Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


2 Commentaires

La Vierge de Koniev (Konevietz)

Vierge de Koniev

Icône sur planche de bouleau, 17,5 x 24 cm, 2017

L’icône de la Mère de Dieu de Koniev serait arrivée du Mont Athos en Russie au 14e siècle. Elle offre quelques particularités, comme le fichu blanc qui couvre la tête et les épaules de la Vierge. Une ou deux tourterelles sont posées sur la main gauche de l’Enfant évoquant l’offrande apportée par Joseph lors de la Présentation du Christ au Temple (ce thème de l’Enfant à l’oiseau est fréquent dans la statuaire romane).

L’histoire de cette icône miraculeuse de la Mère de Dieu est liée à la vie de saint Arsène de Koniev (ou Konev). Originaire de Novgorod, celui-ci se rend au mont Athos pour approfondir son cheminement spirituel par la voie de l’ascèse. Au bout de trois ans, il reçoit la bénédiction de l’higoumène Jean qui le bénit avec une icône avant son retour en Russie.

Plus tard, Arsène part à la recherche d’un lieu pour construire un nouveau monastère en suivant le cours de la rivière vers le lac Ladoga. Ayant visité plusieurs îles, il s’arrête sur l’île de Koniev. Là, il érige une croix et se construit une cellule puis une église en l’honneur de la Nativité de la Mère de Dieu. La vie ascétique d’Arsène attire vers lui ceux qui désirent suivre son exemple, et son ermitage devient le monastère de Koniev.

Dès son installation dans l’île, l’icône montre sa force miraculeuse. Un pêcheur raconte à Arsène que, dans la partie nord-ouest de l’île se trouve une grande pierre que les habitants vénèrent. Chaque printemps, ils font passer leur bétail dans l’île afin de le laisser pâturer sans la garde d’aucun berger. En revanche, ils laissent en offrande un cheval, qui disparaît complètement à chaque saison. Les habitants superstitieux des lieux pensent que les esprits-protecteurs de l’île acceptent cette offrande. «Aujourd’hui encore, disait le pêcheur, les esprits habitent sous cette pierre et font peur aux gens».

Ayant écouté le récit, Arsène prend l’icône de la Mère de Dieu et se dirige vers la pierre où il prie et chasse les démons. La légende dit que les esprits malins, ayant pris l’aspect de corbeaux, s’envolent alors de cette île, vers une grande baie que les habitants locaux nommèrent alors le lac du diable. Plus tard, la Mère de Dieu réalise de nombreux  miracles par son icône.

À présent, l’icône se trouve dans le monastère de Valamo, en Finlande, où j’ai eu la chance de séjourner dans cette atmosphère si particulière de lacs et de bouleaux. Une copie du XVIIe siècle se trouve à Moscou, à l’église de la Résurrection.

On prie devant l’icône de la Mère de Dieu de Koniev pour recevoir la guérison de la possession par les démons, la guérison des maladies des yeux et de la cécité, de la paralysie.

Date de la fête : 10 juillet

Article du 29 novembre 2017

Publicités


Poster un commentaire

Le « Traité des divers arts » du moine Théophile (émission du 27 novembre)

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la nouvelle série intitulée Carnets de peintures. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast des émissions précédentes sont ici.

OLYMPUS DIGITAL CAMERALe Traité des divers arts ou Schedula diversarum artium est le titre d’un ouvrage du début du XIIe siècle, consacré aux techniques de l’art et composé par Théophile-le-moine. Celui-ci se présente dans l’introduction comme un « humble prêtre, serviteur des serviteurs de Dieu ». Selon certains historiens, Théophile serait en réalité le moine bénédictin Roger, orfèvre dans un monastère de Saxe : rien n’est sûr, mais le vocabulaire employé renforce l’hypothèse de l’origine germanique du document.

Le Traité des divers arts est le premier du genre à traiter de tous les arts visuels, à l’exception de la sculpture. Il est composé de trois parties, précédées d’une introduction à caractère spirituel. La première, celle qui nous intéresse le plus, est consacrée à la peinture. Théophile explique brièvement comment peindre les visages ou les chairs, préparer les enduits ou poser l’or. La deuxième partie est consacrée à l’art du vitrail, et la dernière, au travail des métaux, des pierres précieuses, de l’émail et de l’ivoire, avec un chapitre introduisant à la facture de l’orgue.

Le Traité des divers arts s’inspire probablement d’un ouvrage encore plus ancien, le Mappae Clavicula ou Petite clé de la peinture qui remonterait au IXe siècle. Ce texte précurseur entremêlait des réflexions sur l’art de son temps et l’enseignement de l’Antiquité tardive, tout en s’appuyant sur les principes médiévaux de l’alchimie. Enrichi au cours des siècles suivants, suscitant l’échange de recettes durant tout le Moyen Âge, Théophile s’en est inspiré, tout comme il s’appuie sur les écrits de Pline l’Ancien et les apports de l’art de Byzance et de l’Islam. Tout ceci, ainsi que l’imprécision de bien des recettes, nous fait penser que le moine Théophile n’est pas peintre lui-même, mais un savant passionné qui compile les connaissances de son temps.

