Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Le vert émeraude (les émissions du 20 et 27 février)

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Après trois années passées avec la couleur bleue, un an et demi avec le rouge et quelques mois avec le rose, je vous propose de découvrir le vert, dans l’émission Tout en nuances  chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère (103.7). L’ensemble des émissions avec les liens vers les podcast, est présenté sur ce site à la rubrique autour de l’icône/émissions de radio.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAJ’avoue avoir été un peu déçue de découvrir que mes si beaux pigments nommés « émeraude » n’ont à peu près aucun lien avec la pierre du même nom. Le « vert émeraude » est seulement le nom d’une couleur inspiré par la tonalité de la pierre précieuse : l’émeraude. Le mot proviendrait du latin smaradgus, déformation d’un mot perse qui signifie « cœur de pierre ». On évoque déjà sa présence à Babylone, comme monnaie d’échange.

L’émeraude semble être une des rares pierres vertes à l’honneur dans la Bible : elle est mentionnée deux fois parmi les pierres précieuses qui ornent le pectoral du grand prêtre (Ex 28, 17-20) ainsi que dans la description de la Jérusalem céleste (Ap 21, 19-21).

On prête à la couleur de l’émeraude la capacité d’agir sur la sphère oculaire et en particulier sur la myopie. À Rome, on la réduit en poudre afin de préparer des baumes oculaires. L’empereur Néron, nous en avons parlé, aimait spécialement la pierre d’émeraude dont la contemplation lui reposait la vue – dit-on – surtout lors des combats de gladiateurs.

Pline l’Ancien, dans son Histoire naturelle, décrit ainsi la couleur de l’émeraude, insistant sur son pouvoir médical : « Il n’est point de couleur plus agréable à l’œil ; car, bien que la vue se fixe avidement sur le vert des herbes et du feuillage, ou goûte infiniment plus de plaisir à contempler des émeraudes, aucune nuance verte n’étant verte si on la compare à cette pierre. De plus, entre toutes les pierreries, c’est la seule qui repaisse l’œil sans le rassasier : et même, quand on s’est fatigué en regardant avec attention quelques objets, on se récrée la vue en la portant sur une émeraude : les lapidaires n’ont rien qui leur repose mieux les yeux, tant cette douce nuance verte calme la fatigue de l’organe (…) Ni le soleil, ni l’ombre, ni les lumières, rien ne les change. » Je ne sais pas si cette réputation de reposer la vue est attestée par la médecine – peut-être un auditeur nous le dira – mais les scribes et les enlumineurs du Moyen Âge contemplaient eux aussi la pierre d’une émeraude pour obtenir le même effet.

Pour les Mayas, l’émeraude est une sorte de soleil vert, signe de sang et de prodigalité.

Le terme vert émeraude, associé à une nuance de couleur, date du XVIIe siècle. Il désigne une nuance de couleur, une tonalité lumineuse, transparente, souvent peu couvrante. Ne soyons pas trop déçus, la dénomination est avant tout prestigieuse et le pigment appelé « vert émeraude » ne contient en réalité aucun élément provenant de la pierre véritable.

Revenons à Pline l’Ancien. Son Histoire naturelle est une œuvre en prose composée de 37 livres, véritable somme encyclopédique, compilation incroyable du savoir de son époque, dans tous les domaines scientifiques et techniques. Pline publie son œuvre autour de l’an 77, persuadé que la vie est courte et qu’il ne faut pas se lasser de s’instruire ! Et moi, je ne me lasse pas de ses descriptions détaillées et imagées, qui ont traversé le temps.

Pline classe les émeraudes en douze catégories qui dépendent de leur origine géographique : la Scythie, l’Égypte, Chypre, la Grèce et en particulier l’Attique, la Turquie, la Perse, l’Éthiopie ou la Sicile… Il commence par évoquer celles de Scythie, territoire s’étendant alors de la steppe au nord de la mer Noire jusqu’à la Volga – et du Caucase au Danube. Pour Pline, ce sont les meilleures de toutes, des émeraudes qu’il qualifie d’« irréprochables ».

Voilà ce qu’il écrit à propos des émeraudes de Chypre : « Le mérite de celles-ci consiste dans une nuance claire qui n’a rien de faible, mais (…) quelque chose d’humide et de gras, et dans une transparence qui imite celle de la mer. De la sorte, elles sont à la fois diaphanes et luisantes, c’est-à-dire qu’elles réfléchissent la lumière et laissent pénétrer la vue. On raconte que dans l’île de Chypre, sur le tombeau d’un petit roi nommé Hernias, auprès des pêcheries, était un lion de marbre avec des yeux en émeraude. L’éclat qui en sortait pénétrait si avant dans la mer, que les thons épouvantés s’enfuyaient. Les pêcheurs s’étonnèrent longtemps de cette fuite nouvelle du poisson ; à la fin ils mirent au lion d’autres yeux. »

Pline incrimine « les prix si exorbitants » de certaines émeraudes et énumère également les défauts qu’on y peut rencontrer, celles qui sont ternes ou, selon ses mots, « déshonorées par des nuages ». Ainsi, il raconte que les émeraudes de Perse (je cite encore) « n’ont pas de transparence, mais une nuance uniforme et (en est) agréable ; elle satisfait la vue sans la laisser pénétrer, et ces émeraudes ressemblent aux yeux des chats et des panthères, qui brillent sans être transparents ».

 

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Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

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