Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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La couleur de mon âme (l’émission du 3 juillet)

Après trois années passées avec la couleur bleue, un an et demi avec le rouge et quelques mois avec le rose, je vous ai proposé de découvrir le vert, dans l’émission Tout en nuances chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère (103.7). L’ensemble des émissions avec les liens vers les podcast, est présenté sur ce site à la rubrique autour de l’icône/émissions de radio. 

Puisque l’année se termine, et avec elle le cycle sur la couleur vert, et également tout ce voyage de six années autour des couleurs, je suis obligée de terminer en évoquant ce fameux questionnaire dans lequel je demandais, au début de cette série « quelle est la couleur de votre âme ? ». Le bleu arrivait très largement en tête des réponses avec plus de 32 %. Le vert et le rouge se trouvaient à peu près à égalité autour de 7 ou 8 % des suffrages. Cela correspond aux statistiques selon lesquelles environ 6 % des Européens affirment que le vert est leur couleur préférée.

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Du côté d’Aguanish (Basse Côte-Nord du Saint-Laurent)

Dans le sondage, personne n’a évoqué la part sombre du vert, c’est-à-dire que les personnes qui pensaient au vert, y voyaient toujours une raison positive : la nature, la transparence, le printemps, la lumière, l’harmonie, l’eau qui coule, la vie, quoi. La notion d’espérance revenait aussi souvent. Et aussi, la nuance était précisée. Quand on évoque le vert, il ne s’agit pas forcément de n’importe quel vert. Pour ma part, je suis incapable de dire si j’aime le vert : autant je suis séduite par les verts doux qui tendent vers le bleu, comme le vert amande, le vert malachite ou le vert de gris… autant la sévérité des verts sombres m’inquiète et me met mal à l’aise.

Alors voilà, nous terminons ce voyage tout en nuances où l’on a vu à travers les couleurs combien la nuance est importante, comment une couleur peut véhiculer des émotions et leurs contraires. Tout est subtilité. Nous avons fait le pari, durant ces six années, de parler à la radio d’une chose qui se voit : la couleur. Michel Pastoureau, le grand spécialiste de la couleur affirme : « Avant d’être pigment, matière ou lumière, la couleur est une idée, un concept. De récentes études montrent d’ailleurs qu’un non-voyant de naissance, parvenu à l’âge adulte, a la même culture des couleurs qu’un voyant. C’est vertigineux. »

Quand même, après ce grand voyage dans les couleurs, puisse la subtilité de la nuance nous étonner, nous émerveiller, nous donner de la joie, faire résonner et vibrer nos âmes.

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Le vert-de-gris (l’émission du 26 juin)

Après trois années passées avec la couleur bleue, un an et demi avec le rouge et quelques mois avec le rose, je vous propose de découvrir le vert, dans l’émission Tout en nuances chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère (103.7). L’ensemble des émissions avec les liens vers les podcast, est présenté sur ce site à la rubrique autour de l’icône/émissions de radio.

OLYMPUS DIGITAL CAMERANous parlions la semaine dernière du vert du temps qui passe. Cela me conduit à terminer notre cycle sur le vert en évoquant une nuance qui se rapporte à la fois à la couleur verte et au temps qui passe, puisqu’il s’agit du vert-de-gris. Cette couleur est obtenue par la corrosion du cuivre. Déjà notre familier Pline l’Ancien donne la recette de fabrication. Durant l’Antiquité, le vert-de-gris provient principalement des régions de vignobles. Des lames de cuivre, préalablement tiédies, sont enfouies dans des caisses de marc de raisin. Une réaction chimique permet alors de produire un pigment à moindre coût, parfois réputé pour son instabilité et ses mauvaises réactions à l’air et à l’humidité : pourtant, la couleur est retrouvée intacte sur des fresques de Pompéi.

L’âge d’or du vert-de-gris se situe au Moyen Âge ; les ateliers d’enluminure comme les monastères celtiques en font usage dès le Ve siècle. Le résultat est parfois désastreux quand l’acidité de la préparation attaque le parchemin ou le papier tandis que d’autres pigments se détériorent à son contact. Les recettes circulent, parfois fantaisistes. Le principe est toujours de mettre en contact le cuivre avec un acide, comme le vinaigre ou du marc de raisin en fermentation. Les pigments obtenus sont adaptés aux techniques à l’eau et produisent de beaux glacis aux nuances subtiles tout en transparences. La couleur fait penser à  l’eau qui coule, quelque part entre bleu et vert. On peut la mélanger avec le jaune d’eau, la caséine ou la gomme arabique, à condition toutefois d’éviter les associations avec d’autres pigments qui peuvent virer ou évoluer de façon imprévue.

