Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Le maître d’Elmelunde

L’île de Møn, au Danemark, conserve de très touchantes églises qu’on découvre dans un village, au détour d’une petite route qui serpente dans la campagne et débouche sur la mer. Elles datent du XI au XIIIe siècle. Certaines sont en briques nues, d’autre peintes en blanc, comme celle d’Elmelunde qui servait autrefois de repère aux pécheurs.

Surtout, on découvre une profusion de fresques à l’intérieur, en très bon état pour la plupart, plutôt naïves et très narratives, réalisées deux siècles environ après la construction des églises (du XIIIe au XVsiècle). Les plus récentes sont attribuées au « maître d’Elmelunde », terme qui désigne probablement un atelier, peut-être des apprentis regroupés autour d’un maître. En comparant un même thème traité dans différentes églises, on se rend très bien compte de l’inspiration unique, comme une gamme très simple, déclinée avec de légères nuances selon les lieux (ainsi, cette scène d’Adam et Eve mangeant le fruit de l’arbre est tirée de trois églises différentes : dans l’ordre Elmelunde, Fanefjord et Keldby.

Il semble que les fresques aient été blanchies à la chaux au moment de la Réforme, ce qui a permis de bien les conserver.

Ces fresques sont fantaisistes et foisonnantes de détails. On dirait des sortes de bandes dessinées au message inépuisable. Surtout, elles sont très expressives jusqu’à en être drôles : je pense à la tête consternée et à l’attitude chargée de regrets d’Adam et Ève, chassés du paradis et apprenant qu’ils doivent se mettre au travail !

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Église d’Elmelunde

Le fond des fresques est blanc, la plupart du temps (sauf, me semble-il, pour les plus anciennes) mais richement rehaussé d’ornementations, de décors floraux ou d’animaux parfois fantastiques (un lion, une licorne, une chouette, un ours…). La gamme des couleurs utilisées est celle de l’époque et dévoile une large dominante d’ocres : ocre rouge, ocre jaune et terre verte… Ces fresques constituent une raison de plus pour découvrir cette île baignée par la Baltique, si paisible et calme.

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Carnets de peinture et carnets de voyage (émission du 2 juillet)

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici

Et voilà, l’année se termine. Nous l’avons passée à découvrir ces carnets de peinture des peintres du moyen Âge, depuis celui du moine Théophile aux notes détaillées de Cennino Cennini en passant par Le Guide de la peinture de Denys de Fourna.

Les recettes sont parfois difficiles à comprendre dans le détail, mais l’esprit des directives demeure et accompagne le travail de mes amis artisans d’art tout comme celui de mes collègues et élèves iconographes : prendre beaucoup de temps, observer son travail, la nature, les œuvres et les gestes des maîtres, cultiver et honorer la beauté du monde, et beaucoup travailler…

Terminons avec les mots de Cennino Cennini : « Mais il faut pour toi que l’on aille de l’avant, afin que tu puisses poursuivre ton voyage, à travers cette science (…) Prends la peine et le plaisir de reproduire toujours les meilleures choses que tu puisses trouver, sorties de la main des grands maîtres (…) Je te donne ce conseil (…) si tu entreprends de copier aujourd’hui ce maître, demain celui-là, tu n’auras la manière ni de l’un ni de l’autre et tu deviendras forcément capricieux, du fait que ton esprit sera ébranlé par toutes ces façons (…) Si tu suis les pas d’un seul, en le pratiquant continuellement, ton intelligence sera bien grossière si tu n’en retires quelque nourriture. Il t’arrivera ceci : si la nature t’a accordé un tant soit peu d’imagination, tu en viendras à acquérir une manière qui te sera propre et qui ne pourra qu’être bonne ; car ta main ne saurait récolter des épines, quand ton esprit a été habitué à cueillir des fleurs (…). 

Tiens compte que le guide parfait que tu puisses avoir, le meilleur gouvernail, c’est la porte triomphale du dessin d’après nature. Ceci dépasse tous les autres modèles. Suis-le avec hardiesse et confiance (…) Continue et ne manque pas de dessiner quelque chose chaque jour ; si peu que ce soit, ce sera beaucoup, et cela te fera du bien. »

Terminons l’année avec ces mots, passons l’été à admirer, à dessiner, à observer la nature ou les œuvres des artistes, et engrangeons dans nos souvenirs et notre sensibilité la nourriture pour demain… Peut-être pourrons nous même honorer notre été d’un carnet de voyage, en nous inspirant du peintre Radu : mélanger nos esquisses, nos états d’âmes, nos impressions et toutes les belles choses que nous croiserons en chemin… 

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Un grand au revoir à tous (en attendant septembre), depuis Skagen, tout au nord du Danemark, ville de lumière et de peinture…

Article du 2 juillet 2018