Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Un lent apprentissage (émission du 26 février)

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OLYMPUS DIGITAL CAMERAChaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici.  Le chapitre CIV du Livre de l’art de Cennino Cennini s’intitule « Comment tu dois parvenir à l’art de peindre sur panneau » et résume à lui seul les recommandations les plus fréquentes données aux jeunes artistes ; je ne résiste pas à l’envie de vous le lire presque en entier :

« (…) d’abord, il faut apprendre tout jeune, pendant un an à pratiquer le dessin sur tablette ; puis demeurer dans un atelier, avec un maître sachant travailler dans toutes les branches qui appartiennent à notre art ; commencer à broyer les couleurs ; apprendre à cuire les colles et à broyer les plâtres ; acquérir une certaine pratique pour enduire les panneaux de plâtre, faire des ornements en relief, les râcler ; dorer, bien greneler ; ceci pendant six ans. Ensuite, pour apprendre à peindre, à orner en utilisant des mordants, à faire des étoffes d’or, à pratiquer le travail sur mur : six autres années, en dessinant toujours, sans abandonner jamais, ni jour de fête ni jour de travail. Ainsi, les dispositions naturelles, grâce à une longue pratique, se transforment en une bonne expérience. Autrement, en suivant d’autres méthodes, n’espère jamais arriver à une réelle perfection. Bien des gens disent qu’ils ont appris leur métier, sans être restés avec des maîtres. Ne le crois pas ; je vais te donner l’exemple de ce livre : si tu l’étudiais, jour et nuit, sans voir une certaine pratique, avec quelque maître, tu n’arriverais jamais à rien, ni à faire bonne figure parmi les maîtres. »

Et voilà de quoi nous rendre modestes ! L’artiste du Moyen Âge jugerait nos apprentissages beaucoup trop rapides, superficiels et incomplets : Cennino recommande d’y consacrer une douzaine d’années, « pour commencer » ! Voilà aussi pourquoi, pour apprendre à peindre une icône ou l’art de la dorure, de la mosaïque, de la taille de pierre, de l’orfèvrerie ou du vitrail, aucun manuel aussi précis soit-il ne remplacera l’accompagnement patient d’un enseignant : regarder son geste, l’imiter pour mieux préciser le sien, expérimenter et inlassablement recommencer, voilà un  beau chemin de lenteur et d’intériorité. Peut-être que l’attirance actuelle pour la découverte des « vieux métiers » constitue une certaine antidote à l’impératif d’immédiateté qui épuise trop souvent notre quotidien.

Article du 26 février 2018

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Auteur : elisabethlamour

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