Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Saint Euphrosyne le cuisinier

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Icône sur bouleau, 16 x 17,5 cm, 2016

Lorsque je travaille sur un personnage, j’observe et compare les modèles et les récits de vie, légendaires ou historiques qui le racontent (c’est souvent un peu les deux). Je m’imprègne de sa vie, de son regard et peu à peu, me sens accompagnée par une présence. Il n’y a rien de magique, aucune révélation ni rituel spécial, peut-être juste un silence qui laisse la place à une fugitive (forcément) expérience d’immortalité.

Cette semaine, j’ai cheminé avec saint Euphrosyne le cuisinier, un saint oriental du IXe siècle. J’ai été gagnée par sa simplicité, sa bienveillance, son désir de bien faire et j’ai senti la saveur à la fois acidulée et douce de ses « pommes du paradis ».

Euphrosyne, encore enfant, est confié à un monastère du Mont-Athos. Il ne reçoit pas de formation intellectuelle et préfère les tâches manuelles, comme la cuisine. J’ai été touchée de l’imaginer patient, attentif aux détails, afin de régaler au mieux ceux qui l’entourent malgré, quelquefois, les moqueries dont il est l’objet.

Une nuit, le supérieur du monastère rêve d’un jardin où il voit Euphrosyne. Celui-ci lui explique qu’il se trouve au paradis et lui remet trois pommes. Quand le supérieur se réveille pour se rendre à l’office du matin, il trouve, à ses côtés (dans son manteau ?) trois pommes au délicieux parfum. Euphrosyne confirme qu’il était, la nuit précédente, présent dans ce jardin. À ce récit, les moines commencent à respecter l’humble cuisinier… qui préfère disparaître discrètement pour mener une vie d’ermite (ou pour le paradis selon les versions !)

Traditionnellement, on peut placer cette icône dans la cuisine pour se souvenir de la « nourriture du paradis ». Saint Euphrosyne est, avec saint Laurent, le saint patron des cuisiniers.

Fête le 11 septembre (calendrier orthodoxe).

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Le vert de l’Asie (l’émission du 19 décembre)

Après trois années passées avec la couleur bleue, un an et demi avec le rouge et quelques mois avec le rose, je vous propose de découvrir le vert, dans l’émission Tout en nuances  chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère (103.7). L’ensemble des émissions avec les liens vers les podcast, est présenté sur ce site à la rubrique autour de l’icône/émissions de radio.

img_0001_newEn Asie comme en Occident, la couleur verte, encore plus que toute autre, est très paradoxale. Ainsi, des rêves en vert témoignent de vitalité et d’énergie… mais si le vert devient omniprésent, il suggère la présence du danger, des forces sombres et peut-être de la mort. Le vert est la couleur de l’espérance, de le jeunesse, de la nature, de la vigueur, de la longévité, de l’équilibre, de l’harmonie et de l’immortalité : les divinités liées à la fertilité peuvent être vertes, alors que la couleur symbolise aussi l’acidité, la tromperie ou la perversité. Double langage de la couleur que nous connaissons bien désormais.

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Le vert est la couleur de l’eau et de l’élément bois, comme le rouge est la couleur du feu. Dans le même ordre d’idées, le vert serait plutôt féminin, couleur qui donne la vie, complémentaire du rouge : l’association entre les deux couleurs reflète l’équilibre entre le yin et le yang et la complémentarité entre l’humain et la nature. Le vert est aussi associé à la foudre. Il correspond en Chine au trigramme tch’en, la notion « d’ébranlement », de mise en mouvement, celui de la nature qui sursaute au début du printemps comme celui du tonnerre.

Dans le bouddhisme, le vert est la couleur du Bouddha Amoghasiddhi, un des cinq Bouddha de méditation et de sagesse. Il est relié au vent, au nord, à la nature et à l’été. Ce Bouddha vert représente le succès, l’efficacité, la carrière et la détermination. Quant aux drapeaux de prière verts, ils évoquent l’eau.

Le site bouddhiste d’Ajanta en Inde, date des tous premiers siècles et peut-être même avant pour certaines parties. Il est constitué d’un ensemble d’une trentaine de grottes recouvertes de peintures murales. Anjanta était un centre monastique et universitaire qui pouvait loger, et probablement inspirer, plusieurs centaines d’étudiants avec leurs professeurs.

Situé dans un ravin boisé, le site a été découvert en 1819 par les Britanniques lors d’une chasse au tigre. Les peintures murales, de qualité inégale, sont réalisées sur des supports secs avec une technique proche de la tempera. Les artistes ont utilisé essentiellement de la terre verte recueillie aux alentours du site, dans des mélanges qui l’associent parfois au lapis-lazuli, des dégradés et des camaïeux d’une très grande subtilité. Il semble qu’au moment de la découverte du site, les peintures montraient un bon état de conservation, mais depuis, les dégradations se sont amplifiées. Cet endroit magnifique et ces fresques en nuances de terre verte inspirent et s’inscrivent dans une tradition qui a influencé l’art des temples à travers l’Inde et L’Asie du sud-est pendant des siècles.