L’esprit du Traité est typique de la pensée médiévale. L’artiste y est considéré non comme un auteur, mais comme un intermédiaire qui accomplit son œuvre comme un devoir envers Dieu. Théophile termine sa première introduction par ces mots : « Lis (le manuscrit) avec une mémoire fidèle ; embrasse-le avec un amour ardent. (Dieu tout-puissant) sait que je n’ai écrit mes observations ni par l’amour d’une louange humaine, ni par le désir d’une récompense temporelle ; que je n’ai soustrait rien de précieux ou de rare par une malignité jalouse ; que je n’ai rien passé sous silence, me le réservant pour moi seul : mais que, pour l’accroissement de l’honneur et de la gloire de son nom, j’ai voulu subvenir aux besoins et aider aux progrès d’un grand nombre d’hommes ».

La semaine prochaine, nous évoquerons un autre ouvrage : Le Livre de l’art.

Article du 27 novembre 2017


Poster un commentaire

Conseils aux jeunes peintres (émission du 20 novembre)

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la nouvelle série intitulée Carnets de peintures. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast des émissions précédentes sont ici.

Enfant qui dessine

Lors d’un stage de troisième à l’Atelier d’icônes

Le Guide de la peinture s’ouvre sur une série de conseils adressés « à tous les peintres et à tous ceux qui (…) étudieront ce livre ». Denys de Fourna insiste en tout premier lieu sur la nécessité de « dessiner sans relâche et simplement, sans employer de mesure ». Je crois que la plupart des personnes qui enseignent ou ont étudié les arts graphiques, se retrouveront dans cette indication. Dessiner pour aiguiser sa main et son regard, quel  conseil pertinent pour un peintre débutant !

Dans un deuxième temps, Denys présente les prières initiales qui précédent tout temps de travail. Elle sont adressées au Christ et à la Vierge, mais font aussi mémoire de saint Luc, l’apôtre décrit comme le premier peintre d’icônes, et mémoire de la légende du roi Agbar, une histoire qui serait à l’origine de la pratique de l’iconographie : nous reviendrons sur ces deux sujets. Le peintre demande alors au Seigneur de « conduire ses mains », une attitude qui aide à moins se crisper sur la seule volonté de réussite, pour laisser la place à ce qui peut advenir d’inattendu, et peut-être de meilleur. De nombreux peintres, comme Fra Angelico prenaient toujours ce temps de prière avant l’ouvrage. Nous nous efforçons, avec mes élèves, de préserver ce temps de silence, de recueillement, le temps intermédiaire entre le brouhaha du monde et la paix de la peinture.

Denys continue en revenant une fois encore sur l’importance du dessin avant de souligner la nécessité de trouver un maître. Et toujours reviennent les exhortations à travailler longtemps, sans relâche, de façon répétitive. Encore et encore…

Il indique ensuite comment copier inlassablement les œuvres des anciens, comme celles de Manuel Panselinos, et donne de multiples conseils pour ne rien en abîmer, les protéger, respecter de tout son cœur le travail des prédécesseurs.

Puis il termine par ces mots : « Maintenant, mon cher ami, avancez courageusement, sans redouter la peine, mais avec le plus de soin et de persévérance possible, afin d’apprendre cet art parfaitement ; car c’est une œuvre divine ».

Nous approfondirons chacun de ces points dans les chapitres suivants, mais avant de continuer notre tour d’horizon avec Le Guide de la peinture, nous allons partir à la rencontre de deux autres ouvrages qui vont enrichir notre cheminement : il s’agit du Traité des divers arts du Moine Théophile et du Livre de L’art de Cennino Cennini.

Article du 20 novembre 2017


Poster un commentaire

De l’Athos à Chartres (émission du 13 novembre)

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la nouvelle série intitulée Carnets de peintures. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast des émissions précédentes sont ici.

L’introduction au Guide de la peinture, rédigée par Adolphe-Napoléon Didron, est très longue – environ une quarantaine de pages. Il prend, comme on le faisait à son époque, d’infinies précautions pour présenter son sujet. Je ne vais bien sûr pas tout détailler mais seulement vous en livrer l’essentiel.

Didron souligne d’abord les difficultés de traduction et le fait que certains termes, certaines proportions, certaines matières, ne trouvent aucune analogie en français. La valeur de l’ouvrage n’est peut-être pas technique, car aucune recette ne peut-être suivie telle quelle. C’est surtout l’esprit, la façon de travailler qui est retranscrite et continue à nous inspirer et à nous émerveiller. J’apporterai chaque fois que possible une sorte de « traduction pour aujourd’hui » aux conseils techniques.

