Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Trouver son maître (émission du 29 janvier)

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peintures. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast des émissions précédentes sont ici. Nous avons vu, les semaines passées, l’importance de faire fructifier tout talent. Mais comment une personne, douée pour la peinture, peut-elle accomplir au mieux ce que nous appellerions aujourd’hui son « parcours de formation » ?

Giovanni Do

Un Maître et son élève, huile sur toile 83 cm × 107 cm, musée des Beaux-Arts de Bordeaux. Le peintre, Giovanni Do, d’origine espagnole, travaille à Naples au XVIIe siècle

Au chapitre III, Cennini revient sur l’importance de se lier à un maître : « dès que tu le peux, commence à te mettre sous la conduite d’un maître afin d’apprendre ; et quitte-le, le plus tard possible » écrit-il. Pour lui, pas de doute, la peinture s’apprend en copiant les modèles d’un maître, « le meilleur et celui qui a la plus grande renommée », ajoute-t-il. Il revient ensuite sur la notion de durée et de fidélité. Pour lui, il convient de bien choisir son maître, puis de cheminer à ses côtés le plus loin possible, avec constance.

Dans son introduction du Livre de la peinture, Denys de Fourna précise : « Sachez bien, ô studieux élève, que, si vous voulez vous consacrer à cette science de la peinture, il faut que vous alliez trouver un maître savant, qui vous l’enseignera en peu de temps, s’il vous dirige comme nous le disons (…) »

Bien sûr, pour mille et une raisons, il n’est pas toujours possible de trouver un maître. Alors, les anciens recommandent de commencer l’apprentissage de la peinture par la copie, de la même façon qu’on travaillerait avec un maître, avec fidélité et constance. Ainsi, Denys de Fourna continue-t-il :

« Mais, si vous ne rencontrez qu’un maître dont l’instruction et l’art ne soient qu’imparfaits, tâchez de faire comme nous, c’est-à-dire recherchez quelques originaux du célèbre Manuel Pansélinos. Travaillez longtemps d’après cela, faisant des efforts, comme nous vous l’avons déjà dit, jusqu’à ce que vous parveniez à bien saisir les proportions de ce peintre et les caractères de ses figures. Allez ensuite dans les églises qu’il a peintes pour y lever des anthiboles – c’est-à-dire les calques – de la manière indiquée plus bas. Ne commencez pas votre ouvrage au hasard et sans réflexion ; mais agissez, au contraire, avec la crainte de Dieu et avec piété dans cet art, qui est une chose divine. »

S’en suivent diverses recommandations sur les précautions à prendre pour ne pas abîmer et respecter le travail des prédécesseurs.

Une fois le maître trouvé, il s’agit d’évaluer le bon rythme d’apprentissage : ce sera le thème de l’émission de la semaine prochaine.

Article du 29 janvier 2018

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La Vierge « Secours des égarés »

Secours des égarés

Mère de Dieu « Secours des égarés », 21 x 25 cm, sur planche de tilleul travaillée en relief, 2018

En feuilletant un livret sur les icônes de la Mère de Dieu, j’ai été intriguée à la fois par le nom de l’icône : Secours des égarés (1) et par cette inhabituelle représentation dans l’iconographie byzantine, d’une Vierge aux cheveux détachés, tombant en trois grosses mèches sur ses épaules.

L’icône est mentionnée pour la première fois au VIe siècle sous le règne de l’Empereur Justinien, mais l’histoire qui lui est associée est celle d’un pauvre paysan russe du XVIIIe siècle, qui cherchait sa route. Il s’appelait Féodote Oboukhov et vivait dans le village de Bon (province de Kalouga). Une nuit, il fut surpris par une violente tempête de neige. Ses chevaux, épuisés, arrivèrent près d’un fossé infranchissable. Le paysan, à bout de forces, détacha ses chevaux, s’emmitoufla comme il le put et s’endormit dans son traîneau, engourdi par le froid glacial. Cependant, il continuait à prier de tout son cœur, promettant, s’il se tirait d’affaire, d’offrir à son église une icône qu’il appellerait  À la recherche des brebis perdues.

D’une façon miraculeuse, un paysan du village voisin entendit l’appel au secours d’Oboukhov et le trouva, à moitié gelé, mais vivant. Après son rétablissement et pour honorer sa promesse, Féodote commanda une copie de l’icône d’une église voisine, qui produisit rapidement de nombreux miracles (elle aurait arrêté, notamment, plusieurs épidémies de choléra).

On trouve diverses variantes de ce modèle mais avec des constantes : l’enfant se tient presque debout sur le genou droit de sa Mère, les jambes plus ou moins découvertes (souvent jusqu’au dessus du genou) et il enlace son cou de son autre main.

