Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Brunir à l’agate (émission du 29 octobre)

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici

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Pierre d’agate pour « brunir » l’or

Nous avons décrit la semaine dernière la pose de l’or. Le « brunissage » est l’opération qui, après séchage, consiste à lisser la surface dorée avec une pierre d’agate – ou certaines autres pierres – pour obtenir un reflet éclatant et lumineux. Cela est rendu possible par la sous-couche de bol d’Arménie !

Je me contenterai, à propos de cette opération, de citer quelques extraits de Cennino Cennini tirés du Livre de l’art (1) :

« Quand tu juges que l’or est prêt à brunir (…) il vaut mieux, si l’on peut faire cette dépense, prendre des saphirs, des émeraudes, des rubis balais, des topazes et des grenats : plus la pierre est précieuse, mieux elle convient. En outre, on peut utiliser une dent de chien, de lion, de loup, de chat, de léopard et, en général, de tous les animaux qui se nourrissent noblement de viande (…).

Maintenant il faut brunir l’or, car le temps est venu de le faire. Il est vrai qu’en hiver, tu peux dorer autant que tu veux si le temps est humide et doux et non point sec. En été, mets l’or et brunis une heure après (…).

Prends ton panneau ou ce que tu as doré. Mets-le à plat sur deux tréteaux ou sur un banc. Prends ta pierre à brunir et frotte-là sur ta poitrine là où tu as tes meilleurs vêtements, sans tâches de gras. Réchauffe-là bien ; puis tâte l’or pour voir si c’est encore le moment de le brunir. Tâte-le toujours avec hésitation. Si tu sens la moindre poussière, sous la pierre ou que cela crisse le moins du monde, comme ferait de la poussière entre les dents, prends une queue de petit-gris et d’une main légère, époussette l’or. Brunis ainsi peu à peu une surface plane, d’abord dans un sens, puis dans l’autre, avec la pierre que tu conduis bien à plat. Et si parfois, sous le frottement de la pierre, tu t’aperçois que l’or n’est pas uni comme un miroir, alors prends de l’or et mets-en une feuille ou une demi-feuille dessus, en soufflant d’abord (avec ton haleine) ; aussitôt après, brunis-le avec la pierre (…) ».

Cennini donne ainsi une infinité de détails sur les conditions idéales et la manière de faire, de se rendre compte de l’état de l’or, de ne ménager ni les efforts ni la dépense, sans hésiter à superposer les couches d’or. Si ces préconisations sont impossibles à appliquer à la lettre, encore une fois, l’esprit des ces recommandations demeure pour nous d’une grand pertinence.

Nous en avons terminé avec l’or, nous parlerons, la semaine prochaine, de la façon d’appliquer les autres couleurs.

  1. extraits tirés des chapitres CXXXV, CXXXVII et CXXXVIII.

Article du 29 octobre 2018

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Priscille et Aquilas

Priscille et Aquilas

Priscille et Aquilas avec Saint Paul à Corinthe, icône sur tilleul travaillé, 20,5 x 27,5 cm, 2018

L’histoire de Priscille et Aquilas est racontée de façon assez détaillée dans les Actes des Apôtres au chapitre 18 ; ils sont aussi évoqués à plusieurs reprises par saint Paul et on sent à chaque fois l’amitié et la confiance qui les lie.

Priscille (en latin : Prisca) est une juive du Pont, près de Rome, mariée à Aquilas, au tout début de notre ère : ils tissent des étoffes de poil de chèvre et fabriquent des tentes.

En l’an 49, l’empereur « Claude avait décrété que tous les juifs devaient quitter Rome » (Ac 18, 2). Le couple fuit donc la capitale pour se réfugier à Corinthe. Au cours de l’hiver 50, ils hébergent Paul, qui arrive d’Athènes et « avait le même métier » (Ac 18,3). Paul, afin de ne pas se sentir une charge, travaille à leurs côtés jusqu’à l’arrivée de Silas et de Timothée. Paul s’installe alors chez Justus, dans une maison contiguë à la synagogue, afin de se consacrer entièrement à la prédication.

Paul quitte Corinthe au cours de l’été 52, puis « s’embarque pour la Syrie, en compagnie de Priscille et d’Aquilas » (Ac 18, 18). Ils se rendent à Ephèse, mais Paul reprend rapidement la route. À la synagogue, le couple entend parler Apollos, « un homme savant versé dans les Écritures » (Ac 18, 24) : ils l’invitent chez eux et profitent ainsi de son instruction. « Ce fut pendant le séjour d’Apollos à Corinthe que Paul arriva à Éphèse en passant par le haut-pays » (Ac 19, 1) : chacun arrive, repart, reprend son voyage…

Il semble que Priscille et Aquilas y élisent pour un temps domicile et mettent leur maison à disposition de la communauté, puisque Paul, s’adressant aux Corinthiens, écrit vers Pâques 57 : « Aquilas et Prisca vous envoient bien des salutations dans le Seigneur, ainsi que l’église qui se réunit chez eux. » (1 Cor 16, 19). 

