Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Le vert au Moyen Âge (les émissions du 6 et 13 mars)

2 Commentaires

Après trois années passées avec la couleur bleue, un an et demi avec le rouge et quelques mois avec le rose, je vous propose de découvrir le vert, dans l’émission Tout en nuances chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère (103.7). L’ensemble des émissions avec les liens vers les podcast, est présenté sur ce site à la rubrique autour de l’icône/émissions de radio.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAAprès ce premier tour d’horizon à travers la couleur verte, il est temps d’évoquer le Moyen Âge, période décisive de son ancrage, en Occident, dans la vie quotidienne, l’art et aussi dans le monde symbolique. Certes, elle prend sa place de façon plus chaotique que sa consœur bleue, mais elle creuse son chemin, obstinément. Comme toutes les couleurs, elle est ambivalente mais on retient surtout son « bon côté ». Sa qualité principale est celle du repos, de la neutralité. Elle est déjà considérée au Moyen Âge comme une couleur moyenne, intermédiaire, paisible et joyeuse, une couleur qui n’agresse pas et diffuse calme et paix.

La couleur verte est d’abord la couleur des vêtements des barbares, qu’ils soient germaniques ou scandinaves. Elle semble avoir été une couleur fétiche des pirates nordiques qui lui accordent tellement d’importance que, lorsqu’ils découvrent le Groenland, terre qu’ils jugent prometteuse et pleine d’espérance, ils l’appellent « la terre verte », et non la « terre blanche », comme on aurait pu s’y attendre. Ce nom lui est resté jusqu’à nos jours.

Ainsi la couleur verte s’impose-t-elle d’abord dans le monde germanique, notamment dans le vitrail, l’émail et la miniature, là où le bleu connaît un engouement plus limité ou plus tardif. Un exemple très parlant est la grande verrière de la cathédrale d’Augsbourg consacrée aux prophètes et dans laquelle le vert occupe une très belle place.

L’heure de gloire de la couleur verte dans l’art au Moyen Âge se situe au tout début du XIIe siècle. Le grand pape Innocent III cherche alors à unifier les usages liturgiques dans toute la chrétienté. Alors qu’il n’est encore que cardinal, il se plonge dans une étude dans laquelle la symbolique des couleurs tient une belle place 1. Il décrit pour la première fois la couleur verte en la reliant à l’espérance et à la vie éternelle. Il précise que « le vert doit être choisi pour les fêtes et les jours où ni le blanc ni le rouge ni le noir ne conviennent, parce que c’est une couleur moyenne entre le blanc, le rouge et le noir ». Le vert devient ainsi la couleur liturgique des jours ordinaires.

Au milieu du Moyen Âge et au fur et à mesure des progrès de la teinture, de plus en plus de personnages de haut rang ne se contentent plus du vêtement rouge, prestigieux depuis l’Antiquité. La couleur verte « prend du galon » et devient celle de la jeunesse et des jeunes gens « à marier ». Cependant, le domaine de la teinture reste le plus délicat.

Les vêtements verts, au début, sont d’une tonalité instable. Au Moyen Âge, on sait depuis longtemps teindre en vert, en utilisant divers pigments végétaux : l’ortie, la fougère, la digitale, le genêt, le plantain, les feuilles de frêne, l’écorce d’aulne ou de bouleau. Mais les couleurs ne résistent pas au temps et virent rapidement vers une nuance fade qui se rapproche du kaki.

Même à la fin de la période, les progrès dans les procédés de teinture donnent des résultats inégaux : on arrive à créer des vêtements  verts dans des tonalités lumineuses et stables, mais la plupart restent ternes. Ou alors, si l’on arrive à une vivacité, elle est fugace. On parle alors de « vert gai » et de « vert perdu ». Ce vocabulaire imagé est utilisé dans les descriptions, les inventaires des notaires et même dans la poésie et je trouve les termes très évocateurs. Le « vert gai » correspond, comme son nom l’indique, à une couleur pétillante et joyeuse, alors que le « vert perdu » évoque la décoloration, une ambiance « passée », indécise et fanée. La plupart des étoffes évoluent d’une tonalité à l’autre, et la jolie nuance du départ, finit le plus souvent par s’estomper et décevoir.

Ainsi, on se trouve confronté à une couleur dont la dénomination évoque le sentiment qu’elle procure : le vert est vu comme une couleur instable, qui déçoit forcément et donc associé à tout ce qui est éphémère, changeant, fuyant voire mensonger.

Aussi, au Moyen Âge, la garde-robe reste confinée à des couleurs végétales un peu délavées, réservées au petit peuple. Pour les grandes occasions, lors de tournois par exemple, on a recours à des matières colorantes qui produisent des tons plus soutenus, comme des teintures à base de cuivre, mais elles sont toxiques et ne tiennent pas forcément bien dans le temps. Voilà pourquoi le vert, même s’il commence à plaire car il parle d’amour et de rencontre au verger, est aussi la couleur de l’inconstance et du temps qui passe… Il n’est plus seulement une couleur positive : certes, c‘est la couleur de la jeunesse, de la beauté au printemps… mais tout cela peut-il durer ?

Si tu t’imagines fillette fillette
si tu t’imagines
xa va xa va xa
va durer toujours
la saison des za
saison des za
saison des amours
ce que tu te goures
fillette fillette

  1. De sacro sancti altaris mysterio.
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Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

2 réflexions sur “Le vert au Moyen Âge (les émissions du 6 et 13 mars)

  1. Et comment le vert est-il
    devenu la couleur de l’espérance ?

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