Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Le vert-de-gris (l’émission du 26 juin)

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Après trois années passées avec la couleur bleue, un an et demi avec le rouge et quelques mois avec le rose, je vous propose de découvrir le vert, dans l’émission Tout en nuances chaque lundi à 8 h 35 et 11 h 10 sur RCF Isère (103.7). L’ensemble des émissions avec les liens vers les podcast, est présenté sur ce site à la rubrique autour de l’icône/émissions de radio.

OLYMPUS DIGITAL CAMERANous parlions la semaine dernière du vert du temps qui passe. Cela me conduit à terminer notre cycle sur le vert en évoquant une nuance qui se rapporte à la fois à la couleur verte et au temps qui passe, puisqu’il s’agit du vert-de-gris. Cette couleur est obtenue par la corrosion du cuivre. Déjà notre familier Pline l’Ancien donne la recette de fabrication. Durant l’Antiquité, le vert-de-gris provient principalement des régions de vignobles. Des lames de cuivre, préalablement tiédies, sont enfouies dans des caisses de marc de raisin. Une réaction chimique permet alors de produire un pigment à moindre coût, parfois réputé pour son instabilité et ses mauvaises réactions à l’air et à l’humidité : pourtant, la couleur est retrouvée intacte sur des fresques de Pompéi.

L’âge d’or du vert-de-gris se situe au Moyen Âge ; les ateliers d’enluminure comme les monastères celtiques en font usage dès le Ve siècle. Le résultat est parfois désastreux quand l’acidité de la préparation attaque le parchemin ou le papier tandis que d’autres pigments se détériorent à son contact. Les recettes circulent, parfois fantaisistes. Le principe est toujours de mettre en contact le cuivre avec un acide, comme le vinaigre ou du marc de raisin en fermentation. Les pigments obtenus sont adaptés aux techniques à l’eau et produisent de beaux glacis aux nuances subtiles tout en transparences. La couleur fait penser à  l’eau qui coule, quelque part entre bleu et vert. On peut la mélanger avec le jaune d’eau, la caséine ou la gomme arabique, à condition toutefois d’éviter les associations avec d’autres pigments qui peuvent virer ou évoluer de façon imprévue.

À la Renaissance, on améliore le vert-de-gris en le combinant avec de la résine de térébenthine mais le pigment reste instable et peut virer au marron avec le temps, ce qui se voit sur les feuillages de peintures comme L’Allégorie de l’amour de Paul Véronèse.

Le pigment continue à être utilisé un peu partout dans le monde, spécialement pour les miniatures et les enluminures. Il réagit encore plus mal en mélange avec de l’huile. Aussi, un artiste comme Léonard de Vinci le déconseille formellement. Et puis c’est un mélange toxique à manipuler avec précaution !

J’aime bien l’idée de cette couleur de patine et d’intempéries, qui parfois se forme toute seule, juste parce qu’on a laissé la bassine en cuivre dans l’humidité d’une cave ; le vert-de-gris, c’est vraiment la couleur du temps qui passe.

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Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

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