Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Le cahier de modèles du peintre Radu (émission du 14 mai)

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carnets de peinture, Bansko

Des feuillets d’anciens carnets de peinture (je pense XVIIIe siècle, comme les carnets du peintre Radu). Photos prises à Bansko en Bulgarie, en 2001.

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici.

Nous avons parlé la semaine dernière des carnets de peinture russe. Nous allons nous attarder aujourd’hui sur un cahier assez tardif, puisqu’il date du XVIIIe siècle en Roumanie, mais démontre l’infinie variété et richesse de ces carnets de peinture.

Le peintre Radu, issu d’un milieu social assez modeste, suit, très jeune, son père et son frère, eux-même zougraves, c’est-à-dire fresquistes et peintres d’icônes, artistes itinérants effectuant en équipe des chantiers dans les petites églises des villages de Roumanie.

Très vite, Radu se fait remarquer par son talent de portraitiste, par sa liberté et son inventivité. Il signe ses œuvres dès l’âge de 17 ans – nous reviendrons dans une autre émission sur la question de la signature – et réalise même son autoportrait peu de temps après, sur la façade d’une petite église. Pendant toute sa carrière, il acquiert une renommée de « maître ». Il met tout en œuvre pour transformer le système ancien de formation, fondé sur l’imitation, en une véritable école de peinture bien vivante. C’est aussi dans ce but qu’il compile et note sans cesse.

Il tient, tout au long de sa vie, un journal de bord, un cahier de modèles qui est en même temps une sorte de journal intime et entremêle des dessins, des annotations, des recettes techniques et des impressions personnelles. C’est le véritable carnet de voyage d’un artiste itinérant qui réalise des croquis et des esquisses de tout ce qui le touche, principalement les peintures murales qu’il découvre sur son chemin. S’entremêlent à ses écrits des recettes pour fabriquer les couleurs, des formules de médecine populaire, des prières, la relation d’événements comme des tremblements de terre, des éclipses, l’histoire locale ou celle de sa propre famille.

Il semble que le maître Radu ne soit pas le seul auteur de son ouvrage et que certains autres artistes – peut-être le père de Radu – aient ajouté leurs notes ou leurs dessins. L’ouvrage nous est parvenu dans un état de conservation pitoyable, ce qui semble confirmer l’idée que le document se soit transmis, ait voyagé, ait été utilisé dans divers ateliers et à diverses époques. 

Je n’ai pas réussi à consulter les modèles du peintre, mais ils sont décrits comme particulièrement délicats, exécutés le plus souvent à l’encre et colorés à l’aquarelle avec une prédominance d’ocre rouge, de brun et de vert. Et voilà, quand je vois aujourd’hui les carnets de voyages de mes amis artistes, je me dis que le travail de maître Radu a quelque chose de très « actuel » et touchant, justement parce qu’il manque de rigueur et que la vie et la sensibilité se mêlent sans cesse aux relevés et aux recommandations strictement techniques.

Article du 14 mai 2018

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Auteur : elisabethlamour

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