Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Le nimbe du Christ (émission du 1er octobre)

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont iciOLYMPUS DIGITAL CAMERA

Le nimbe du Christ est différent de tous les autres : on le dit « cruciforme », « crucifère » ou « radié ». Ainsi, dans une foule comportant plusieurs personnages, on est certain de reconnaître le Christ entre tous. Une croix tout à fait symétrique traverse l’auréole et on en voit généralement trois branches, la quatrième étant dissimulée par le cou. Les branches sont droites, s’élargissant le plus souvent aux extrémités ou formant de légères courbes.

Dans son introduction du Guide de la Peinture, au paragraphe XLI, Denys de Fourna note : « Les Grecs, comme les Latins, entourent d’un nimbe et d’un nimbe crucifère la tête des personnes divines. Mais, chez nous, les trois branches visibles de la croix du nimbe, quoique plus ou moins ornées, ne portent aucun signe emblématique. Chez les Grecs, au contraire, trois lettres sont peintes sur ces trois branches et forment les deux mots οων qui signifient l’être ; car Dieu est CELUI QUI EST, comme il le déclare à diverses reprises dans l’Ancien Testament. »

En effet, l’habitude (qui comporte de nombreuses exceptions), dans la tradition orientale de l’icône, est d’inscrire ces trois lettres grecques, de façon plus ou moins décorative, dans chacune des branches de la croix. Elle sont le participe présent du verbe être, un mot assez intraduisible en français : il s’agit au sens strict de l’ « étant » ou plus élégamment « Celui qui est de toute éternité ». En Occident, les artistes ont souvent préféré décorer ce nimbe de pierreries ou de motifs floraux et décoratifs.

Le plus souvent, le fond du nimbe et de la croix sont couverts d’une feuille d’or rehaussée de rouge, évoquant ainsi la gloire et le martyr, la lumière et le sang versé. Là encore, les nuances sont infinies et l’on trouve à peu près toutes les couleurs possibles, à l’exception de la présence de noir.

Terminons à propos du nimbe du Christ, en rappelant que son corps tout entier est parfois enveloppé par une forme ovale ou en amande traitée habituellement dans des dégradés de tonalités bleues : on parle alors de « mandorle » et nous reviendrons sur ce sujet (1).

Il est temps maintenant, puisque nous l’avons si souvent évoqué à propos du nimbe, d’approfondir tout ce qui concerne les diverses techniques de pose de l’or : ce sera l’occasion d’une série d’émissions à partir de la semaine prochaine.

(1) On peut relire les articles sur la mandorle à partir d’ici

Article du 1er octobre 2018

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La forme du nimbe (émission du 24 septembre)

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici

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Pietro Lorenzetti, début 14° siècle, pinacothèque de Sienne

La forme du nimbe, on l’a vu la semaine dernière, répond à une symbolique très précise qui induit la forme circulaire et la présence d’or ou de couleurs de lumière. Mais au fil du temps, des représentations un peu fantaisistes voient le jour. Nous nous éloignons un peu, pour aujourd’hui, du Moyen Âge, pour tracer un bref panorama de l’évolution de cet attribut à travers le temps.

Les divinités de l’Antiquité portaient plutôt un nimbe sous forme de rayons. 

À la Renaissance, ce cercle devient un ovale ou prend la forme d’une assiette perchée au dessus de la tête, s’incline, semble dessiné en perspective, est parfois réduit à un simple filet ou à un discret rayonnement. Piero della Franscesca, au XVe siècle, lui donne la forme d’une ellipse, Raphaël le transforme en un simple filet doré… et Léonard de Vinci… s’en débarrasse ! Il est vrai qu’à la période où se généralise l’engouement pour les effets de perspectives, et les scènes de groupe comportant des personnages de dos, cet attribut devient difficile à gérer pour les peintres !

Plus tardivement encore, des nimbes triangulaires ou étoilées voient le jour, en référence à des représentations occidentales de la Trinité ou de Dieu le Père : elles ne sont pas considérées comme acceptables dans l’iconographie traditionnelle.

Il arrive de trouver des nimbes carrés : attribut utilisé pour représenter des personnages élevés en dignité et encore vivants (papes, empereurs, rois), suivant la règle édictée par Jean Diacre, dans la Vie du pape Grégoire-le-Grand. Le carré, par ses quatre angles, exprime les vertus cardinales, fondement d’une vie aspirant à la perfection. C’est aussi le monde terrestre dans une aspiration d’élévation spirituelle. J’avais entendu ce conseil donné à une personne qui souhaitait représenter, à la façon d’une icône, un personnage mythologique,- je ne sais plus s’il s’agissait du roi Arthur ou de la légende de Tristan…

La Mère de Dieu porte souvent un nimbe richement rehaussé de pierreries, de perles ou de divers décors floraux ou géométriques. Il arrive qu’il soit étoilé, en référence au début du chapitre 12 de l’Apocalypse :  » Un grand signe apparut dans le ciel : une femme vêtue du soleil, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles « .

