Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Les Sept dormants d’Éphèse

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Les sept dormants d'Ephèse

Les Sept dormants d’Éphèse, icône sur tilleul 20 x 20 cm, 2017

L’histoire des Sept dormants d’Éphèse occupe une place particulière, parce que l’histoire attachante de ces jeunes gens est entrée à la fois dans celle du christianisme et dans celle de l’Islam. L’icône est une des très rares icônes qui s’inscrit dans les deux traditions (de superbes miniatures persanes représentent la scène, voir en particulier dans l’article de La Croix cité en fin de page).

Le récit se situe au milieu du IIIe siècle, à l’époque des persécutions de l’empereur Dèce. Il raconte que sept jeunes hommes de la bonne société d’Éphèse, secrètement convertis au christianisme, distribuent leurs biens aux pauvres. Leurs prénoms sont parfois cités avec quelques légères variantes (le plus souvent : Maximilien, Exacustodien, Jamblique, Martinien, Denys, Antonin et Constantin ou Jean). Arrêtés, ils acceptent de renoncer à leurs biens mais pas à leur foi : ils sont alors emprisonnés mais parviennent à se réfugier dans une caverne sur une hauteur de la ville où ils s’endorment pendant leur repas. D’autres versions racontent qu’ils désertent et se cachent.

Mais la grotte est découverte et, sur ordre de l’empereur, murée par des soldats. Selon la tradition chrétienne, les jeunes hommes se réveillent environ deux cents ans plus tard (peut-être sous le règne de Théodose II) avec l’impression de n’avoir dormi qu’une nuit. L’un d’eux serait sorti chercher de la nourriture. Les sept jeunes gens seraient ensuite retournés dans leur grotte avant de s’endormir pour un sommeil éternel. L’empereur considère ce miracle comme une preuve de la possible résurrection des corps.

Le récit est présent dans le Coran (18e sourate dite « de la caverne », sourat al-Kahf). Les premiers traces de récits chrétiens remontent à l’an 500, en Syrie. Grégoire de Tours en fait la narration en latin avant qu’elle n’apparaisse dans La Légende dorée. L’histoire connaît un grand succès populaire et se répand dans tout le monde méditerranéen, dans l’occident latin comme en terre d’Islam, renforcée par le culte des reliques. Les sept noms sont gravés au VIIIe siècle, en copte, sur les murs d’une chapelle. Près de Sétif en Algérie, sept piliers romains dans un cimetière sont considérés comme leurs tombes et la huitième celle de leur chien. À Marmoutiers, près de Tours, une chapelle abrite une crypte avec les sept sarcophages ; là, ils sont considérés comme des cousins de saint Martin.

On trouve dans ce récit de nombreux symboles récurrents : le chiffre sept (bien que le récit coranique varie sur ce point), le refuge de la grotte, une histoire qui évoque la résurrection, le voyage dans le temps, le sommeil éternel… Sur l’icône, j’ai essayé de traduire la jeunesse des personnages qui sont décrits comme des adolescents, parfois même des enfants. J’ai ajouté le petit chien Qitmir, un détail donné par le Coran.
Plusieurs historiens, comme Louis Massignon, se sont penchés sur ce récit, tentant de recenser les sites qui les mentionnent, qu’il soient en terre d’Islam ou en terre chrétienne.

Une fête interreligieuse les unit d’ailleurs à son initiative, chaque année depuis 1954, à Vieux-marché, non loin de Lannion (Bretagne). Pour Louis Massignon, les jeunes gens de la caverne sont des sortes de témoins de la résurrection…

Ainsi, l’histoire des Sept dormants revient périodiquement, comme se réveillent les jeunes garçons, d’autant plus vivement que des parallèles ont été soulignés entre cette histoire et celles des moines de Tibbirine. Michèle Lévesque, iconographe, a réalisé avec cette intention, la première icône (voir ici) que j’ai pu admirer sur ce thème, pour la chapelle du monastère Val-Notre-Dame de Saint-Jean-de-Matha (Québec).

Ils sont fêtés le 4 août et invoqués pour repousser la fièvre, parfois l’insomnie, en particulier chez les enfants.

(1) Manoël Pénicaud, anthropologue, aborde ce sujet dans de nombreux articles et interventions.
(2) Lire à ce sujet l’article de la Croix 30 juin 2017 qui propose de nombreuses références.

Article du 14 août 2017

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

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