Ils secourent Paul au péril de leur vie, puisque Paul écrit, au cours de l’hiver 58 dans l’épître aux Romains, alors que Priscille et Aquilas sont rentrés à Rome (16, 3-5) : « Saluez Prisca et Aquilas, mes collaborateurs en Jésus-Christ : pour me sauver la vie, ils ont risqué leur tête ; je ne suis pas seul à leur être reconnaissant, toutes les églises du monde païen le sont aussi. Saluez également l’église qui se réunit chez eux. »

Priscille et Aquilas ont peut-être fui la persécution de Néron et trouvé de nouveau refuge à Éphèse. Paul, peu avant sa mort, écrivant à Timothée, premier évêque d’Éphèse, lui demande de saluer Priscille et Aquilas (2e épître à Timothée, 4,19).

Nous ignorons tout de la fin de leur vie.

Ce qui demeure, c’est une vie d’accueil avec un lien très fort de confiance et d’amitié avec saint Paul, qui se poursuit au fil du temps. La tradition orientale affirme qu’ils auraient été martyrisés. Cette icône a été commandée par un jeune couple qui prévoit son mariage prochain. J’imagine que placer son couple sous la protection de Priscille et Aquilas, c’est désirer donner la priorité à l’hospitalité, l’envie de découvrir, la possibilité de voyager… et c’est beau.

Ils sont fêtés le 8 juillet ou le 13 février.

Article du 27 octobre 2018

 


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La pose de l’or (émission du 22 octobre)

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici

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Dans l’atelier d’Acantha dorure (le lien avec son site est sur ma page d’accueil à « liens amis »)

Nous avons vu la semaine dernière comment poser la sous-couche de bol d’Arménie avant l’application de la feuille d’or. L’étape suivante consiste à préparer un mélange tiédi à partir de colle de peau de lapin et d’alcool. Un jour où je travaillais avec des moines russes, j’ai découvert qu’ils réalisaient leur mixture pour la pose de l’or… à partir de vodka ! Denys de Fourna dans Le Guide de la Peinture (1), préconise quant à lui une technique… à base de raki. Écoutons-le, sans oublier qu’il appelle ampoli ce que nous nommons bol d’Arménie.

« Dessinez une images avec une pointe très fine ; nettoyez bien ensuite le tableau, et enlevez les taches s’il y en a, en grattant avec précaution. Mettez ensuite deux ou trois couches très minces d’ampoli sur l’image. Lorsque ces couches seront sèches, placez le tableau horizontalement devant vous. Prenez des feuilles d’or et adaptez-les sur le tableau, en fixant chaque feuille par ses extrémités avec un instrument en os, afin que le vent ne les emporte pas. Mettez ensuite du raki dans une petite cafetière, et versez cette liqueur sur les bords du tableau. Puis vous soulèverez le tableau afin de faire couler le raki et d’imprégner toute la surface. Ayez soin d’humecter promptement, afin que le plâtre ne se sèche pas. Redressez ensuite le tableau, raccommodez les petits défauts, laissez-le sécher, et enfin brunissez-le

Notons la précision concernant la légèreté de la feuille d’or. La pose de l’or est à réaliser toutes fenêtres fermées, et sans imaginer pouvoir répondre au téléphone ni même se lever au cours de l’opération. Dans l’extrait suivant, Denys de Fourna évoque les outils spécifiques : il s’agit d’une sorte de pinceau plat aussi appelé palette, qu’il suffit de graisser à peine ou de charger en électricité statique – en la passant sur les cheveux par exemple – afin d’attirer la feuille sans la saisir avec la moindre pince, ce qui la réduirait en miettes. On peut remplacer ce pinceau par une plume, mais c’est plus difficile à manipuler. On utilise aussi un coussin spécial, en principe en peau de chevreau ou de chamois et un couteau très particulier méticuleusement entretenu avec de l’alcool… à moins qu’il ne nous reste un peu de vodka ou de raki !

À la fin de l’extrait, Denys de Fourna indique qu’il convient de brunir l’or. Nous approfondirons cette question la semaine prochaine.

(1) p. 31

Article du 22 octobre 2018


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Saint Basile de Césarée

saint BasileJe me souviens, lors de mes études en théologie, d’avoir été frappée par la modernité de certains Pères des premiers siècles, et en particulier par saint Basile. Voilà un personnage du quatrième siècle idéaliste, cultivé et généreux qui, de sa lointaine Cappadoce, a inspiré bien des associations d’aide aux malades ou aux plus pauvres.