Au sens figuré, l’égaré est bien sûr celui qui cherche sa route, sa voie, le paumé, le perdu, l’errant…

On raconte que le dernier propriétaire de l’icône, un pauvre veuf, pria tellement devant elle, qu’il fut sauvé du désespoir, et ses filles connurent un beau destin. Pour remercier, il confia cette icône à l’Église.

Voilà comment, au sens propre comme au figuré, cette icône est un peu celle du dernier refuge, le dernier espoir : chercher le réconfort de bras aimants quand on ne trouve plus sa route, quelle belle image…

Fête le 5 février

(1) Le nom de cette icône est aussi Celle qui est à la recherche des brebis perdues ou Vzykanie pogibchikh.

Article du 26 janvier 2018


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Lettre d’Herman Hesse à un jeune artiste (émission du 22 janvier)

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peintures. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast des émissions précédentes sont ici.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAJ’aime toujours faire des ponts entre les époques et je trouve fascinant de voir combien les paroles de sagesse traversent le temps. Nous avons écouté, la semaine dernière, les réflexions des maîtres médiévaux à propos de la notion de talent et de don. De nombreux auteurs, plus proches de nous, perçoivent la question un peu de la même façon. Ainsi Herman Hesse aborde-t-il magnifiquement le sujet dans une Lettre à un jeune artiste (1) en 1945. Écoutons-le :

« Je te prie de te rappeler et de méditer de temps en temps les quelques remarques que je vais faire (…). Ces réflexions ne sont pas de moi, elles sont vieilles comme le monde et appartiennent à ce que les hommes ont exprimé de plus positif sur eux-mêmes et sur leur mission.

Ce que tu fais dans la vie, (…) non seulement comme artiste, mais aussi en tant qu’homme, époux et père, ami, voisin, etc, tout cela s’apprécie en fonction du  » sens  » éternel du monde (…) La seule chose qui compte, c’est le fait que chacun de nous est le dépositaire d’un héritage et le porteur d’une mission ; chacun de nous a hérité de son père et de sa mère, de ses nombreux ancêtres, de son peuple, de sa langue certaines particularités bonnes ou mauvaises, agréables ou fâcheuses, certains talents et certains défauts, et tout cela mis ensemble fait de nous ce que nous sommes, cette réalité unique (…). Or, cette réalité unique, chacun de nous doit la faire valoir, la vivre jusqu’au bout, la faire parvenir à maturité et finalement la restituer dans un état de perfection plus ou moins avancé. À ce propos, on peut citer des exemples qui laissent une impression ineffaçable et qu’on trouve en abondance dans l’histoire universelle et l’histoire de l’art. (…) Bref, lorsque quelqu’un éprouve le besoin de justifier sa vie, ce n’est pas le niveau général de son action, considérée d’un point de vue objectif, qui compte, mais bien le fait que sa nature propre, celle qui lui a été donnée, s’exprime aussi sincèrement que possible dans son existence et dans ses activités»

Ainsi, à sa façon, Herman Hesse nous redit ce que martèlent les maîtres médiévaux : quel que soit son don ou son talent, modeste ou merveilleux, il nous appartient de le faire fructifier et de suivre sa voie.

(1) HESSE Hermann, Lettre à un jeune artiste, Éd. Mille et une Nuits, 1994.

Article du 22 janvier 2018


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Sainte Florence, fille spirituelle de saint Hilaire

 

sainte Florence

Sainte Florence, planche de tilleul travaillée en relief, 13 x 16 cm, 2008

Sainte Florence, dont on sait peu de choses, serait en quelque sorte la fille spirituelle de saint Hilaire de Poitiers.

Saint Hilaire était évêque depuis quelques années quand il se lança dans un combat contre l’arianisme et fut exilé, vers 356 en Phrygie, par l’Empereur Constance.

Florence serait née là-bas, dans une famille païenne. Un jour, elle aurait surgi dans l’église dans laquelle prêchait Hilaire. Il la bénit, et quelques jours plus tard la baptisa.
On ne sait pas trop quel évènement lui permit de rentrer en Gaule où il retrouva son ministère. Florence l’apprit et obtint de ses parents l’autorisation de le suivre. Elle traversa à son tour les mers, passa les Alpes, parcourut les diverses provinces de la Gaule et arriva enfin à Poitiers auprès de celui qu’elle considérait comme son « père » et son protecteur.