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Sainte Rose de Viterbe

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Sainte Rose de Viterbe, 12 x 15 cm

Rose naît dans une famille très pauvre vers 1235, à Viterbe, en Italie. Dès sa petite enfance, elle se rend tous les jours à l’église, et distribue son pain aux mendiants.

Très proche de l’idéal franciscain, son désir, dès l’enfance, est de vivre dans la simplicité. Elle prêche dans les rues de la ville, en habit de pénitente, pieds nus et un crucifix à la main, apportant son soutien au pape (contre les gibelins et l’empereur Frédéric II). Des miracles sont observés sur son passage. On raconte qu’un jour, son père la surprend le manteau rempli de pains qu’elle souhaitait distribuer aux pauvres. Il est fâché et lui demande d’ouvrir son manteau… d’où jaillit un bouquet de roses (l’histoire ressemble à une légende attribuée à sainte Élisabeth, et j’ai composé l’icône selon le même modèle, revêtant seulement Rose d’habits simples). Une autre légende raconte qu’elle ressuscite sa tante sur la route du cimetière.

Le gouverneur impérial de Viterbe, irrité par l’influence de Rose qui ternit l’image de l’empereur, la fait comparaître devant le tribunal. Elle lui répond : « Je parle sur l’ordre d’un Maître plus puissant que vous, je mourrai plutôt que de Lui désobéir. » Elle est alors chassée de la ville avec toute sa famille.

Sainte Rose, peu de temps après, annonce, sans se tromper, la mort de Frédéric II. Les habitants de Viterbe rappellent Rose et la reçoivent triomphalement.

Trop jeune, trop pauvre et avec une personnalité peut-être trop marquée, elle ne parvient pas à entrer au couvent. Aussi vit-elle dans une petite chambre de la maison de ses parents, dans la contemplation et la prière. Plusieurs autres jeunes filles la rejoignent.

Elle meurt en 1252 à l’âge de 17 ans et son corps, six mois après son décès, est transporté au couvent de Viterbe, sur l’ordre du Pape. Sa dépouille est en parfait état de conservation et de nombreux miracles ont lieu sur son tombeau.

Elle est fêtée le 6 mars (jour de son décès) et le 4 septembre où une grande fête se tient à Viterbe en son honneur : la statue de la sainte est alors portée en procession à travers la ville et se déroule suivant un rituel précis, avec des arrêts bien codifiés correspondant au parcours supposé de sainte Rose dans la ville.

Elle est la patronne des exilés.

 


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La « terre verte » (l’émission du 12 décembre)

Après trois années passées avec la couleur bleue, un an et demi avec le rouge et quelques mois avec le rose, je vous propose de découvrir le vert, dans l’émission Tout en nuances  chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère (103.7). L’ensemble des émissions avec les liens vers les podcast, est présenté sur ce site à la rubrique autour de l’icône/émissions de radio.

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Terre verte de Nicosie

Nous avons évoqué, la semaine dernière, la large utilisation de la terre verte dans la peinture murale par les artistes du monde gréco-romain. La notoriété de cette couleur dans l’Antiquité est prédominante : ainsi, en Égypte, dans les portraits du Fayoum, elle est adoptée pour peindre les vêtements, les bijoux ou les feuillages. Mais elle prend aussi sa place dans la palette des artistes indiens d’Amérique ou de ceux d’Ajanta aux Indes.

Les terres vertes sont des roches, c’est-à-dire un mélange de minéraux contenant une grande proportion d’argiles vertes, dont un élément au moins est vert.

Deux minéraux peuvent donner cette teinte verte caractéristique : la glauconie et la céladonite. Tous deux, très proches par leur composition, leur structure cristalline et leur couleur, diffèrent par leur mode de formation et leur rareté. Les glauconies naissent dans les sédiments des mers froides, par exemple à partir de la calcite, et le matériau « mûrit » en changeant progressivement d’état. Il n’existe donc pas une seule glauconie, mais une abondante variété, en particulier localisée en Gaule. L’identification précise du lieu d’extraction d’une glauconie est alors difficile.

La céladonite, en revanche, permet d’attester parfaitement le lieu d’origine du gisement. C’est un minéral déterminé par les conditions de sa formation : une cristallisation lente dans des fissures de roches volcaniques lessivées par des eaux de ruissellement chargées en sels minéraux. On la trouve donc dans des poches minuscules et ses gîtes exploitables sont exceptionnels : sud de la France dans la région de Nice, Italie du côté de Vérone, Chypre ou Bohême… La plus courante produit le vert Brentonico aussi appelé vert de Vérone.

Les terres vertes sont finement broyées puis lavées et filtrées afin d’en éliminer les impuretés. Elles se présentent alors comme des poudres onctueuses, faciles à travailler avec la tempera au jaune d’œuf, la caséine ou la gomme arabique. La couleur est uniforme et devient beaucoup plus vive avec le liant. Elle entre aussi dans la sous-couche pour les carnations… Nous l’utilisons largement dans nos icônes.

