Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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La préparation du bois (émission du 28 mai)

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici

bois d'icônes 1Étonnamment, les divers guides de la peinture parlent assez peu des panneaux de bois. On découvre comment préparer les parchemins pour l’enluminure ou comment apprêter les murs pour la fresque, mais peu d’indications sont données sur le choix et la préparation du bois, élément qui constitue pourtant la base et le support de toutes les peintures amovibles comme l’icône.

Cennino Cennini commence néanmoins la sixième partie de son Livre de l’art par un chapitre intitulé « Comment on doit commencer à travailler sur panneau ou sur retable ». Il préconise de se procurer du bois de peuplier de bonne qualité, ou bien du tilleul ou encore du saule. Il précise que le bois doit être sans nœud, sans aspérité ni parties plus grasses, le plus lisse et le plus parfait possible. En présence d’irrégularités, il faut raboter soigneusement et combler le moindre creux avec une sorte de pâte à bois réalisée à partir de sciure très fine… une méthode que j’ai déjà utilisée.

Il explique aussi comment recouvrir les pointes qui pourraient se trouver dans le bois à l’aide de fines pièces d’étain. Cela n’arrive pas souvent, mais témoigne de la façon dont chaque petite aspérité peut s’avérer dommageable et quel soin méticuleux il faut apporter à cette étape préparatoire.

bois d'icônes 2.jpgAujourd’hui, lorsqu’on peint selon les techniques traditionnelles sur bois, on utilise de préférence le tilleul qui est doux, travaille peu et ne rend pas la résine qui risquerait d’endommager l’enduit. Si le bois est bien choisi et convenablement sec, Cennini précise que « jamais ce bois ne te ferait la méchanceté de se fendre ». 

Les dimensions des planches peuvent répondre à des critères esthétiques, respecter le « nombre d’or » ou d’autres proportions-types. Parfois, on se contente de découper les planches en évitant les nœuds et tous les petits défauts qui risqueraient de se retrouver ensuite sur l’œuvre. On respecte aussi le sens de la fibre, et l’idéal est de peindre l’icône en gardant l’orientation première du bois, dans le « sens de la sève montante », comme s’élève la prière ou l’encens.

Traditionnellement, la plupart des planches étaient creusées. Les panneaux devaient pouvoir être transportés facilement sans risquer de les endommager, et le creux permettait de protéger le centre de l’œuvre. On dit aussi que le creux sur lequel on collera plus tard une toile, symbolise l’emplacement du linceul du Christ…

Pour trouver de belles planches pour la peinture de l’icône, contacter Paul de l’atelier bois d’icônes ici

Plus de photos  ici

Article du 28 mai 2018

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Sainte Marguerite, reine d’Écosse

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Icône sur tilleul 15 x 20 cm, 2018

La vie de sainte Marguerite est bien connue, grâce à une hagiographie rédigée après sa mort par son chapelain.

Marguerite est une princesse anglaise qui naît en Hongrie en 1045 où sa famille est alors exilée. À 9 ans, elle retourne en Angleterre, mais lors de l’invasion normande en 1066, elle doit se réfugier à la cour écossaise auprès de Malcolm III. Beaucoup plus âgé qu’elle, il la prend pour épouse en 1070 et ils forment un couple heureux. Ils ont huit enfants qui, tous, se distinguent par leur sagesse. Trois d’entre eux deviendront rois d’Écosse.

Marguerite exerce une influence bénéfique sur son mari dont elle adoucit les mœurs un peu rudes. Il l’associe à la conduite des affaires du pays et elle joue un rôle important dans la réforme de l’église d’Écosse.

L’amour des pauvres guide sa vie. Elle les aide matériellement bien sûr, mais se met aussi entièrement à leur service. Avant de se mettre à table, elle commence par servir elle-même vieillards et orphelins venus chercher refuge au château. Elle rachète des prisonniers anglais retenus en Écosse, fait construire des hospices pour les voyageurs…

On lui associe quelques miracles, mais impossible de déterminer leur véracité. On raconte l’histoire d’un livre saint tombé dans un torrent puis retrouvé intact, longtemps après, peut-être la raison pour laquelle on représente presque toujours Marguerite, un livre à la main.

