Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Le Christ en gloire

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Christ en gloire, 30 x 40 cm, 2017

On appelle aussi cette représentation Christ sur le trône, ou Christ en majesté.
Le Christ, assis sur un trône apparaît, bénissant, dans une mandorle (1). Il est entouré de Séraphins et des symboles des quatre évangélistes. Ce thème apparaît en Égypte dès le Ve siècle. Le motif décore les couvertures d’évangéliaires médiévaux et apparaît sous forme de fresques sur les murs de nombreuses églises romanes. Il se répand ensuite pour s’estomper au XIVe siècle en Occident, cédant la place au couronnement de la Vierge ou au Jugement dernier. En Orient, la représentation du Christ en gloire prend place dans certaines coupoles ou sous forme d’icône, au centre de la Déesis (2). Elle passe de Cappadoce en Russie aux XIIe et XIIIe siècles et atteint un sommet dans les iconostases de Théophane le Grec et de Roublev.

Le sujet s’inspire :
– de la vision d’Isaïe (VI, 1-2) : « Je vis le Seigneur assis sur un trône très élevé . (…) Des séraphins se tenaient au-dessus de lui. Ils avaient chacun six ailes : deux pour se couvrir le visage, deux pour se couvrir les pieds et deux pour voler. »
– de la vision d’Ézéchiel qui évoque les « quatre êtres vivants » (I, 4-28).
– de l’Apocalypse de saint Jean (surtout IV 2, 9) : « Celui qui siégeait, avait l’aspect d’une pierre de jaspe et de sardoine. Une gloire nimbait le trône de reflets d’émeraude » (Ap 4, 3).

Les animaux de l’Apocalypse sont considérés, déjà par les Pères de l’Église, comme représentants des quatre évangélistes.

La Gloire (du latin gloria) signifie la manifestation de la Sainteté et de la Puissance de Dieu à laquelle l’homme est appelé à participer. « La Gloire de Dieu, c’est l’homme vivant » (ou « l’homme debout ») écrit saint Irénée. C’est aussi la lumière dont parle saint Jean (1, 5). Le Christ en gloire, c’est donc une sorte de vision de la Lumière, un idéal, l’ « étoile brillante du matin » (Ap 22, 16).

(1) Mandorle : forme circulaire ou en amande entourant le Christ et marquant sa divinité.
(2) Déesis : composition avec le Christ au centre, et saint Jean-Baptiste d’un côté, la Vierge de l’autre, en posture d’intercession.


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L’iris (l’émission du 24 avril)

Après trois années passées avec la couleur bleue, un an et demi avec le rouge et quelques mois avec le rose, je vous propose de découvrir le vert, dans l’émission Tout en nuances chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère (103.7). L’ensemble des émissions avec les liens vers les podcast, est présenté sur ce site à la rubrique autour de l’icône/émissions de radio.

iris.JPGNos jardins fleurissent et l’iris explose au printemps. Incontestablement, l’iris a été, avec le lys, pendant le Moyen Âge, la plante qui a le mieux permis de produire la couleur verte, avec des nuances que n’obtiennent pas les verts minéraux, une certaine stabilité, et la possibilité de conserver la couleur après fabrication : son emploi est attesté jusqu’au XIXe siècle.
La famille de ces plantes fournit un des pigments organiques les plus utilisés en enluminure, constitué du bleu des anthocyanes ainsi que d’un jaune-vert. Voici la recette qui figure dans un traité du XIVe siècle intitulé L’Art de l’enluminure : « on cueille les fleurs nouvelles au printemps dans le temps de leur croissance et on les pile dans un mortier de marbre ou de cuivre. On en exprime ensuite le jus au moyen d’un linge, que l’on presse dans un pot vernissé. Dans le jus recueilli, jetez d’autres linges de lin bien nets, qu’ils trempent par une ou deux fois, les ayant auparavant baignés d’eau d’alun de roche et puis séchés. Quand ils auront bien bu le jus d’iris, mettez-les à sécher à l’ombre. Vous les conserverez entre les feuilles d’un livre. »
Un siècle plus tard, l’emploi de l’iris se perfectionne au point d’obtenir de superbes laques vertes ; les manuscrits de Bologne et de Padoue qualifient le vert obtenu d’« excellent » ou d’« inégalé ».
Dans cette méthode, seul le jus des fleurs, voire celui des bourgeons, est utilisé. La conservation est obtenue par la méthode des « pezzettes ». Le mot est bien joli : il s’agit tout simplement de petits morceaux de tissu comme le lin, trempés d’abord dans un bain d’alun, qui emmagasinent ensuite la couleur par absorption. La couleur est renforcée si l’on trempe le tissu plusieurs fois – on peut aller jusqu’a sept fois – en prenant soin de le laisser sécher entre chaque bain. Ce procédé ingénieux permet de ne pas utiliser immédiatement un colorant fragile. Celui-ci est ainsi stocké et une fois la pezzette retrempée, la matière colorante peut être à nouveau recueillie.
L’iris produit donc un beau vert. On sait que, dans la mythologie, Iris est la messagère des dieux qui file sur son chemin d’arc-en-ciel. Moi, je connais un grand chat roux très doux et aux beaux yeux verts. Il porte le nom d’Iris et vit dans une maison de couleurs, de pétales déployés et d’arcs-en-ciel : je lui dédie ce chapitre !