La terre verte nous a permis d’évoquer de nombreux thèmes dont nous reparlerons, car son usage a traversé le temps, les continents et les pratiques artistiques : il reste beaucoup à en dire !


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Sainte Cécile de Rome

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Icône de sainte Cécile, 10 x 17 cm (les couleurs dominantes, fréquentes à l’époque romaine, sont le bleu égyptien, la terre verte et le vert malachite

Cécile est une des saintes romaines les plus connues des premiers siècles. On situe son existence à la fin du IIe siècle, mais le récit de sa vie est avant tout légendaire.

On sait très peu de choses de la véritable Cécile, si ce n’est qu’il s’agit d’une dame romaine qui aurait donné une maison et un terrain aux chrétiens de son époque, maison qui serait devenue une église. Le récit de sa vie se mélange avec celui de la Cécile légendaire, dont la vie est racontée dans La Légende dorée (1). On raconte que Cécile appartenait à une famille romaine chrétienne de la haute noblesse. Elle est fiancée par ses parents au jeune Valerius (Valérien) alors qu’elle avait fait vœu de virginité. Dans la chambre nuptiale, elle parvient à convertir « le doux jeune homme bien aimé ». Il accepte et reçoit le baptême des mains de saint Urbain.

Très peu de temps après, lors d’une vague de persécutions, ils sont martyrisés tous deux ainsi que Tiburce (frère de Valérien) aux alentours de l’an 220 (ou 200 ?). Quelques miracles, représentés dans l’iconographie, lui permettent d’échapper à la mort, le temps qu’elle distribue tous ses biens aux pauvres… Elle n’a que 23 ans.

Au IXe siècle, ses reliques sont transférées dans une église romaine proche du Tibre : Sainte-Cécile au Trastevere dans laquelle on trouve une belle statue de Stefano Maderno représentant Cécile, telle qu’elle aurait été trouvée après sa mort, ainsi qu’une mosaïque du IXe siècle.

On représente le mariage de Cécile, la conversion de Valérius avec l’apparition de l’ange, et le martyre de Cécile (dans la « chaudière »). La Légende dorée(1) raconte qu’après la conversion de Valérien, un ange leur aurait apporté à chacun des couronnes de fleurs et dit : «  Gardez ces couronnes avec un cœur pur (…) Jamais elles ne se faneront ni ne perdront leur parfum ».

À partir du XVe siècle, Cécile est de plus en plus souvent représentée avec un instrument de musique : harpe, orgue portatif, luth, violon… Il n’est pourtant pas signalé dans les récits de sa vie qu’elle jouait d’un instrument, mais la musique est mentionnée pendant la cérémonie de son mariage telle que la rapporte La Légende dorée (1). On trouve d’autres versions : bref, le rapport entre sainte Cécile et la musique est assez flou. Quoi qu’il en soit, elle est ainsi devenue la patronne des musiciens, des chanteurs et des fabricants d’instruments.

Quant à la cathédrale d’Albi, elle lui est dédiée depuis le XIVe siècle.

(1) DE VORAGINE Jacques, La Légende dorée, Chap. (22 novembre).


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L’hospitalité d’Abraham (1)

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La mosaïque de Monreale

Chaque fois que le temps me le permet, entre deux commandes, je feuillette mes livres de reproductions d’icônes jusqu’à rencontrer le modèle qui s’impose. Cette fois, c’est une icône inspirée d’une mosaïque de la cathédrale de Monreale (Sicile), datant du XIIe siècle et que j’ai eu la chance de contempler en 2005.

Abraham accueille trois étrangers, se jette à leurs pieds et leur offre l’hospitalité. Il ne sait pas qui ils sont et pourtant, à eux trois, ils sont Dieu. Le texte inscrit sur cette mosaïque indique : « Abraham reçut les trois anges et, bien qu’il en vît trois, il en adora une seul ». Il s’agit bien sûr d’une vision prophétique du mystère de la Trinité, une Théophanie, c’est-à-dire une manifestation divine.

J’ai alors pensé à la chanson d’Allain Leprest : C’est peut-être…

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L’Hospitalité d’Abraham, icône de 2016 sur bouleau (24 x 27 cm)

J’ai préféré remplacer le texte d’origine de la mosaïque par un extrait du texte biblique tiré de Gn 18, 4-5. Voilà l’extrait en entier : « Qu’on apporte un peu d’eau pour vous laver les pieds, et reposez-vous sous cet arbre. Je vais apporter un morceau de pain pour vous réconforter avant que vous alliez plus loin ».

J’ai un peu exagéré ce que j’ai observé dans la mosaïque d’origine en rendant l’arbre « joyeux » de donner son ombre et son réconfort aux trois étrangers. Quant au sol, il m’évoque les déserts, les plaines et les mers qu’ils ont traversés avant d’en arriver là. Ça ne vous dit rien cette histoire ?