À la Renaissance, on améliore le vert-de-gris en le combinant avec de la résine de térébenthine mais le pigment reste instable et peut virer au marron avec le temps, ce qui se voit sur les feuillages de peintures comme L’Allégorie de l’amour de Paul Véronèse.

Le pigment continue à être utilisé un peu partout dans le monde, spécialement pour les miniatures et les enluminures. Il réagit encore plus mal en mélange avec de l’huile. Aussi, un artiste comme Léonard de Vinci le déconseille formellement. Et puis c’est un mélange toxique à manipuler avec précaution !

J’aime bien l’idée de cette couleur de patine et d’intempéries, qui parfois se forme toute seule, juste parce qu’on a laissé la bassine en cuivre dans l’humidité d’une cave ; le vert-de-gris, c’est vraiment la couleur du temps qui passe.


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Les volets verts (l’émission du 19 juin)

Après trois années passées avec la couleur bleue, un an et demi avec le rouge et quelques mois avec le rose, je vous propose de découvrir le vert, dans l’émission Tout en nuances chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère (103.7). L’ensemble des émissions avec les liens vers les podcast, est présenté sur ce site à la rubrique autour de l’icône/émissions de radio.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAJe ne sais pas pourquoi, mais la couleur des volets de bois des maisons me fascine. Lors de la série sur le bleu, je n’avais pas manqué de réaliser une émission dans laquelle je racontais comment la couleur des volets de notre maison est passée par toutes les nuances du bleu, à travers le temps. Les volets verts, c’est une tout autre ambiance.

Je pense à ceux de la maison de Claude Monet à Giverny. C’est le peintre lui-même, cet amoureux des couleurs qui choisit la couleur rose de la façade et celle des volets. Pourtant, à l’époque, l’usage est de peindre les huisseries dans la discrétion du gris. Monet, se soucie peu du qu’en dira-t-on, et décide de les faire peindre en vert. Il installe devant la maison une pergola couverte de rosiers grimpants et fait pousser une vigne vierge sur la façade. Ainsi, la maison d’un délicat contraste, se fond dans le jardin.

Quant à Vincent Van Gogh, il s’installe à Arles dans une maison qu’il obtient de repeindre et raconte ainsi dans une de ses lettres : « Je demeure dans une petite maison jaune, avec une porte et des volets verts, l’intérieur blanchi à la chaux ; sur les murs, des dessins japonais très colorés ; le sol en carreaux rouges. La maison est en plein soleil, le ciel par-dessus d’un bleu profond et l’ombre, au milieu du jour, beaucoup plus courte que chez nous ». Le célèbre tableau de 1888, La Chambre de Vincent, est baigné de vert et la fenêtre à peine entrouverte, tout au fond de la chambre, m’évoque l’atmosphère d’une lumière faussement paisible.

J’aime cette couleur des volets clos des maison, une couleur de souvenirs d’enfance et d’étés à la campagne, une couleur d’ennui dans la fraîcheur, à l’intérieur, maintenue par les volets presque clos, la couleur du temps qui passe comme s’écaille la peinture. Là, s’imposent à ma mémoire et à mes rêves les tableau d’Albert Marquet : Les Persiennes vertes ou Fenêtres ouvertes sur la baie.

Terminons cette petite promenade par une chanson de Claude Nougaro, Chanson pour un maçon :

« Alors, mon petit, que s’est-il passé ?
Est-ce que ta salade plaît à la façade ?
Que t’ont dit les marches quand tu chantais l’air,
Et les volets verts se sont-ils ouverts ?
Le vert des volets devint-il du verre ?
Quand tu as chanté, rue du Saint-Esprit … »


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Le verdaccio (l’émission du 12 juin)

Après trois années passées avec la couleur bleue, un an et demi avec le rouge et quelques mois avec le rose, je vous propose de découvrir le vert, dans l’émission Tout en nuances chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère (103.7). L’ensemble des émissions avec les liens vers les podcast, est présenté sur ce site à la rubrique autour de l’icône/émissions de radio.