Une lumière diffuse entoure la tête des « bienheureux » ou d’autres personnages rayonnants bien que non canonisés.

Un nimbe se distingue de tous les autres dans l’iconographie chrétienne : il s’agit de celui du Christ sur lequel nous nous attarderons la semaine prochaine.

Article du 24 septembre 2018


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Saint Alexis d’Ugine

Saint Alexis d'Ugine

Saint Alexis d’Ugine, icône sur tilleul 16 x 24 cm, 2008

Saint Alexis d’Ugine est un personnage humble et discret qui traverse de terribles épreuves physiques et morales, sans rien accomplir de spectaculaire, mais dans le souci permanent des plus pauvres, la modestie et la ferveur, se référant sans cesse à sa connaissance des Pères de l’Église. Il est très proche de nous dans le temps (il a été canonisé en 2004) et dans l’espace, puisqu’il termine sa vie et son ministère à Ugine en Haute-Savoie.

Alexis Medvedkov voit le jour dans un village du nord de la Russie en 1867. Dès le début, sa vie n’est pas facile : son père, Jean, prêtre de campagne meurt, laissant la famille dans le dénuement. Alexis étudie d’abord à l’école ecclésiastique avant d’être admis au séminaire à Saint-Petersbourg. À la fin de ses études, il est ordonné lecteur et occupe cette charge pendant cinq ans.

Il se marie alors mais, malgré les encouragements qu’il reçoit, hésite à devenir prêtre, sans doute en raison de son caractère trop discret et modeste. Il demande alors conseil au père Jean de Cronstadt, déjà réputé pour sa sainteté et sa clairvoyance. Celui-ci encourage le jeune homme à choisir la voie du sacerdoce et Alexis s’y résout. Il restera très marqué par cette rencontre.

Il est ordonné diacre à le veille de Noël 1895, puis deux jours plus tard, devient prêtre. Il se voit confier une petite église de la région dans laquelle il reste durant plus de vingt ans. Mais la pauvreté est grande et il est obligé, en plus de ses obligations religieuses, de travailler dans les champs avec ses paroissiens.

Il lit des heures entières les Pères de l’église pour écrire ses sermons. Très préoccupé par le manque d’instruction de ses paroissiens, il fait tout ce qu’il peut pour les instruire, surtout les enfants, s’occupe de l’orphelinat et obtient l’ouverture de deux écoles au village.

La révolution de 1917 bouleverse son existence. Le Père Alexis est arrêté et jeté en prison. Ses bourreaux le torturent, lui infligeant plusieurs fractures et le déchirement de son nerf facial. Il en garde évidement des séquelles toute sa vie. Il échappe à la mort grâce à l’intervention de sa fille aînée, qui se constitue otage pour obtenir sa libération.

Il s’exile alors en Estonie, indépendante depuis peu, avec sa famille. Ils s’installent dans une région industrielle où les conditions de vie sont très pénibles. Le Père Alexis est contraint d’y travailler comme mineur, puis comme gardien de nuit pour nourrir sa famille. Sa santé, déjà bien endommagée, se détériore encore. Pourtant, il dépense toute son énergie à organiser la petite paroisse et à éduquer les jeunes, tout en subissant les vexations du clergé local. 

Après la mort de son épouse en 1929 (elle était gravement malade depuis plusieurs années), le Père Alexis vient s’établir en France, avec ses deux filles et son petit-fils. Le métropolite Euloge lui confie la petite paroisse Saint-Nicolas d’Ugine, un centre industriel important qui emploie alors de nombreux émigrés russes.

En plus d’une situation économique précaire, la paroisse s’avère une communauté humaine difficile. Le Père Alexis reçoit toutes sortes de critiques et de calomnies, que ce soit à cause de ses offices jugés trop longs ou de sa façon trop modeste de s’habiller. Ils portent plainte auprès du métropolite qui le convoque à Paris. Mais celui-ci se rend bien compte de l’humilité de la bonté du vieux prêtre.

Il continue sa vie si humble, se consacrant à la prière, à sa famille, à l’éducation et distribuant le peu qu’il possède aux plus pauvres.

Épuisé, il développe un cancer digestif et son état de santé se dégrade rapidement. Il est alors transféré à l’hôpital d’Annecy. Il demande à ses enfants spirituels venus l’assister de convoquer les paroissiens qui s’étaient opposés à lui, pour leur demander pardon et se réconcilier avec eux.