Elle est très éprouvée par la mort de son mari et de son fils aîné, tués en combattant les Normands et décède trois jours plus tard, en 1093, au château d’Edimbourg.

Une de ses citations : « La main des pauvres est l’assurance des trésors royaux ; ce coffre fort, les cambrioleurs les plus retors ne sauraient le forcer ». 

Elle est fêtée le 16 novembre avec les Margaret, Margaux…
Patronne de l’Écosse.
Ne pas la confondre avec sainte Marguerite d’Antioche, martyre du IVe siècle, représentée une palme à la main et un dragon aux pieds.

Article du 14 mai 2018


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Le cahier de modèles du peintre Radu (émission du 14 mai)

carnets de peinture, Bansko

Des feuillets d’anciens carnets de peinture (je pense XVIIIe siècle, comme les carnets du peintre Radu). Photos prises à Bansko en Bulgarie, en 2001.

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici.

Nous avons parlé la semaine dernière des carnets de peinture russe. Nous allons nous attarder aujourd’hui sur un cahier assez tardif, puisqu’il date du XVIIIe siècle en Roumanie, mais démontre l’infinie variété et richesse de ces carnets de peinture.

Le peintre Radu, issu d’un milieu social assez modeste, suit, très jeune, son père et son frère, eux-même zougraves, c’est-à-dire fresquistes et peintres d’icônes, artistes itinérants effectuant en équipe des chantiers dans les petites églises des villages de Roumanie.

Très vite, Radu se fait remarquer par son talent de portraitiste, par sa liberté et son inventivité. Il signe ses œuvres dès l’âge de 17 ans – nous reviendrons dans une autre émission sur la question de la signature – et réalise même son autoportrait peu de temps après, sur la façade d’une petite église. Pendant toute sa carrière, il acquiert une renommée de « maître ». Il met tout en œuvre pour transformer le système ancien de formation, fondé sur l’imitation, en une véritable école de peinture bien vivante. C’est aussi dans ce but qu’il compile et note sans cesse.

Il tient, tout au long de sa vie, un journal de bord, un cahier de modèles qui est en même temps une sorte de journal intime et entremêle des dessins, des annotations, des recettes techniques et des impressions personnelles. C’est le véritable carnet de voyage d’un artiste itinérant qui réalise des croquis et des esquisses de tout ce qui le touche, principalement les peintures murales qu’il découvre sur son chemin. S’entremêlent à ses écrits des recettes pour fabriquer les couleurs, des formules de médecine populaire, des prières, la relation d’événements comme des tremblements de terre, des éclipses, l’histoire locale ou celle de sa propre famille.

Il semble que le maître Radu ne soit pas le seul auteur de son ouvrage et que certains autres artistes – peut-être le père de Radu – aient ajouté leurs notes ou leurs dessins. L’ouvrage nous est parvenu dans un état de conservation pitoyable, ce qui semble confirmer l’idée que le document se soit transmis, ait voyagé, ait été utilisé dans divers ateliers et à diverses époques. 

Je n’ai pas réussi à consulter les modèles du peintre, mais ils sont décrits comme particulièrement délicats, exécutés le plus souvent à l’encre et colorés à l’aquarelle avec une prédominance d’ocre rouge, de brun et de vert. Et voilà, quand je vois aujourd’hui les carnets de voyages de mes amis artistes, je me dis que le travail de maître Radu a quelque chose de très « actuel » et touchant, justement parce qu’il manque de rigueur et que la vie et la sensibilité se mêlent sans cesse aux relevés et aux recommandations strictement techniques.

Article du 14 mai 2018


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Saint Antoine le Grand

saint Antoine le grand

Icône sur tilleul, 15 x 20 cm, 2018

Saint Antoine (appelé aussi Antoine d’Égypte) est considéré comme un des fondateurs de la vie monastique.

Sa vie est bien connue, principalement par les récits de son ami saint Athanase d’Alexandrie, qui raconte sa vie très peu de temps après sa mort.

Antoine naît en Haute Égypte en 251 dans une famille aisée d’agriculteurs chrétiens. Orphelin à 18 ans, il s’occupe d’abord de sa sœur, puis à 20 ans, distribue tous ses biens aux pauvres. Il part alors vivre en ermite dans les déserts de Thébaïde dans un isolement de plus en plus radical. Il fonde ensuite une petite communauté vivant dans des huttes, des grottes ou de petits ermitages et se retrouvant pour quelques célébrations. Troublé par l’afflux de disciples, il s’éloigne encore au fin fond du désert. Là, il est particulièrement mis à l’épreuve par des visions fantastiques et parfois effrayantes (les « tentations »). 