Hilaire possédait de vastes propriétés à Comblé, à l’est de la commune de Celle-l’Evescault (Vienne) où il bâtit un monastère. Il aurait proposé à sainte Florence de s’y retirer pour vivre en ermite, après l’avoir consacrée à Dieu. Florence mena alors une vie de sainteté et de prière. Mais les conditions de ce genre de vie étaient très rudes, surtout à l’époque et Florence s’éteint avant sa trentième année, le 1er décembre 367. On ne sait rien de sa vie durant ces sept années de vie recluse et on ne dispose d’aucun récit, ni d’aucune description, mais en raison de son prénom évocateur, on la représente souvent portant une brassée de fleurs.

Les reliques de sainte Florence se trouvent à l’église romane du village, sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle et Comblé est devenu un lieu de pèlerinage.
Fête le 1er décembre

Article du 15 janvier 2018


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Le talent et le don (émission du 15 janvier)

OLYMPUS DIGITAL CAMERAChaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peintures. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast des émissions précédentes sont ici. Après avoir évoqué l’art et la Création, les trois auteurs médiévaux auxquels nous faisons référence nous parlent du talent et du don, dans une acceptation beaucoup plus large que celle que nous envisageons aujourd’hui !

Cenninni, Denys de Fourna et le moine Théophile, évoquent d’une façon ou d’une autre la parabole des talents et l’importance de faire fructifier chaque don venu de Dieu. Ils étendent cette notion à la lecture qu’en faisait déjà saint Jean Chrysostome (1) quand il écrivait : « il faut par ce mot de “talent” entendre tout ce par quoi chacun peut contribuer à l’avantage de son frère, soit en le soutenant de son autorité, soit en l’aidant de son argent, soit en l’assistant de ses conseils, soit en lui rendant tous les autres services qu’il est capable de lui rendre ». Ainsi, le don désigne tout autant le talent artistique que la capacité à favoriser et à transmettre l’art.

Le moine Théophile continue sa démonstration en expliquant que le privilège de l’être humain est son intelligence et sa capacité à progresser. Aussi est-il nécessaire et beau de faire fructifier ces atouts : celui qui possède un don a le devoir de le développer, c’est dans l’ordre des choses ! Il revient aux artistes de travailler avec acharnement pour que s’épanouisse leur art, et à lui, Théophile de transmettre son savoir pour le bien de tous. Écoutons-le s’adresser à celui « à qui Dieu a mis au cœur le désir d’explorer le vaste champ des arts » : « que l’homme embrasse de toute l’ardeur de ses désirs l’héritage que Dieu lui accorda (…) ce n’est point une conquête mais un don. (…) qu’il n’enveloppe pas ce bienfait d’un silence jaloux ; qu’il ne le cache pas dans le repli d’un cœur avare. (…). Il serait un spéculateur insensé, celui qui, trouvant tout à coup un trésor en creusant la terre, négligerait de le recueillir ou de le garder »(2).

Dans le Guide de la peinture, Denys de Fourna raconte brièvement son parcours. Il ne se décrit pas comme un artiste extraordinairement doué, mais une personne qui a dû beaucoup travailler. Il a trouvé un grand réconfort et l’impression apaisante d’avoir accompli sa tâche, en se lançant dans cette œuvre de transmission que constitue l’ouvrage parvenu jusqu’à nous.

Ainsi, tous ces maître du passé nous entraînent-ils à trouver notre juste place dans le monde pour le bien de tous, à peindre si nous en avons le goût et la disposition, à travailler et aussi à enseigner, à encourager, à partager et à transmettre !

Cela peut constituer un bon sujet de méditation en ce début d’année et nous l’approfondirons la semaine prochaine avec un texte plus proche de nous, et les mots de Herman Hesse.

1. Homélies sur l’Évangile de Matthieu, 78, 3
2. Traité des divers arts, Prologue du premier livre

Émission du 15 janvier 2018


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Nathan, « Dieu a donné »

prophète Nathan

Prophète Nathan, icône sur tilleul 13 x 17 cm, 2018

J’ai été frappée, cet été, par le récit d’un père qui nous racontait pourquoi il avait appelé son fils « Nathan ». Eh oui, c’est un prénom riche de sens puisque Nathan (abrégé de natan-Yah), signifie « Dieu a donné ». Nathan est un « cadeau de Dieu », nous confiait cet ami !

Nathan, prophète du VIIIe siècle av. J.-C., joue un grand rôle à la cour du roi David, d’un point de vue autant religieux et moral que politique, dans la lignée des interventions des grands prophètes de l’époque.

Nathan est surtout connu par la « Prophétie de Nathan » (II Samuel, VII) dans laquelle son nom est mentionné pour la première fois. Le prophète s’adresse au roi David au cours d’un dialogue. Il utilise une double antithèse : ce n’est pas David qui construira une Maison pour le Seigneur, mais le Seigneur qui fera une dynastie à David (promesse de la permanence de la lignée davidique sur le trône d’Israël et annonce du Christ). Par ailleurs, ce n’est pas David qui construira le Temple, mais son fils Salomon (réalité historique).

