Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Le vert de l’Islam (les émissions du 6 et 13 février)

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Faïence murale, café Dar El Mnouchi, bar-musée dans la Médina de Tunis, souk El Leffat.jpg

Faïence murale, café Dar El Mnouchi, souk El Leffat, Tunis. Photo M. Coirier, janv 2017

Après trois années passées avec la couleur bleue, un an et demi avec le rouge et quelques mois avec le rose, je vous propose de découvrir le vert, dans l’émission Tout en nuances  chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère (103.7). L’ensemble des émissions avec les liens vers les podcast, est présenté sur ce site à la rubrique autour de l’icône/émissions de radio.

Le Coran, comme la Bible, utilise des adjectifs qui qualifient les objets et le monde, sans utiliser le lexique des couleurs que nous connaissons aujourd’hui mais en se référant à des qualités, des transparences et des comparaisons. Cependant, probablement parce qu’il est plus tardif, le Coran s’avère plus riche que la Bible dans le langage des couleurs et le vert y tient la meilleure place.

Le vert apparaît souvent dans l’histoire de l’Islam. On raconte que Mahomet montre sa préférence pour cette couleur, revêtu d’un turban vert et d’une tunique blanche et entouré d’étoffes vertes qu’on retrouve parfois dans les étendards. Un hadith (enseignement), dit : « Lorsque l’Apôtre d’Allah parvint au crépuscule de sa vie, il était couvert de l’Hibra Burd, morceau de tissu vert ». On raconte qu’il combat, durant la bataille de La Mecque, sous une bannière verte, ornée d’un galon doré.

À la mort de Mahomet en 632, le vert devient la couleur de sa descendance et de ses héritiers, une couleur « familiale ». Après des périodes d’hésitation quant à la hiérarchie des couleurs, la primauté du blanc disputée à celle du vert ou même du noir et du rouge selon les courants de l’Islam, la période des croisades conduit à une clarification. En effet, les croisés arborent des tenues blanches et rouges et leurs opposants musulmans se rassemblent autour du vert. Pour cette raison, les croisés évitent d’avoir du vert sur leurs blasons, se sentant ainsi protégés des flèches ennemies.

En Perse durant des siècles, seuls les descendants de Mahomet sont autorisés à porter des turbans verts – toute autre personne s’y risquant est punie. Le vert est également privilégié par l’Empire ottoman qui, au XIXe siècle, teint son drapeau profane en rouge et son drapeau religieux en vert.

Ainsi, à partir du XIIe siècle, le vert devient de façon unanime la couleur de prédilection de l’Islam. C’est pourquoi, dès cette époque et jusqu’à aujourd’hui, le Coran est souvent recouvert de vert et les dignitaires religieux habillés ainsi. Les drapeaux ont repris ce code. Dans les mosquées, le vert décore les carreaux de faïence. En revanche, la couleur verte s’est éclipsée des tapis, afin de ne pas risquer de piétiner une couleur sacrée.

Al-Khird, l’homme vert (le 13 février)

On comprend d’autant mieux l’attachement de l’Islam à la couleur verte si on mesure que cette religion se développe principalement dans des régions du monde arides et soumises à la sécheresse. Un passage du Coran décrit le paradis comme un endroit où les gens « porteront des vêtements verts en soie fine ». Le vert y est toujours une couleur positive, associée à la végétation, au renouveau, au printemps, au ciel, au bonheur, à l’espérance et au paradis, à la bénédiction et à la sainteté. Très étrangement, cette couleur ne véhicule pas de connotation négative et ne souffre pas de l’ambivalence que la plupart des cultures lui attribuent.

Mahomet souligne la relation privilégiée avec le vert lorsqu’il évoque la figure populaire d’Al-Khidr (الخضر) dit « le Vert » ou « l’Homme Vert ». Cette figure ambiguë et énigmatique de l’Islam n’apparaît pas directement dans le Coran mais les exégètes musulmans disent qu’il est fait allusion à lui dans la sourate de La caverne (Coran : 18:65) sous l’expression « `Abdan min `ibâdinâ » (l’un de nos serviteurs).

Al-Khidr symbolise l’immortalité. Il porte ce nom parce qu’on raconte qu’un jour, il s’assit sur une terre sèche, blanche et stérile, peut-être un désert, qui reverdit miraculeusement de façon luxuriante sous l’effet de sa prière fervente. On assiste là encore à une sorte de transformation alchimique, de l’aridité à la profusion par le feu de la foi et de la prière.

Al-Khidr est considéré comme un saint par certains, comme un prophète par d’autres ou encore comme un descendant de Noé, de la cinquième génération. Moussa (Moïse) aurait fait sa rencontre au cours d’un voyage pendant lequel ce dernier est témoin d’actes ou de comportements qui semblent dans un premier temps incompréhensibles, jusqu’à ce que celui-ci n’en donne les raisons. Al-Khird est également un personnage important de l’alévisme. En Inde, il porte le nom de Kwaja Khizir.

Al-Khidr pourrait avoir inspiré le personnage du Chevalier Vert, dans les légendes du Roi Arthur : il est même décrit dans l’un des contes comme vénérant Mahomet. Ce sera le sujet d’une autre émission, lorsque nous aborderons le Moyen Âge occidental…

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Auteur : elisabethlamour

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