L’archéologue relève ensuite les nombreuses analogies entre ce qu’il a observé à la fois en Grèce et au Mont Athos, et en Occident, que ce soit à la cathédrale de Chartres, à Reims ou ailleurs. Il remarque par exemple que le sceau dont les moines gouverneurs de l’Athos scellent leurs décisions (…) est peint sur une verrière de la cathédrale de Chartres d’une façon évidente. Il s’étend sur la disposition des scènes et des personnages, très analogue partout dans le monde chrétien. Bref, pour Alphonse-Napoléon Didron, les routes prises par les diverses écoles de l’art chrétien ont bien été les mêmes, en Orient et en Occident, au moins jusqu’au schisme. Ensuite, quelques différences sont apparues mais davantage dans les détails – que nous mentionnerons quand ce sera utile – que pour l’essentiel. Ainsi, les auditeurs qui s’intéressent à l’art roman trouveront des repères familiers et un grand intérêt au Guide de la peinture. Du reste, le titre complet de l’ouvrage est Manuel d’iconographie chrétienne grecque et latine. C’est dire combien Monsieur Didron est persuadé de l’universalité du manuscrit qu’il nous livre.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Quant à l’influence mutuelle et les échanges riches et féconds entre les écoles d’art du bassin méditerranéen médiéval, élaborant chacune leur « manière de peindre », elle n’est plus à démontrer. Les trésors des uns éblouissent les autres : les marchands, les pèlerins, les apprentis, les navigateurs et même les guerriers – quand ils reviennent –racontent et tissent à travers le monde des fils dont l’art témoigne toujours. Impossible de savoir, à la fin du voyage, qui a influencé l’autre : Adolphe-Napoléon Didron, l’archéologue, développe cette question éternelle dans sa longue introduction.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Article du 13 novembre 2017


Poster un commentaire

La « chaîne d’or » (émission du 6 novembre)

 

Cimabue et Giotto3, mG

Cimabue et Giotto par Pierre-Henri Revoil

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la nouvelle série intitulée Carnets de peintures. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast des émissions précédentes sont ici.

Puisque nous sommes dans le temps de la Toussaint, le moment est parfait pour nous attarder sur la façon dont Le Guide de la peinture, est parvenu jusqu’à nous.

J’ai bien aimé dans le récit d’Adolphe-Napoléon Didron, ses rencontres réelles ou imaginaires avec les peintres qu’il a croisés dans sa quête.

Il raconte lui même :

« J’ai relevé sur les fresques, les mosaïques et les tableaux mobiles, trente-cinq noms de peintres morts : vingt-trois dans le mont Athos même, et douze dans les autres contrées. J’ai visité les ateliers de quatorze peintres vivants, dont quatre maîtres et dix élèves. J’ai vu le peintre Joasaph exécutant avec son frère et ses quatre élèves les peintures d’Esphigménou du mont Athos. J’ai vu peindre des tableaux sur bois, à Karès, par le vieux père Agapios et le père Macarios, celui qui m’a fait transcrire le manuscrit. J’ai acheté à l’un des moines sculpteurs, le père Benjamin, une de ces jolies croix de bois, tout historiée des sujets de la Passion et de la vie du Christ, semblable à celles qu’on garde précieusement dans nos musées (…) »

Didron, dans son récit, raconte longuement sa rencontre et ses échanges avec Joasaph, mais il évoque aussi l’œuvre d’un certain Georges Marc qui aurait vécu au début du XVIIIe siècle. Quant au fameux ouvrage, Le Guide de la peinture, l’essentiel date du XVIIIe siècle, mais c’est un peu comme si Manuel Panselinos, du XIIe siècle, avait jeté des fondements, transmis des trésors de découvertes des uns aux autres jusqu’à Denys de Fourna, en passant par Georges Marcos et tant d’autres, pour arriver à Joasaph, à Macarios, et enfin à notre archéologue… puis jusqu’à nous aujourd’hui : fascinant, vous ne trouvez-pas ?

Et oui, on l’a compris, une des premières caractéristiques de ces arts sacrés traditionnels, qu’ils soient d’orient ou d’occident, est de s’inscrire dans une filiation. Je trouve très beau cette place de l’iconographe, du maître verrier, du tailleur de pierre ou de tant d’autres artisans d’art : nous continuons et transmettons le travail de nos prédécesseurs. C’est comme si nous donnions vie éternelle à leurs recherches, leur méditation, leurs joies, leurs émotions et leurs prières pour inscrire notre art dans le profond respect de ce qui nous construit. Ainsi, chacun constitue, humblement et lumineusement, un des maillon de la « chaîne d’or » dont parle saint Syméon, le nouveau théologien au début du XIe siècle.

Nous voilà prêts à entrer, la semaine prochaine, dans le texte même de ce fameux Guide de la peinture.

J’ai mis, pour illustrer cet article, l’image de ce tableau de Pierre-Henri Revoil . Il date du tout début du XIXe siècle et on peut l’admirer au Musée de Grenoble : il illustre très bien, pour moi, le thème de la « chaîne d’or ».
On peut trouver sa présentation ici.

Article du 6 novembre 2017