Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Composer le vert (l’émission du 20 mars)

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pigments bleus et jaunes

Pigments bleus et jaunes

Après trois années passées avec la couleur bleue, un an et demi avec le rouge et quelques mois avec le rose, je vous propose de découvrir le vert, dans l’émission Tout en nuances chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère (103.7). L’ensemble des émissions avec les liens vers les podcast, est présenté sur ce site à la rubrique autour de l’icône/émissions de radio.

Nous avons compris que jusqu’à la fin du Moyen Âge, en Occident, les techniques de teinture ne permettent pas d’obtenir un vert fiable et stable. Mais alors, pourquoi ne pas composer le vert en mélangeant le jaune avec le bleu, comme nous l’avons appris à l’école ?

Dans d’autres cultures, ce procédé est utilisé depuis l’Antiquité ; les Égyptiens et les Germains savent très bien effectuer ces mélanges en plongeant l’étoffe d’abord dans un bain bleu, ensuite dans un bain jaune, les deux cuves de couleur restant la plupart du temps distinctes.

Peut-être les teinturiers du Moyen Âge s’appuient-ils sur des textes bibliques et en particulier le Lévitique (XIX, 19) et le Deutéronome (XXII, 9 à 11), proscrivant les mélanges et l’hybridation. La réorganisation des métiers de la draperie souligne ces interdits : on peut teindre en jaune, en vert ou en bleu, mais distinctement. Le mélange est à la fois banni et impossible, puisque les diverses teintures ne sont pas effectuées dans les mêmes ateliers. La profession est très réglementée, surveillée et cloisonnée et on se souvient des rivalités entre les teinturiers en bleu et les teinturiers en rouge évoqués dans le livre Pastel d’Olivier Bleys (1), dont nous avions largement parlé lors de notre voyage dans le bleu (2).

En Allemagne, il semble que ces règles aient été levées plus précocement mais avec des réticences, comme l’atteste l’histoire de Hans Töllner, située à la fin du XIVe siècle à Nuremberg.

Teinturier de père en fils depuis plusieurs générations, Hans détient une licence qui lui permet de teindre la laine en bleu et en noir. Spécialiste des tons bleus dont la mode a gagné Nuremberg, Hans produit aussi de très beaux verts utilisant une méthode alors secrète. Il plonge les tissus plusieurs fois dans des cuves de guède, afin de leur donner une solide base bleue. Ensuite, le tissu rejoint un bain de gaude, de couleur jaune, jusqu’à obtenir la nuance de vert désirée.

En janvier 1386, dénoncé par des collègues jaloux de son succès, on découvre dans son atelier des cuves de teinture jaune. Un procès se déroule, au cours duquel Hans se défend mal. Il est alors condamné à une lourde amende et exilé à Augsbourg avec interdiction de continuer le métier familial. Pourtant Hans Töllner a contourné la rigidité des habitudes et des réglementations, utilisant un procédé nouveau, levant un tabou et ouvrant une porte aux mélanges en teinture et à une inventivité renouvelée.

1. BLEYS Olivier, Pastel, Paris, Gallimard, 2000.
2. voir Bleu, intensément p. 32 et 33.

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Auteur : elisabethlamour

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