Nous avons évoqué cette année l’immense variété de terres vertes, nous attardant la semaine dernière sur le vert brentonico, la terre verte de Vérone. Après le chute de l’Empire romain, l’engouement pour ce pigment diminue et les recherches des peintres du Moyen Âge se concentrent sur des couleurs aux tonalités plus vives. Cependant, la terre verte reste présente dans la réalisation des carnations, éclaircies par exemple avec du blanc de plomb sur les peintures murales. Dans l’icône, on parle de « proplasme » (c’est un peu différent mais on peut lire l’article ici pour comprendre). Les peintres de la Renaissance font appel à ce procédé : la peau des personnages est couverte d’un mélange d’ocre, de bruns ou couleurs sombres et de terre verte. On parle alors de verdaccio. Dans son Livre de l’art, Cennino Cennini indique de nombreuses recettes. Dans la peinture occidentale des XVIIe et XVIIIe siècles, les peintres paysagistes comme Claude Gelée ou Watteau ont recours à ce mélange, par exemple pour le rendu des feuillages.

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Détail du Christ en croix de Cimabue (celui dit d’Arezzo) qui date de 1265 ou un peu plus tard. On remarque surtout la tonalité verte des fonds sur le haut de la joue.

Je me suis beaucoup intéressée à l’utilisation de ces verts aux prémices de la Renaissance : s’y joue le double langage du vert, couleur de vie et de mort, confrontée à la différence entre une théologie orientale qui insiste sur la Résurrection, et une théologie occidentale qui met l’accent sur les souffrances du Christ. Dans les icônes et l’art byzantin en général, la terre verte est très présente sur les premières couches des carnations et réapparaît quand les œuvres sont abîmées par le temps. Mais les couleurs qui recouvrent la terre verte sont éclatantes, le blanc et le rouge cinabre y prenant une bonne part. On constate que, peu à peu, spécialement dans les représentations du Christ en croix, un évolution s’opère à la fin du XIIIe siècle. Le vert s’installe de plus en plus intensément, suggérant la mort du Christ au fur et à mesure que l’art occidental ajoute, à l’image du Christ en croix, couronne d’épine et chairs violentées. Le vert de la vie, du printemps et de l’espérance de la résurrection, devient celui de mort et de la souffrance. Il suffit de regarder une seule oeuvre pour s’en convaincre : les deux Christ en croix réalisés par le peintre Cimabue à la fin du XIIIe siècle (article ici). Quelques années seulement séparent les deux œuvres, mais le vert s’y installe, comme à l’orée d’un basculement dans l’art et la manière de peindre, qui annonce déjà la Renaissance…


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Saint Silouane de l’Athos

Saint Silouane

Saint Silouane de l’Athos, planche de tilleul travaillée en relief, 16 x 23,5 cm, 2017 (fond : verre coloré au lapis-lazuli)

Son nom de naissance est Syméon (Sylvain). Il naît en 1866 dans une famille russe modeste et mène une enfance simple et heureuse, entouré de ses six frères et sœurs. Son père, personnage d’une grande sagesse, le marque profondément.

Sa jeunesse est insouciante : il est un vigoureux charpentier, querelleur et même parfois violent, à l’appétit peu commun.

À l’âge de 26 ans, la vie monastique l’attire de façon irrésistible. Il part alors pour le Mont Athos où il restera pendant quarante-six ans (de 1892 à 1938, date de sa mort). Il y devient frère Silouane et connaît tout d’abord la grande joie de celui qui a trouvé sa place sur terre. Mais l’euphorie ne dure pas. Silouane se sent torturé intérieurement et vit des moments d’orgueil, suivis du désespoir de constater qu’il n’arrive pas à se débarrasser des ses mauvais penchants.

L’épreuve est si longue et si dure qu’il se désespère. C’est alors que le Christ lui apparaît et lui dit ces mots bien connus : « Tiens ton âme en enfer et ne désespère pas ». Silouane comprend que, si bas qu’il puisse descendre, l’acceptation est le seul chemin possible. Il commence une période de vie dans la douceur et la prière continuelle, priant pour le monde entier et semant la paix autour de lui, jusqu’à sa mort. Sa spiritualité est très marquée par l’Esprit Saint et la notion de « tendresse de Dieu ». On dit que Silouane dégageait lui-même une particulière tendresse pour tous les Êtres.

