Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

La « terre verte »

2 Commentaires

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Terre verte de Nicosie

Nous avons évoqué, la semaine dernière, la large utilisation de la terre verte dans la peinture murale par les artistes du monde gréco-romain. La notoriété de cette couleur dans l’Antiquité est prédominante : ainsi, en Égypte, dans les portraits du Fayoum, elle est adoptée pour peindre les vêtements, les bijoux ou les feuillages. Mais elle prend aussi sa place dans la palette des artistes indiens d’Amérique ou de ceux d’Ajanta aux Indes.

Les terres vertes sont des roches, c’est-à-dire un mélange de minéraux contenant une grande proportion d’argiles vertes, dont un élément au moins est vert.

Deux minéraux peuvent donner cette teinte verte caractéristique : la glauconie et la céladonite. Tous deux, très proches par leur composition, leur structure cristalline et leur couleur, diffèrent par leur mode de formation et leur rareté. Les glauconies naissent dans les sédiments des mers froides, par exemple à partir de la calcite, et le matériau « mûrit » en changeant progressivement d’état. Il n’existe donc pas une seule glauconie, mais une abondante variété, en particulier localisée en Gaule. L’identification précise du lieu d’extraction d’une glauconie est alors difficile.

La céladonite, en revanche, permet d’attester parfaitement le lieu d’origine du gisement. C’est un minéral déterminé par les conditions de sa formation : une cristallisation lente dans des fissures de roches volcaniques lessivées par des eaux de ruissellement chargées en sels minéraux. On la trouve donc dans des poches minuscules et ses gîtes exploitables sont exceptionnels : sud de la France dans la région de Nice, Italie du côté de Vérone, Chypre ou Bohême… La plus courante produit le vert Brentonico aussi appelé vert de Vérone.

Les terres vertes sont finement broyées puis lavées et filtrées afin d’en éliminer les impuretés. Elles se présentent alors comme des poudres onctueuses, faciles à travailler avec la tempera au jaune d’œuf, la caséine ou la gomme arabique. La couleur est uniforme et devient beaucoup plus vive avec le liant. Elle entre aussi dans la sous-couche pour les carnations… Nous l’utilisons largement dans nos icônes.

La terre verte nous a permis d’évoquer de nombreux thèmes dont nous reparlerons, car son usage a traversé le temps, les continents et les pratiques artistiques : il reste beaucoup à en dire !

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Tout en nuances et diffusée de septembre 2011 à juin 2017 sur RCF Isère : six années à effeuiller les subtilités des couleurs, leur histoire mouvante et leur symbolique sans oublier quelques incursions dans les choix des peintres et les mots des écrivains. On peut retrouver certains podcasts  ici

Article du 12 décembre 2016

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

2 réflexions sur “La « terre verte »

  1. Pingback: Le vert d’après Cennini (émission du 25 mars) | Elisabeth Lamour

  2. Pingback: Une visite de mon atelier (5) | Elisabeth Lamour

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s