Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

La colle (émission du 11 juin)

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Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici

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Colle de peau de lapin en granulés

Lorsque le bois est découpé et bien sec, commence l’étape de la préparation de l’enduit. Le premier jour, on encolle la planche et dans ce domaine, les auteurs médiévaux n’ont pas ménagé leurs conseils !

Le Guide de la peinture préconise de fabriquer la colle par temps frais, pour éviter qu’elle ne se corrompe. Je me souviens d’avoir préparé des planches par un été de canicule : la colle avait tourné et dégageait dans la maison une odeur insupportable.

Denys de Fourna recommande l’utilisation de peaux de bœuf ou de buffle, tannées ou non, de préférence de second choix, celles des pieds ou des oreilles faisant – selon lui – très bien l’affaire ! Elles sont tout d’abord nettoyées à la chaux selon une procédure longue et… assez écœurante ! Il s’agit ensuite de faire bouillir et rebouillir et je préfère ne pas imaginer l’odeur qui se dégage alors. Le moine Théophile, quant à lui, mentionne « les cornes de cerf broyées menu » ! 

Cenino Cennini, quelques siècles plus tard, donne des recettes qui correspondent mieux à nos pratiques d’aujourd’hui : pour certains usages, il décrit la fabrication des colles à base de farine, de résine, de cire ou de fromage blanc. Pour encoller les planches, il s’agit encore de recourir à des colles animales : peau de poisson, de chevreau ou de lapin. Il préconise, comme nous le faisons lorsque nous préparons les planches pour les icônes, de préencoller le bois avant de poser la toile ! Il donne comme toujours des indications très imagées et je lui laisse la parole : « Avec un pinceau de soies, gros et souple, passe de cette colle sur ton retable (…) ou sur tout le travail que tu dois enduire de plâtre ; puis laisse sécher. Prends ensuite ta première colle forte et passes-en avec ton pinceau, deux couches, sur ton travail ; laisse toujours sécher entre une couche et la suivante ; le panneau sera parfaitement encollé. Et sais-tu ce que fait la première colle avec de l’eau ? Elle devient moins forte ; c’est exactement comme si tu étais à jeun et si tu mangeais une poignée de sucreries, en buvant un verre de bon vin, ce qui est une incitation pour toi à déjeuner. Il en est ainsi de la colle : c’est une façon de préparer le bois à recevoir les colles et le plâtre. »

Bien sûr, comme je l’avais évoqué dans le chapitre sur les pinceaux, nous préférerions remplacer notre colle de peau de lapin par une colle végétale ou synthétique, mais aucun mélange ne donne alors un enduit aussi parfaitement absorbant que celui réalisé avec ces colles animales. Qui a une idée ?

On peut voir comment on encolle le bois d’icônes ici et là 

Article du 11 juin 2018

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Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

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