Basile est un grand théologien puisqu’il est un des « docteurs de l’église ». Son influence est grande dans le développement de la théologie de la Trinité, dans l’organisation de la vie monastique comme dans la formation de la liturgie. La liturgie de saint Basile est encore utilisée une dizaine de fois dans l’année dans le rituel orthodoxe.

Basile accorde beaucoup d’importance à l’amitié et à la fidélité puisque son amitié avec Grégoire de Naziance, rencontré lors de ses études à Athènes, marque profondément sa vie. Il laisse d’ailleurs une riche et belle correspondance, témoignant de l’importance qu’il accorde à l’amitié.

Mais ce qui m’avait surtout marquée, c’est la création de la « Basiliade », sorte de cité idéale créée aux abords de Césarée et fondée sur les valeurs de l’accueil et de la compassion. Elle comporte hôtellerie, hospice pour vieillards, hôpital (avec un quartier réservé aux maladies contagieuses), église bien sûr, logements pour les ouvriers… L’accueil, la soupe populaire, la dignité et l’éducation de chacun sont au centre de ses préoccupations.

Revenons sur son histoire. Basile naît en Cappadoce en 329 ou 330, une région alors rude, un peu à l’écart de la culture grecque, mais depuis le 4e siècle, la ville de Césarée est devenue très active. Il fait partie d’une famille de dix enfants, presque tous saints (Grégoire de Nysse, Pierre de Sébaste, etc.). Comme c’est l’habitude alors, il est baptisé tardivement (vers l’âge de 25 ans). La famille est riche et issue d’une déjà longue tradition de martyrs et de chrétiens « éclairés ». Pendant les persécutions de Dioclétien, la famille se cache pendant sept ans dans les forêts du Pont, menant une vie  simple et proche de la nature.

Très doué et de santé fragile (Basile a le foie malade), il est entouré d’attentions. Son père, son premier maître, meurt alors que Basile n’a que 12 ans. Après un début de carrière brillant, Basile se replie dans une vie monastique assez austère, qui aggrave son état de santé.

Il rentre alors en Cappadoce et retrouve son ami Grégoire. Ils composent une Philocalie à partir des écrits d’Origène, ainsi que des Règles monastiques qui jettent les bases de la vie religieuse orientale, insistant sur l’idéal évangélique, qui ne différencie pas l’amour de Dieu et celui du prochain.

Basile accorde beaucoup d’importance aux questions sociales. Il vend la propriété familiale et distribue ses biens estimant que « posséder plus que nécessaire, c’est frustrer les pauvres, c’est voler ».

Il rédige un commentaire sur l’Hexameron, neuf sermons de Carême sur la Création. Il aime partager simplement son savoir et utilise les connaissances de l’époque en sciences et philosophie, ne négligeant pas l’apport de la culture grecque.

En 370, il est élu évêque de Césarée mais souffre des fatigues qu’impose cette tâche. Il lutte contre l’arianisme en résistant à l’empereur Valens. À la fois ferme, clair et fin psychologue, il arrive à imposer ses analyses et traite aussi bien les questions théologiques que les questions morales ou sociales. Il reste calme, rigoureux et modeste malgré les calomnies (par exemple quand il prend sous sa protection une veuve poursuivie par un magistrat !). Basile meurt à 50 ans, en 379, complètement épuisé.

Article du 17 octobre 2018


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Le bol d’Arménie ou rouge ampoli (émission du 15 octobre)

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici

OLYMPUS DIGITAL CAMERANous avons présenté les diverses techniques de pose de l’or dans l’émission précédente et expliqué comment se fabriquent ces feuilles d’or si fines que le moindre souffle les emporte.

Développons aujourd’hui les étapes de la pose de l’or libre, autrement dit la dorure à l’eau, appelée dorure à l’assiette ou bolus.

Cette opération commence par la pose d’une terre rouge que nous appelons « bol d’Arménie ». Je suppose que c’est la matière que Denys de Fourna appelle « rouge ampoli ». Il s’agit d’un type d’argile très fin, kaolinique, qui permet l’adhérence des feuilles d’or. Ce procédé est connu depuis l’Antiquité et donne à l’or des reflets intenses.

