Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

La mesure du temps (émission du 12 février)

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Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peintures. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici. Une des principales recommandations des auteurs médiévaux envers les jeunes peintres est liée à la nécessité de laisser à l’apprentissage comme au travail de l’artiste, tout le temps nécessaire.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAHerman Hesse, dans sa Lettre à un jeune artiste en 1945, précisait :
« Il va de soi qu’un artiste, lorsqu’il fait de l’art sa profession et sa raison d’être, doit commencer par apprendre tout ce qui peut être appris dans le métier ; il ne doit pas croire qu’il devrait esquiver cet apprentissage à seule fin de ménager son originalité et sa précieuse personnalité. L’artiste qui, dans l’exercice de son art, se dérobe à la nécessité d’apprendre et de peiner durement aura la même attitude dans la vie […]. L’effort personnel pour assimiler ce qui peut être appris est un devoir aussi élémentaire dans le domaine de l’art que dans celui de la vie courante […]. »

Et « assimiler tout ce qui est nécessaire » impose de prendre le temps. Certains mots reviennent dans les recommandations des peintres médiévaux tout comme dans celle des maîtres spirituels : encore et encore, inlassablement, souvent… Rien ne s’acquiert profondément sans la lenteur et la répétition. Le rythme de travail du peintre médiéval n’est pas celui de la montre mais plutôt celui de la prière du coeur, la prière au rythme du souffle, le rythme des saisons, des coups de pinceau et du « temps qu’il faut ». Rainer Maria Rilke (1), dans ses lettres à un jeune poète, le dit, lui aussi, magnifiquement :

« Le temps n’est plus (alors) une mesure appropriée, une année n’est pas un critère, et dix ans ne sont rien ; être artiste veut dire ne pas calculer, ne pas compter, mûrir tel un arbre qui ne presse pas sa sève, et qui, confiant, se dresse dans les tempêtes printanières sans craindre que l’été puisse ne pas venir. Or il viendra pourtant. Mais il ne vient que pour ceux qui sont patients, qui vivent comme s’ils avaient l’éternité devant eux, si sereinement tranquille et vaste. » (1)

On me demande très souvent, quand je présente mon travail, « combien de temps mettez-vous à peindre une icône ? ». J’ai toujours refusé d’évaluer précisément ce temps, et réponds généralement par une pirouette : « tout l’interêt de ce travail à contre-courant réside dans la possibilité de ne pas compter son temps » !

(1) Lettres à un jeune poète, Rainer Maria Rilke, Poésie Gallimard.

Article du 12 février 2018

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Auteur : elisabethlamour

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