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Le vert dans l’enluminure (l’émission du 10 avril)

Après trois années passées avec la couleur bleue, un an et demi avec le rouge et quelques mois avec le rose, je vous propose de découvrir le vert, dans l’émission Tout en nuances chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère (103.7). L’ensemble des émissions avec les liens vers les podcast, est présenté sur ce site à la rubrique autour de l’icône/émissions de radio.

enluminure vertContrairement au bleu, le vert est bien présent dans les manuscrits enluminés du Moyen Âge, très souvent au voisinage de l’ocre rouge.
Les enlumineurs rechignent beaucoup moins que les teinturiers à effecteur des mélanges pour obtenir du vert, mais l’interdit biblique de l’hybridation plane, et à chaque fois que possible, les enlumineurs préfèrent les verts purs.
Les enlumineurs utilisent principalement des pigments naturels minéraux comme la terre verte ou la malachite en raison de leur stabilité mais aussi des pigments artificiels comme le vert de cuivre, couleurs vives mais toxiques. Cependant, la variété reste largement insuffisante, d’où l’utilisation de verts végétaux dont la nature regorge, mais à la stabilité indécise, la plupart des pigments de type « chlorophyllien » perdant leur intensité dès que la plante se fane ou meurt.
Citons deux couleurs désormais oubliées : le nerprun et la morelle.
Le nerprun est une plante médicinale, un purgatif qui se trouve dans les bois et sur certains coteaux calcaires. La plante permet de réaliser une préparation dont la nuance peut aller du jaune au vert ou au brun. Le procédé est toujours le même : il s’agit de broyer soigneusement le végétal puis de laisser sécher au soleil avant de mélanger avec un liant comme la gomme arabique. La nuance peut devenir assez vive et lumineuse en la transformant par un mélange avec l’alun et un processus de fermentation. Elle est appréciée des peintres italiens qui la nomment Stil de grain français avant qu’elle ne devienne Pasta Verde, vert de sève, puis vert de vessie. On en trouve diverses recettes dans des manuscrits de Bologne et de Padoue aux XVe et XVIe siècles et en particulier l’indication d’un mélange avec le safran afin d’obtenir une nuance plus dorée. Le vert de vessie, à la recette à peine améliorée, est employé jusqu’au XIXe siècle en particulier pour peindre les éventails et pour les lavis des plans d’architecte.
La morelle est une des rares espèces contenant du pigment dans ses feuilles. La recette de préparation semble extrêmement simple et la voici, citée dans le manuscrit d’Eraclius au XIIIe siècle : « moudre de la terre blanche avec solanum nigrum – la morelle – jusqu’à ce que le tout soit liquide. On obtient un vert pour peindre n’importe quoi » ! On comprend que le jus obtenu en broyant la feuille a besoin d’être fixé sur l’alun ou la craie. Plus tard, au XVe siècle, Jean le Bègue mentionnera la même recette, en y apportant cependant quelques améliorations : l’ajout de safran et de vert de gris ainsi que le mélange avec du « vin aigre ».


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Saint Étienne, « contempler les cieux »

saint Etienne

Icône de saint Étienne, 20 x 20 cm, 2017

L’histoire de saint Étienne est relatée dans les Actes des Apôtres. Il y est raconté comment les Apôtres, voyant en quelque sorte grandir le nombre et les besoins des fidèles, décident de s’entourer de sept personnes pour garantir le « service quotidien ».