Il décède le 22 août 1934. Il est enterré dans un premier temps à Ugine en présence de plusieurs centaines de personnes. Même ceux qui l’avaient critiqué par le passé lui rendent hommage.

En 1956, vingt-deux ans après sa mort, à l’occasion de travaux, on procède à l’exhumation du corps et les ouvriers sont stupéfaits de le trouver intact, à côté de ses vêtements liturgiques. Un médecin est appelé, constate les faits, déclarant que « jamais, un homme mort d’un cancer généralisé n’a échappé à la décomposition. C’est un vrai miracle ! »

Le corps est ensuite déposé dans la crypte de l’église, et depuis, les reliques ont accompli de nombreux miracles ! Elles sont désormais vénérées au monastère de la Protection de la Mère de Dieu à Bussy-en-Othe.

Il est fêté le 22 août.

Article du 21 septembre 2018


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Le nimbe (émission du 17 septembre)

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici

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Giovanni di Paolo, 15° siècle, Pinacothèque de Sienne,

Le nimbe, parfois appelé halo, est un disque de lumière que les artistes placent autour de la tête des personnages sacrés. Cette tradition remonte à l’Antiquité grecque et latine, mais aussi au monde de l’Extrême-Orient. Pour les chrétiens, il représente la lumière divine qui accompagne et caractérise les saints. Il suggère également l’irradiation qui émane de leur personne et l’éclat de leur gloire. Dans l’art de l’Antiquité, son usage est plus large et s’étend aux souverains et aux héros : ainsi Hérode, dans une mosaïque de Sainte Marie-Majeure datant du Ve siècle, est représenté avec un nimbe. Les dieux de l’Antiquité, les représentations du vent ou des saisons, peuvent être nimbés.

En principe, l’auréole – mot qui signifie « couronne d’or » – désigne l’irradiation du corps entier, mais dans la pratique, on emploie les deux termes indifféremment, comme des synonymes. Reconnaissons que le terme nimbe est le plus approprié. Déjà présent chez les Égyptiens, les Grecs et les Romains, il s’impose dès le IVe siècle dans l’art chrétien et apparaît dans la littérature au VIe siècle, puisqu’Isidore de Séville l’utilise comme désignant « la lumière qui est peinte autour de la tête des anges ». Les auteurs du Moyen Âge appellent parfois le nimbe, couronne ou diadème.

La plupart du temps, il se présente comme un cercle lumineux.

La couleur idéale pour le nimbe est l’or, qui renvoie l’idée d’une lumière précieuse et brillante. On peut aussi recouvrir cette surface d’une autre couleur de lumière : un jaune, un ocre jaune, ou un orangé, plutôt transparents. Au Moyen Âge, il est souvent arrivé que les artistes préfèrent les couleurs liturgiques : le blanc de l’innocence et de pureté ; le bleu céleste, le rouge, emblème du martyre ou le vert, symbole d’espérance…

Denys de Fourna, dans son Guide de la peinture, tout comme Cennino Cennini dans Le Livre de l’art, recommandent de commencer par mettre en évidence l’emplacement du nimbe en donnant un relief à l’enduit, à l’endroit où celui-ci sera doré par la suite.

Dans l’iconographie traditionnelle, le nimbe est un cercle parfait, centré, pour un visage de face, dans le petit triangle situé en haut du nez. Le cercle représente l’infini, sans début ni fin dans tous les arts sacrés traditionnels. Divin, il vient à la rencontre du carré – ou rectangle – qui représente le monde terrestre, notre humanité. La construction de l’icône s’appuie sur ce dialogue. 

La forme du nimbe a évolué au cours du temps et des sensibilités théologiques : ce sera le sujet de l’émission de la semaine prochaine.

Article du 17 septembre 2018


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La mise en place du dessin (émission du 10 septembre)

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici

Mise en place du dessinMaintenant que tout est prêt, le dessin effectué et la planche enduite d’une sorte de plâtre dont nous avons longuement décrit la préparation l’année passée (1), il convient, symboliquement, de « séparer la lumière de la ténèbre » (Gn 1, 5), comme si l’on suivait le processus de la Création ! On ne trace alors sur la planche aucun détail, mais seulement les limites entre les trois grandes zones de couleurs : d’une part la lumière qui recouvrira les fonds et les nimbes, ensuite tout ce qui relève de la Création – c’est-à-dire les humains, les animaux et la nature en général – et enfin ce qui a été fabriqué, qu’il s’agisse des vêtements des personnages ou des bâtiments. 

