Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Sinopia et poncif

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OLYMPUS DIGITAL CAMERALes maîtres médiévaux (1) recommandaient à leurs élèves d’augmenter progressivement les dimensions de leurs travaux, en commençant par dessiner sur une tablette de bois, puis sur un parchemin, un panneau de bois avant de s’aventurer sur un mur. Mais pour cela, difficile de travailler directement à la bonne échelle. Aussi, on utilise au Moyen Âge la sinopia et le poncif.

La sinopia (au pluriel sinopie) désigne un pigment ocre rouge, composé d’oxydes de fer et provenant, à l’origine, de la région de Sinope en Turquie, au bord de la mer Noire. On le connaît depuis l’Antiquité puisque Pline l’Ancien le décrit déjà. Cette couleur, ou une autre très proche, aurait été largement utilisée pour les fonds des fresques de Pompei. Dans les traités du Moyen Âge, on le confond souvent avec le cinabre, le rouge de garance et le minium. Par extension, le terme sinopia désigne l’ébauche, pour les fresques ou les peintures sur bois, réalisée avec ce pigment, voire les dessins préparatoires effectués avec cette couleur. Cenninno Cennini s’attarde dans plusieurs chapitres de son ouvrage sur la sinopia :

« Cette couleur est maigre et sèche par nature. Elle supporte bien d’être broyée ; car plus on la broie, plus elle devient fine. Elle est bonne à utiliser sur panneau ou retable, ou sur mur, à fresque ou à sec. » (chap XXXVIII)

Ce pigment est particulièrement adapté pour tracer les premiers contours. Dans la réalisation des icônes, nous enduisons l’envers de notre calque avec un ocre rouge qui évoque la sinopia. Ensuite, les dessins préparatoires sont réalisés au pinceau, dans cette même tonalité, tout comme les premiers tracés sur l’icône.

Une autre méthode ancienne encore mieux adaptée aux grandes surfaces ne nécessite pas l’intervention du maître : le poncif. Il s’agit d’effectuer de petits trous sur les contours du dessin au calque avant de reporter ce dessin préparatoire sur la surface à peindre. On remplit ensuite ces trous à l’aide de pigment ou bien on les tamponne avec un petit sachet empli de charbon de bois. L’utilisation du poncif est adaptée aux grands formats, en particulier aux fresques, et elle est à la portée des débutants : c’est pourquoi on recourait à cette technique autrefois, à la fois pour les peintures murales, le transfert des décors sur la céramique et les motifs préparatoires des tapisseries.

Cet article a été le support d’une émission hebdomadaire intitulée Carnets de peinture et diffusée de septembre 2017 à juin 2019 sur RCF Isère. Dans l’esprit du carnet de voyage, l’émission nous faisait entrer dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel » (peinture de l’icône, fresque, enluminure, calligraphie, mosaïque, taille de pierre, orfèvrerie, vitrail…).  On peut retrouver certains podcasts  ici

(1) Voir en particulier le Manuel d’iconographie chrétienne grecque et latine qu’on appelle aussi Le Guide de la peinture, une compilation qui pourrait remonter au XIIe siècle, le Traité des divers arts du moine Théophile qui date du XII e siècle ou Le livre de l’art de Cennino Cennini, peintre italien de la fin du XIVe siècle.

Article du 19 mars 2018 mis à jour le 4 août 2022

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

3 réflexions sur “Sinopia et poncif

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