Étienne est le premier choisi, premier diacre, recevant l’imposition des mains (Ac 6, 1-7). Il est probablement d’origine hellénique puisque les apôtres choisissent les sept parmi les chrétiens helléniques.
Étienne « plein de grâce et de puissance, opérait des prodiges » (Ac 6, 8), ce qui suscite controverses et jalousies. Il est rapidement accusé à tort et doit se justifier devant le Grand Prêtre ce qu’il fait dans un grand discours très inspiré et cultivé, dans lequel il cite Abraham et Moïse (Ac, 7). Mais ces paroles exaspèrent le tribunal (Ac 7, 54) d’autant plus qu’Étienne fixe le ciel ajoutant « Voici que je contemple les cieux ouverts » (Ac 7, 56). Alors, il est entraîné à l’extérieur de la ville par des hommes qui, se bouchant les oreilles, le lapident. Étienne dit encore : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit. » Puis « ne leur compte pas ce péché », avant de s’éteindre.
Et voilà Étienne, tout jeune premier martyr chrétien.

Je l’imagine, grâce aux textes et aux icônes qui le représentent.
Je l’imagine « fixer le ciel » (Ac 7, 55), calme, déterminé, paisible, dans un mélange de jeunesse et de maturité. Il me fait penser à quelques-uns de ces jeunes pacifistes dont on se demande parfois ce qui les soutient : quelle sagesse ou quelle folie, quelle force et quelle confiance juvénile…
Dans les icônes ou dans les œuvres anciennes (un tableau de Giotto par exemple), on le représente comme un jeune homme habillé en diacre, tenant un livre, une palme ou un encensoir, et portant parfois des pierres.
Des développements plus légendaires concernant sa vie et ses reliques apparaissent au Xe siècle comme La Vie fabuleuse de saint Étienne protomartyr.

Ce nom, d’origine grecque, signifie « couronne ». Étienne, c’est aussi Stéphane (origine latine) ou Esteban.
Il est fêté le 26 décembre (ou le 27).
Patron des tailleurs de pierre, il est aussi invoqué contre la migraine !


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Les héros verts (l’émission du 3 avril)

Après trois années passées avec la couleur bleue, un an et demi avec le rouge et quelques mois avec le rose, je vous propose de découvrir le vert, dans l’émission Tout en nuances chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère (103.7). L’ensemble des émissions avec les liens vers les podcast, est présenté sur ce site à la rubrique autour de l’icône/émissions de radio.

OLYMPUS DIGITAL CAMERALa littérature courtoise ne tarde pas à inventer des « héros verts », décrits avec tout un florilège de qualificatifs et d’analogies qui vont de la beauté du monde végétal, à celle de la jeunesse et de l’amour.
L’histoire de Tristan, mise par écrit au XIIe siècle, remonte bien plus loin dans le passé et réunit des traditions de Cornouailles, d’Écosse et d’Irlande. Tristan, neveu du roi Marc de Cornouailles, vit une belle et tragique histoire d’amour avec la belle Yseult, venue d’Irlande malheureusement  promise à Marc. Tout au long de son histoire, Tristan est marqué par la couleur verte et le monde végétal. Tout au début, il est guéri d’une blessure qui aurait pu être mortelle par Yseult, férue de botanique et experte en plantes médicinales. Peu après, sur le bateau qui les emmène en Cornouailles, ils boivent une sorte de philtre d’amour, un vin herbeux préparé par la mère d’Yseult. Plus tard, alors qu’Yseult est devenue l’épouse du roi Marc, les amants se retrouvent dans le verger, lieu « vert », symbolique par excellence. Quant à leur rendez-vous amoureux, ils sont liés à la présence d’une feuille de tilleul flottant sur le ruisseau, une feuille en forme de cœur à forte connotation positive. Ensuite, les amoureux se réfugient dans la forêt. La verdure les cache, les protège et les habille. L’ancien français dit que ce couple réprouvé est obligé à « s’enforester »…

Merlin l’Enchanteur est représenté habillé d’un vert uni.

Robin des Bois et ses compagnons sont revêtus d’étoffes d’un vert appelé « Lincoln ». On dit qu’il s’agissait du plus beau vert teint en Angleterre, produit dans la ville de Lincoln. La forêt de Sherwood où Robin trouve refuge après avoir été dépossédé de ses biens par le Sheriff de Nottingham, se trouve juste à côté de la ville. Certaines légendes racontent même que Robin des Bois était en réalité un riche marchand de tissus, impliqué dans le commerce de la laine. Le vert Lincoln était obtenu par le jeu de deux teintures successives : la première en bleu indigo à base de pastel, la seconde en jaune à partir du réséda ou du genêt. Robin des Bois, qui volait aux riches pour donner aux pauvres, est l’un de ces héros verts qui ont marqué notre imagination et nos rêves, des personnages aux multiples facettes à l’image de cette couleur : le magicien d’Oz, Hulk, Peter Pan, Shrek ou Yoda…