Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

La mandorle (2) : « les mandorles de Christian »

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J’ai parlé dans l’article d’hier (consulter ici) de la signification du motif appelé « mandorle ». L’idée m’est venue car on m’en demande souvent l’explication en regardant mes icônes, mais aussi parce que mon ami Christian Cance a exposé récemment dans divers lieux de la Drôme et de l’Ardèche, toute une série de ses créations délicates et originales, série intitulée « mandorle ». Alors, j’ai eu envie de lui laisser la parole et de le laisser raconter sa démarche.

« Ce qu’on pourrait nommer MA “DÉMARCHE”… 
J’ai tendance à être intéressé par tout ce qui peut être représenté. La figure humaine, le portrait, les paysages, les natures mortes, la peinture abstraite, minimaliste, géométrique, mais aussi l’illustration, la BD… Les sujets et les idées de dessins ou de peintures dont je rêve se bousculent dans ma tête, sans que je parvienne à prendre le temps de les réaliser. Trop souvent, je ne démarre rien du tout et des dizaines de croquis s’entassent dans mon atelier, en attendant le jour où…
Une solution radicale pour pallier cette sorte de panne par excès de projets consiste à m’imposer un thème. Cette manière d’aborder la création me permet de me libérer du brouhaha des idées et des réflexions stériles. Je redeviens exécutant, modeste artisan d’un travail à accomplir, me laisse guider par la contrainte consentie.
(…) C’est en feuilletant un vieux classeur d’histoire de l’art que j’ai retrouvé quelques notes sur le symbole géométrique de la mandorle. Flash-back vers mes années d’étudiant aux Beaux Arts où un prof nous enseignait la vivacité de cette forme géométrique, utilisée depuis la nuit des temps et sous toutes les latitudes, de la manière la plus archaïque à la plus sophistiquée. À peine refermé ledit cahier, je me mettais au travail.

Ce qu’on pourrait nommer “MA TECHNIQUE”…  
Réalisation en trois temps : travail des papiers à l’acrylique,  mise en page / compositions puis collage sur châssis bois.
Première phase : l’approche ludique.
 Sur de grandes feuilles de divers types de papier, le crayon et le pinceau sont mis de côté au profit d’outils moins conventionnels comme le chiffon, l’éponge, le couteau, le grattoir, le bout de carton, de plastique… Le geste est spontané, répétitif, acharné, parfois violent, surtout pas appliqué. Le cerveau gauche est en veilleuse. Sans projet pensé ni dessin préconçu, je suis disponible aux découvertes et aux surprises offertes par le support et les couleurs de différentes viscosités. Le but est de constituer un ensemble de fonds de “matières” qui seront ensuite découpés et collés. 
Deuxième phase : la composition.
 À ce stade, rien n’est collé et les fonds papiers peuvent être découpés en morceaux de différentes formes, glissés, posés, tournés, juxtaposés et interchangés à l’infini jusqu’au moment où un accord de couleurs, un rythme semble s’imposer. Un pochoir en forme de mandorle déposé délicatement sur cet assemblage éphémère permet d’entrevoir le graphisme définitif.
L’étape finale consiste à tout démonter, puis à coller en reconstituant l’ensemble morceau par morceau. Attention aux courant d’air… J’ai entendu dire qu’il s’agissait de marqueterie de papier. C’est pas faux…

Ce qu’on pourrait nommer “MON STYLE”…
Mon travail révèle certainement une forte déformation professionnelle (je suis graphiste depuis plus de trente ans), l’influence du “dessin vectoriel et géométrique” sur mon regard. J’assume ce penchant pour la juxtaposition nette des aplats colorés, le jeu franc des lignes de contraste et les accords de couleurs cloisonnés. (…) J’aime opposer les matières aléatoires de mes papiers colorés, au découpage net et géométrique de la mandorle. Mes fonds bois sont souvent recouverts de mélanges de bleus, évoquant l’élément liquide, la mer, les arabesques minéraux de la turquoise ou de la chrysocolle.

 

TEXTE EXPLICATIF JOINT À MON EXPOSITION
La mandorle est cette figure géométrique construite à partir de deux cercles de même diamètre dont l’intersection dessine une ellipse verticale à deux pointes (en forme d’amande).
Pour le tracé de la “Vesica Piscis”, symbole sacré de l’Antiquité signifiant littéralement “vessie de poisson” le centre de chacun des deux cercles devait se trouver sur la circonférence de l’autre.
Utilisée pour représenter la gloire de l’Homme que l’on voit enveloppant le corps du Christ en majesté, comme celui des Saints et des Bouddhas dans les différentes traditions iconographiques religieuses, elle exprime surtout un espace de médiation, le passage entre deux hémisphères, deux mondes : l’un terrestre et l’autre céleste, l’intérieur et l’extérieur, la vie et la mort, la voie vers une autre dimension…
Amande sacrée, Poisson, Oeuf du monde, Matrice de lumière, Porte d’or… Quel que soit le nom, l’époque, la culture, la mandorle, glyphe élémentaire aux potentiels géométrique et philosophique infinis, inspirée des formes de la nature, rayonne de toute sa force magique, divine, ésotérique…
On peut y voir l’évocation d’une éclipse, de la graine, de la feuille, de l’œuf, de l’œil, du sexe féminin, de l’aura, y retrouver la forme du bouclier tribal, du croisement de deux arcs, du schéma de la division cellulaire, l’espace entre deux mains jointes pour la prière… »

Christian Cance chriz2x@gmail.com

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Auteur : elisabethlamour

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