Cennino Cennini, dans Le Guide de la peinture, décrit ce processus :

« Une fois le plâtre bien raclé et devenu semblable à de l’ivoire, la première chose que tu dois faire, c’est de dessiner sur ton retable ou ton panneau, avec ces charbons de saule que je t’ai appris à faire précédemment (2). Mais il faut attacher le charbon à un petit roseau ou à une baguette afin que tu sois loin de la figure (que tu dessines) ; cela t’aide beaucoup en composant. (…) Dessine d’une main légère (…). Quand tu as fini de dessiner ta figure, surtout s’il s’agit d’un retable de grand prix dont tu attends profit et honneur, laisse-la tranquille pendant quelques jours ; reviens parfois la voir et corrige là où c’est le plus nécéssaire (…) » (3). Cennini termine ses conseils de préparation en expliquant comment affermir ensuite les traits principaux au pinceau, puis comment graver le contour des masses de couleur. Ce procédé de gravure avec une pointe sèche – Cennini dit « une aiguille placée dans un petit manche» – est parfois utile : il délimite bien les surfaces et évite aux couleurs de migrer les unes vers les autres. Mais je le préconise seulement pour les zones à dorer afin de ne pas figer le dessin.

C’est à peu près ainsi que nous procédons et le conseil qui consiste à s’éloigner de son travail et à le regarder longuement, à différentes reprises, pour voir apparaître les déséquilibres, est fort utile.

Le fond de l’icône, ainsi que les nimbes, seront ensuite recouverts d’or ou bien d’un jaune très transparent qui symbolise « la lumière incréée », c’est-à-dire la lumière divine, celle qui éblouit et « retourne » les apôtres le jour de la Transfiguration.

Il est temps maintenant de nous attarder sur les nimbes et ce sera l’objet des émissions à venir.

(1) voir l’émission du 25 juin 2018 et les précédentes
(2) voir l’émission du 9 avril 2018
(3) Cennino CENNINI, Le Livre de l’art, p. 222 à 224

Article du 10 septembre 2018


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Carnets de peinture, une deuxième année (émission du 3 septembre)

cropped-p2240001-2-copieAprès six années à effeuiller le sens et la symbolique des couleurs, autour de l’émission Tout en nuances, j’ai proposé, l’année écoulée, une série intitulée Carnets de peintures. Dans l’esprit du carnet de voyage, nous sommes entrés dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… 

Pour simplifier, c’est un peu la « manière de peindre » des artistes médiévaux et byzantins, jusqu’à la Renaissance. Ils ont transmis techniques et pratiques à leurs élèves par oral, ou en notant sur des carnets leurs recommandations techniques comme leurs conseils spirituels. Ces « carnets de peinture » constituent des repères, des constantes, des témoignages sur la beauté, la continuité d’un langage symbolique, spirituel et parfois universel qui traverse le temps.

J’ai construit cette émission en m’appuyant particulièrement sur un ouvrage : le Manuel d’iconographie chrétienne grecque et latine qu’on appelle aussi Le Guide de la peinture, une compilation qui pourrait remonter au XIIe siècle. J’ai recours à d’autres textes, ici ou là, en particulier le Traité des divers arts du moine Théophile qui date du XII e siècle ou Le livre de l’art de Cennino Cennini, peintre italien de la fin du XIVe siècle. S’y ajoutent, bien sûr, mes réflexions et mon expérience quotidienne de peintre d’icônes. Nous suivons ensemble un fil rouge qui mêle technique ancienne, étapes de réalisation d’une icône et sens spirituel ou théologique, enseignement pour la vie.

Nous avions terminé le cycle de l’an dernier avec la préparation de l’enduit sur les planches destinées à la peinture : les auteurs médiévaux parlent de plâtre, là où nous utilisons le terme de levkas λευκας qui, en grec, signifie tout simplement « blanc ».

L’enduit étant réalisé, il convient de bien le laisser sécher, puis de le poncer soigneusement, le temps de l’été qui vient de passer par exemple.

L’étape suivante, dans la réalisation des peintures anciennes et des icônes, est la pose de l’or. L’or représente la lumière par excellence. Son usage était primordial dans les époques anciennes, car les icônes prenaient place dans des églises sombres et souvent humides : l’or les protégeait ; son rayonnement et sa préciosité révélaient le caractère divin de la lumière des fonds et des nimbes. Mais avant de poser l’or, il faut placer le dessin sur la planche ou sur le mur : nous nous attarderons, la semaine prochaine, sur cette étape.

Retrouvez les podcast des émissions passées ainsi que les titres des émissions à venir ici

Article du 3 septembre 2018