Il alterne des moments d’isolements et d’autres où, sollicité par des disciples qui le considèrent comme leur maître spirituel, il jette les bases des principes de la vie monastique en solitaire (ceux qu’on appelle les anachorètes). Il établit une communauté à Fayoum et fonde les premiers monastères au désert.

Il meurt dans son ermitage près de la Mer Rouge en 356 dans les bras de saint Macaire.

Ses reliques, transférées à Constantinople, seraient arrivées au milieu du XIe siècle dans le Dauphiné. Les bénédictins commencent alors la construction d’une église et d’un hôpital : Saint Antoine-l’Abbaye est née ! L’ordre des Antonins est ensuite créé. Saint Antoine est considéré comme un saint guérisseur invoqué dans toute la chrétienté pour venir en aide aux malades, en particulier ceux atteints du « feu de saint Antoine » ou « mal des adents » (épilepsie engendrée par l’ergot de seigle), de la peste, de la gale, et pour guérir les animaux.

Il est représenté âgé vêtu de robe de bure brune avec la capuchon bleu, portant le tau (bâton se terminant par un « T » qui évoque la béquille soutenant les malades), accompagné d’un animal, souvent d’un cochon  (les raisons données à la présence du cochon sont assez variées).

Il est fêté le 17 janvier ; on l’invoque en particulier contre la contagion et les maladies de peau.

Article du 9 mai 2018


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Les podlinniki (émission du 7 mai)

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici.

3 modèles 3 copie 2Depuis le début de l’année, nous découvrons comment les artistes médiévaux se transmettaient des indications et des recommandations sur la manière de fabriquer le matériel, sur leur manière de peindre ou de représenter les personnages et les scènes bibliques. Il existe aussi, spécialement dans la tradition byzantine, des carnets de croquis, comportant des esquisses parfois accompagnées de notes précisant la spécificité des traits, des attributs, des couleurs des vêtements, du type d’inscription accompagnant chaque personnage représenté.

Il est probable que ces recueils d’atelier aient été mis au point dès le lendemain de la crise iconoclaste, afin de fixer clairement la canonicité des représentations. Ces carnets d’images constituent à la fois des outils d’apprentissage et de travail, transmis comme un patrimoine propre à chaque atelier. Ils recueillent des modèles d’icônes, rassemblent des images de sujets iconographiques : ils donnent les « consignes » !

Au XVe siècle apparaissent les cartons de peinture,  c’est à dire les dessins « à l’échelle » prêt à être posés sur les murs.

En Russie, on appelle podlinnik un manuel ou guides de peinture (подлинник, pluriel podlinniki). On distingue les litsevyés et tolkovyés. Les litsevyés contiennent des dessins d’icônes classés selon les jours de fêtes. L’artiste y trouve une description de scènes bibliques, des calques, les recommandations pour l’usage des couleurs, les recettes pour leur préparation, des détails concernant le saint du jour et ses attributs. Les tolkovyés résument les indications mais ne comportent pas de dessins.

Ces podlinniki se répandent surtout à partir du XVIe siècle et reprennent les détails peu à peu précisés par les canons qui concernent les personnages à peindre et les évènements à relater par les icônes et les fresques. Le Concile des cent chapitres en 1551, qui s’emploie à lutter contre toutes les innovations, les influences étrangères et l’imagination du peintre, constitue une étape décisive.

On peut dire que ces carnets de peinture ont eu une double influence : d’un côté, ils ont permis de fixer une tradition, de diffuser un savoir-faire et de limiter les dérives, mais de l’autre, ils ont conduit à une certaine uniformisation. On peut parler d’une tradition figurative conçue dans les débats théologiques ! Fort heureusement, beaucoup des grands chefs d’œuvre de l’iconographie russe ont échappé à cette rigueur parfois excessive. Ainsi, Andrei Roublov réalise la plus grande partie de son œuvre dans les premières années du XVe siècle…

Article du 7 mai 2018