée de la sève ». Cette notion est restée dans le langage courant : lorsque l’on dit d’une homme plus très jeune « qu’il est encore vert », on ne parle pas de sa couleur bien évidemment !

OLYMPUS DIGITAL CAMERAQuant au verger, il cristallise, au Moyen Âge, les sens infini du mot vert. Le mot verger, vergier à l’origine, est issu du latin viridarium qui signifie la verdure comme force de vie. Il est le jardin clos empli de fruits, de chants d’oiseaux et de fleurs, le lieu qui allégorise la rencontre amoureuse, le désir, le lieu qui chante la beauté, où monte la sève, puis grandit la vie, un lieu symbolique très présent dans la littérature et l’imaginaire du Moyen Âge, un mot dans lequel se rejoignent étymologie et symbolique, un mot qui réunit à lui seul la large palette de l’univers… du vert !


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Du bleu au vert (l’émission du 5 septembre)

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Après trois années passées avec la couleur bleue, un an et demi avec le rouge et quelques mois avec le rose, je vous propose de découvrir le vert, dans l’émission Tout en nuances  chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère (103.7). L’ensemble des émissions avec les liens vers les podcast, est présenté sur ce site à la rubrique autour de l’icône/émissions de radio.

J’ai hésité avant de me pencher sur cette couleur : le vert.

Après avoir tellement travaillé sur la couleur bleue, il m’est apparu que le bleu pouvait–être « la couleur de mon âme », mais pas forcément ma couleur préférée. J’aime le rouge qui me met en joie et me procure une belle énergie, tout comme j’aime la couleur rose, tendre et optimiste compagne. Pour le vert, c’est plus compliqué : j’aime certaines nuances, celles qui tendent vers le gris ou vers le bleu : le vert malachite, le vert amande et la couleur des lichens. J’aime le vert de la nature, celui des forêts dans le vent et de l’eau des marais. Mais je ne l’utilise presque jamais dans ma peinture ni pour mes vêtements. Alors, le vert est-il pour moi une couleur encore plus ambigüe que les autres ? Saurais-je vous faire partager cette dualité ?

Le nœud de cette histoire se situe une fois encore au Moyen Âge. Au début de cette période, on aurait pu croire, en occident, que le vert allait gagner la faveur des plus nombreux. Il l’a laissé croire un temps, dans la place qu’il occupait peu à peu dans les vitraux, les enluminures ou l’imaginaire. Et puis, à la fin de la période, le bleu l’a emporté pour longtemps, devenant la couleur du manteau de la Vierge, celle des vitraux de Chartres, de tellement de peintres, jusqu’à devenir la couleur préférée des occidentaux aujourd’hui. Nous essaierons de comprendre quelques unes des raisons qui ont conduit à cette relative disgrâce et parfois de nous plonger aussi dans d’autres cultures, pour lesquelles la couleur verte livre des significations différentes.

Symboliquement, on peut comprendre facilement les deux faces opposées du vert : le vert est la couleur de la vie, de la plante, des pousses au printemps, de l’espérance, mais elle est aussi celle de la décomposition, la couleur de la mort et du diable. Il est possible que la nature même de la couleur verte, instable, difficile à fixer d’un point de vue technique – dans la peinture comme dans la teinture – ait accentué la versatilité de cette couleur : aimée ou rejetée, de vie ou de mort, d’espoir ou d’angoisse.

Pourtant, la particularité du vert tient peut-être dans le mot reverdir. Y avez-vous déjà pensé ? Aucune autre couleur ne détient ce privilège : un verbe formé à partir du nom de la couleur, qui peut indiquer tout à la fois une façon de peindre et un acte de vie toujours recommencé, une couleur qui contient à elle seule toute la force d’un printemps.