Ce texte, à l’origine en vers, est le premier d’une suite d’oracles qui proclament le Messie comme descendant de David.

Nathan adresse à David de graves reproches lorsque celui-ci envoie Urie le Hittite mourir à la guerre (II Samuel, XII), parce qu’il convoite son épouse Bethsabée. Il lui rappelle ses devoirs et lui annonce qu’en châtiment, l’enfant qui naîtra de Bethsabée (Salomon), héritera du trône à la place de son fils aîné. Ce passage commence par la Parabole de la Brebis qui raconte, en une belle et triste histoire, comment l’hypocrisie habite certaines personnes riches, qui se donnent bonne conscience en agissant pourtant au détriment des plus faibles (cette parabole est reprise dans le Coran, sourate 38, qui en offre une autre interprétation). David, dans un premier temps, ne comprend pas que Nathan fait un parallèle avec ses propres agissements. L’histoire est tragique, à l’instar de nombreux récits de l’époque, puisqu’il décrit un châtiment insensé : la mort du premier enfant de David !

Nathan prédit aussi des guerres internes qui décimeront la famille royale. Alors, il soutient Salomon pour succéder à David (I Rois I, 11-42) et précipiter son couronnement.
Selon I Chroniques, XXIX, 29, Nathan écrivit une histoire de David, et selon II Chroniques IX, 29, une histoire de Salomon.

Le prophète Nathan s’écrit Пророк Нафан en russe et en slavon comme ci-dessous. Je l’ai écrit ainsi, à la demande de la personne qui m’a commandé l’icône pour un de ses petits-fils.en slavon prophète Nathan

 

Article du 12 janvier 2018 (rédigé avec une pensée spéciale pour un jeune Nathan de Natashquan)


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L’art et la Création (émission du 8 janvier)

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peintures. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast des émissions précédentes sont ici. En ce début d’année 2018, continuons à nous demander le sens des principales recommandations données aux peintres par leurs aînés, dans les écrits médiévaux.

La Création, mosaïque de Monreale

La Création, mosaïque de Monreale (Sicile)

Cennino Cennini, tout comme le moine Théophile, commence son ouvrage(1) par le rappel de l’histoire de la Création. On comprend que pour les deux hommes, « la chute » a conduit l’Être humain à la nécessité de travailler de ses mains. Cennini explique très clairement la place que prend pour lui la peinture dans cette histoire sacrée : « Adam (…) comprit (…) qu’il fallait trouver la manière de vivre de ses mains. Ainsi commença-t-il à bêcher et Ève à filer. Suivirent bien des arts (…) ; certains étaient et sont plus savants que d’autres (…), le plus noble étant la science. Après celle-ci, vient un art qui dérive d’elle et qui doit reposer sur elle et sur l’action de la main. C’est un art appelé peinture ; il faut avoir de l’imagination et une main habile, trouver des choses qu’on n’a point vues en leur donnant l’apparence d’éléments naturels et les fixer, avec la main, en faisant croire que ce qui n’est pas, existe. C’est avec raison qu’il mérite de siéger au second rang, après la science, et d’être couronné de poésie. »

Comme pour se rappeler le cheminement de la Création, l’humanité poursuit par le travail de ses mains, l’oeuvre du Créateur. Garder modestement cette idée en tête, chaque fois que l’on crée par ses mains, son corps ou son intelligence, me semble une idée enthousiasmante, « car nous travaillons ensemble à l’œuvre de Dieu », lit-on dans la première Épître aux Corinthiens (1 Co 3, 9).

L’analogie avec la Création est manifeste dans le déroulement de la réalisation d’une icône. On commence le travail, comme au premier matin du monde par la lumière, qu’elle vienne de la feuille d’or délicatement posée, ou des jaunes purs et lumineux des auréoles et des fonds. Puis, on recouvre d’une sombre couleur de terre tout ce qui est vivant en se souvenant de la Genèse : « Le Seigneur modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie et l’homme devint un être vivant» (Gn 2, 7). Commence alors le long processus de réalisation de l’icône, qui chemine lentement de l’ombre vers la lumière au rythme du souffle. La vie jaillit, dans la superposition de couches de plus en plus lumineuses posées une à une sur la couleur de la terre faite d’ocres et de noirs mélangés. Tout s’éclaircit, comme si l’humanité venue de la glaise cherchait à retrouver la lumière.

Dans le même esprit, nous envisagerons la semaine prochaine la place du don et du talent dans le parcours de l’artiste médiéval.

1. Première partie chapitre I

Article du 8 janvier 2018