Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

L’échelle spirituelle (émission du 5 février)

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Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peintures. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast des émissions précédentes sont ici.

Nous l’avons vu dans les émissions précédentes, les auteurs des manuels de peinture médiévaux recommandent de bien user de son talent en le faisant fructifier aux côtés d’un maître. Cennino Cennini, le moine Théophile ou Denys de Fourna, insistent aussi sur la nécessité de graduer les difficultés. Le moine Théophile commence son Traité des divers arts par ces mots : « Les procédés des divers arts s’apprennent graduellement. Peintre, sachez d’abord composer les couleurs ; puis appliquez vos soins à les bien mêler. Exercez-vous à ce travail, et mettez en tout la plus grande précision ; (…) ensuite les nombreux enseignements des maîtres étendront le domaine de l’art ».

L'échelle de saint Jean ClimaqueCe type de recommandation s’appuie sur un texte fondateur du monachisme oriental : l’Échelle spirituelle de saint Jean Climaque. Cet auteur, moine au mont Sinaï pendant un demi-siècle, doit son surnom à son œuvre majeure : L’Échelle (en grec klimax) du paradis. Cette « somme » de la vie ascétique, longue de trente chapitres (ou « échelons »), résume trois siècles d’expérience monastique, en se fondant en particulier sur celle du Sinaï. Le texte, traduit en latin et diffusé en Occident dès le XIIIe siècle, semble avoir été à l’origine de toutes les « saintes échelles » du Moyen Âge.

L’œuvre, très méthodique, insiste sur la pratique, la progression par palier et l’invocation brève et répétitive du nom du Christ, ou « monologie », la prière au rythme de la respiration. C’est un témoignage précieux sur la « méthode » hésychaste, qui peut se traduire, en simplifiant, par « recherche de la paix intérieure ». Adressée aux moines, elle vise à leur faire atteindre la perfection. Pour les auteurs des manuels de peinture, le cheminement du peintre est un peu le même : progresser pas à pas en répétant inlassablement, graduer les difficultés au rythme de ses possibilités.

OLYMPUS DIGITAL CAMERADans l’icône, les montagnes ont souvent une forme étrange, comme des marches ou les paliers d’une ascension spirituelle. Les peintres sont encouragés à suivre une méthode proche de celle que préconise saint Jean Climaque. Nous travaillons de la même façon avec mes élèves peintres d’icônes : avancer graduellement (1), sans brûler les étapes, comme on s’élèverait à pas lents sur les flancs d’une montagne, est la meilleure façon de progresser, d’intégrer les difficultés techniques et spirituelles.

Pour que cela soit possible, il faut avoir du temps, ou ne pas « compter son temps », et ce sera le sujet de l’émission de la semaine prochaine.

(1) On peut relire l’article du 26 février 2014 « Dans quel ordre peindre nos icônes » ici 

Article du 5 février 2018

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Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

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