Dans Le Guide de la peinture (p. 30), Denys de Fourna décrit plusieurs techniques et voici la plus développée : « Prenez du bol. Ayez soin de choisir le meilleur : c’est celui qui n’est pas très rouge et qui présente à l’intérieur des veines blanches. Il faut, pour qu’il soit de bonne qualité, que ces veines ne soient pas dures comme de la pierre ou de la terre, car alors il est mauvais. Mêlez dix-huit drachmes de ce bol, deux drachmes d’ocre de Constantinople, une demi-drachme de lampezi, c’est-à-dire de plomb rouge, et une demi-drachme de suif. Brûlez ensuite une feuille de papier, et ajoutez-la avec une demi drachme de mercure. Apprenez comment il faut diviser le mercure : vous le mettez peu à peu dans une de vos mains avec de la salive, et, avec les doigts de l’autre main, vous l’écrasez et vous parvenez à le diviser. Ensuite, vous placerez toutes ces substances ensemble sur un marbre, et vous les broierez avec force. Puis passez de l’ampoli sur ce que vous voudrez ».

On comprend dans cette recette que l’argile est mélangée avec d’autres substances qu’on n’imaginerait plus utiliser aujourd’hui sans d’infinies précautions. Les artistes ont essayé par la suite d’autres associations, par exemple un mélange de sanguine et de mine de plomb, de l’huile d’olive ou de la graisse de mouton. Je ne sais pas ce qui compose mon « bol d’Arménie », mais j’adore l’odeur qui s’en dégage ! Pourvu que le mélange ne soit pas celui que préconise Denys de Fourna !

Le bolus s’applique en plusieurs couches fines. Il existe différentes couleurs et différents mélanges d’assiette à dorer : la rouge est la plus utilisée et donne un aspect chaleureux à l’or. On dit que la jaune a la faveur des peintres italiens et la noire, celle des anglais.

Article du 15 octobre 2018


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La feuille d’or (émission du 8 octobre)

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici

OLYMPUS DIGITAL CAMERADe façon traditionnelle, on recouvre le nimbe et le fond de l’icône avec de l’or. La technique ancestrale – utilisée sur bois enduit, mais aussi sur parchemin et d’autres supports – est celle de la dorure à l’eau, aussi appelée dorure à l’assiette ou bolus. Cette technique est difficile : la dorure est un métier à part entière (1) qui exige une longue pratique et un matériel très spécifique. Les iconographes et les enlumineurs s’y essayent, avec plus ou moins de succès et de maîtrise.

C’est pourquoi nous posons parfois l’or avec une technique simplifiée que l’on appelle la « mixtion » : il s’agit d’une sorte de colle spéciale qui constitue un adhésif pour des feuilles d’or. Le procédé s’apparente au décalcomanie, facile à poser, mais ne permet absolument pas d’obtenir la brillance de l’or libre. On utilise également un pigment à l’or mélangé avec le liant habituel – gomme arabique ou préparation à l’œuf – ou encore de l’or en coquille qui est fabriqué à partir de résidus de feuilles d’or broyées très longuement et liées avec de la gomme arabique.

L’or en feuilles est préparé par les batteurs d’or selon une technique ancestrale. Avec mes élèves, nous avons visité en mai 2017 l’entreprise Dauvet, le dernier batteur d’or français installé sur les bords du lac Léman, et avons assisté aux différentes étapes de fabrication (2).

L’or est d’abord introduit sous forme de billes dans un four à 1 200° afin d’obtenir une sorte de mini lingot. Celui-ci est ensuite pressé dans un laminoir, tant et tant que la OLYMPUS DIGITAL CAMERAréglette de 10 cm du début atteigne peu à peu 40 mètres ! C’est l’étape fascinante du laminage. Le ruban obtenu est alors découpé en carrés de 4 x 4 cm qui sont ensuite battus et rebattus, jusqu’à mincir tant et plus. Toutes ces opérations durent plusieurs heures et sont effectuées avec des machines simples. Suit le dégrossissage à l’aide de marteaux mécaniques, les apprêts, le brunissage et le battage. La dernière opération est manuelle et s’appelle le vidage. Après des milliers de coups de marteaux et des heures de travail, la feuille ne mesure plus que quelques microns et est placée dans un petit carnet de 25 feuilles. Nous avons été frappés par une salle dans laquelle six femmes penchées sur leur petite table travaillent avec précision, vérifiant attentivement chaque feuille et les ajustant avec une petite pince en bois. Elles s’aident de leur souffle pour plaquer les feuilles : c’est vraiment beau à voir.

Nous allons envisager les étapes de la pose de l’or, étape par étape, à partir de la semaine prochaine.

(1) Sur la page d’accueil de ce site, vous trouverez dans les liens amis « Acantha dorure », une talentueuse doreuse qui travaille dans ma région et avec qui je collabore parfois.
(2) On peut relire l’article qui relate cette visite et les étapes de la fabrication de la feuille d’or ici. Cet été, l’entreprise a rencontré de grosses difficultés et est actuellement fermée.

Article du 8 octobre 2018