Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Le vert dans l’enluminure (l’émission du 10 avril)

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Après trois années passées avec la couleur bleue, un an et demi avec le rouge et quelques mois avec le rose, je vous propose de découvrir le vert, dans l’émission Tout en nuances chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère (103.7). L’ensemble des émissions avec les liens vers les podcast, est présenté sur ce site à la rubrique autour de l’icône/émissions de radio.

enluminure vertContrairement au bleu, le vert est bien présent dans les manuscrits enluminés du Moyen Âge, très souvent au voisinage de l’ocre rouge.
Les enlumineurs rechignent beaucoup moins que les teinturiers à effecteur des mélanges pour obtenir du vert, mais l’interdit biblique de l’hybridation plane, et à chaque fois que possible, les enlumineurs préfèrent les verts purs.
Les enlumineurs utilisent principalement des pigments naturels minéraux comme la terre verte ou la malachite en raison de leur stabilité mais aussi des pigments artificiels comme le vert de cuivre, couleurs vives mais toxiques. Cependant, la variété reste largement insuffisante, d’où l’utilisation de verts végétaux dont la nature regorge, mais à la stabilité indécise, la plupart des pigments de type « chlorophyllien » perdant leur intensité dès que la plante se fane ou meurt.
Citons deux couleurs désormais oubliées : le nerprun et la morelle.
Le nerprun est une plante médicinale, un purgatif qui se trouve dans les bois et sur certains coteaux calcaires. La plante permet de réaliser une préparation dont la nuance peut aller du jaune au vert ou au brun. Le procédé est toujours le même : il s’agit de broyer soigneusement le végétal puis de laisser sécher au soleil avant de mélanger avec un liant comme la gomme arabique. La nuance peut devenir assez vive et lumineuse en la transformant par un mélange avec l’alun et un processus de fermentation. Elle est appréciée des peintres italiens qui la nomment Stil de grain français avant qu’elle ne devienne Pasta Verde, vert de sève, puis vert de vessie. On en trouve diverses recettes dans des manuscrits de Bologne et de Padoue aux XVe et XVIe siècles et en particulier l’indication d’un mélange avec le safran afin d’obtenir une nuance plus dorée. Le vert de vessie, à la recette à peine améliorée, est employé jusqu’au XIXe siècle en particulier pour peindre les éventails et pour les lavis des plans d’architecte.
La morelle est une des rares espèces contenant du pigment dans ses feuilles. La recette de préparation semble extrêmement simple et la voici, citée dans le manuscrit d’Eraclius au XIIIe siècle : « moudre de la terre blanche avec solanum nigrum – la morelle – jusqu’à ce que le tout soit liquide. On obtient un vert pour peindre n’importe quoi » ! On comprend que le jus obtenu en broyant la feuille a besoin d’être fixé sur l’alun ou la craie. Plus tard, au XVe siècle, Jean le Bègue mentionnera la même recette, en y apportant cependant quelques améliorations : l’ajout de safran et de vert de gris ainsi que le mélange avec du « vin aigre ».

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Auteur : elisabethlamour

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