Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

L’art et la Création (émission du 8 janvier)

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Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peintures. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast des émissions précédentes sont ici. En ce début d’année 2018, continuons à nous demander le sens des principales recommandations données aux peintres par leurs aînés, dans les écrits médiévaux.

La Création, mosaïque de Monreale

La Création, mosaïque de Monreale (Sicile)

Cennino Cennini, tout comme le moine Théophile, commence son ouvrage(1) par le rappel de l’histoire de la Création. On comprend que pour les deux hommes, « la chute » a conduit l’Être humain à la nécessité de travailler de ses mains. Cennini explique très clairement la place que prend pour lui la peinture dans cette histoire sacrée : « Adam (…) comprit (…) qu’il fallait trouver la manière de vivre de ses mains. Ainsi commença-t-il à bêcher et Ève à filer. Suivirent bien des arts (…) ; certains étaient et sont plus savants que d’autres (…), le plus noble étant la science. Après celle-ci, vient un art qui dérive d’elle et qui doit reposer sur elle et sur l’action de la main. C’est un art appelé peinture ; il faut avoir de l’imagination et une main habile, trouver des choses qu’on n’a point vues en leur donnant l’apparence d’éléments naturels et les fixer, avec la main, en faisant croire que ce qui n’est pas, existe. C’est avec raison qu’il mérite de siéger au second rang, après la science, et d’être couronné de poésie. »

Comme pour se rappeler le cheminement de la Création, l’humanité poursuit par le travail de ses mains, l’oeuvre du Créateur. Garder modestement cette idée en tête, chaque fois que l’on crée par ses mains, son corps ou son intelligence, me semble une idée enthousiasmante, « car nous travaillons ensemble à l’œuvre de Dieu », lit-on dans la première Épître aux Corinthiens (1 Co 3, 9).

L’analogie avec la Création est manifeste dans le déroulement de la réalisation d’une icône. On commence le travail, comme au premier matin du monde par la lumière, qu’elle vienne de la feuille d’or délicatement posée, ou des jaunes purs et lumineux des auréoles et des fonds. Puis, on recouvre d’une sombre couleur de terre tout ce qui est vivant en se souvenant de la Genèse : « Le Seigneur modela l’homme avec de la poussière prise du sol. Il insuffla dans ses narines l’haleine de vie et l’homme devint un être vivant» (Gn 2, 7). Commence alors le long processus de réalisation de l’icône, qui chemine lentement de l’ombre vers la lumière au rythme du souffle. La vie jaillit, dans la superposition de couches de plus en plus lumineuses posées une à une sur la couleur de la terre faite d’ocres et de noirs mélangés. Tout s’éclaircit, comme si l’humanité venue de la glaise cherchait à retrouver la lumière.

Dans le même esprit, nous envisagerons la semaine prochaine la place du don et du talent dans le parcours de l’artiste médiéval.

1. Première partie chapitre I

Article du 8 janvier 2018

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Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

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