Son enseignement chaleureux est axé sur la simplicité, la compassion, l’humilité et l’amour des ennemis. Il développe aussi des idées très intéressantes sur la joie du pardon et quelque chose que j’ai compris comme l’inutilité de la culpabilité.

En 1938 quand on lui demande : « Sentez-vous que vous allez mourir ? » Il répond : « Je n’ai pas encore atteint l’humilité ».

Reconnu dans toutes les églises chrétiennes, il est fêté le 24 septembre.

« J’écris la vérité parce que j’aime les hommes.
En effet, mon cœur souffre pour eux.
Si je peux aider une seule personne à trouver le chemin qui sauve, je remercierai toujours Dieu.
O peuples de la terre !
J’ai soixante-douze ans,
Je vais bientôt mourir.
J’écris pour vous sur la tendresse de Dieu »

Tiré de Staretz Silouane, vie, doctrine, écrits, trad. moniales de Wisques.

 


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Une visite chez Dauvet, le batteur d’or

OLYMPUS DIGITAL CAMERA« Lorsqu’elle n’est rendue qu’à l’état de feuille si fine et délicate qu’elle ne supporte plus son propre poids, cette matière devient Lumière. Une Lumière radieuse, joyeuse, éternelle (…) Notre univers est celui du beau et du sacré. » (extrait du site de Dauvet)

Avec un petit groupe de l’atelier d’icônes, et accompagnés par Laure, nous sommes allés, le 29 mai, visiter l’atelier de Dauvet, le dernier batteur d’or français, une maison qui existe depuis 1834 et située sur les bords du la Léman. Voilà un petit compte-rendu de notre visite mais vous trouverez des détails passionnants en allant directement sur leur site.

Nous avons eu la chance d’assister au processus de fabrication de la feuille d’or, celle que nous utilisons dans nos icônes. Dauvet propose une grande variété de couleurs et d’épaisseurs : l’or alimentaire très à la mode (utilisé en feuilles ou en paillettes), les feuilles en carnet – bord à bord ou pas – de diverses tonalités, l’or en coquille ou les paillons beaucoup plus épais (et assez coûteux bien sûr) que nous avons envie d’essayer.
La réalisation des ces carnets est un long travail qui demande un grand savoir-faire (précision, force et dextérité).

Traditionnellement, on distingue 6 étapes principales. Nous avons assisté principalement à la première et à la dernière.

La première étape est la forge : l’or est introduit sous forme de billes dans un four à 1 200°, afin d’obtenir une sorte de mini lingot de 350 grammes (10 cm x 4 cm x 5 mm). Là, une opération manuelle consiste à presser ce petit lingot dans un laminoir, tant et tant que la réglette de 10 cm du début atteigne peu à peu 40 mètres ! C’est le laminage et c’est assez fascinant. Le ruban est alors découpé en carrés de 4 x 4 cm qui sont ensuite battus et rebattus, jusqu’à mincir tant et plus. Toutes ces opérations durent plusieurs heures et sont effectuées avec des machines assez simples.


Suit le dégrossissage à l’aide de marteaux mécaniques, les apprêts, le brunissage et le battage.

La dernière opération est manuelle et s’appelle le vidage. Après des milliers de coups de marteaux et des heures de travail, la feuille ne mesure plus que quelques microns et est placée dans un petit carnet de 25 feuilles. Nous avons été très frappés par cette salle de travail dans laquelle six femmes penchées sur leur petite table, travaillent avec précision : elles vérifient attentivement chaque feuille, en découpent régulièrement un bord et les ajustent avec une petite pince en bois dans le carnet. Elles s’aident de leur souffle pour plaquer les feuilles et c’est très beau à voir.

Tous les déchets, à chaque étape, sont récupérés pour être refondus et réutilisés.

J’ai (enfin) compris que l’or 24 carats est pur à 100 %. Pour qu’il soit plus ferme et aussi pour en varier les tonalités, on le mélange avec une petite proportion de cuivre (pour une tonalité plus rouge), d’argent (tonalités plus blanches), parfois de palladium. Ainsi, une feuille qui contient 98% d’or (c’est l’or « supérieur » que nous utilisons le plus souvent) fait 23,52 carats !OLYMPUS DIGITAL CAMERA