Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

La feuille d’or (émission du 8 octobre)

2 Commentaires

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici

OLYMPUS DIGITAL CAMERADe façon traditionnelle, on recouvre le nimbe et le fond de l’icône avec de l’or. La technique ancestrale – utilisée sur bois enduit, mais aussi sur parchemin et d’autres supports – est celle de la dorure à l’eau, aussi appelée dorure à l’assiette ou bolus. Cette technique est difficile : la dorure est un métier à part entière (1) qui exige une longue pratique et un matériel très spécifique. Les iconographes et les enlumineurs s’y essayent, avec plus ou moins de succès et de maîtrise.

C’est pourquoi nous posons parfois l’or avec une technique simplifiée que l’on appelle la « mixtion » : il s’agit d’une sorte de colle spéciale qui constitue un adhésif pour des feuilles d’or. Le procédé s’apparente au décalcomanie, facile à poser, mais ne permet absolument pas d’obtenir la brillance de l’or libre. On utilise également un pigment à l’or mélangé avec le liant habituel – gomme arabique ou préparation à l’œuf – ou encore de l’or en coquille qui est fabriqué à partir de résidus de feuilles d’or broyées très longuement et liées avec de la gomme arabique.

L’or en feuilles est préparé par les batteurs d’or selon une technique ancestrale. Avec mes élèves, nous avons visité en mai 2017 l’entreprise Dauvet, le dernier batteur d’or français installé sur les bords du lac Léman, et avons assisté aux différentes étapes de fabrication (2).

L’or est d’abord introduit sous forme de billes dans un four à 1 200° afin d’obtenir une sorte de mini lingot. Celui-ci est ensuite pressé dans un laminoir, tant et tant que la OLYMPUS DIGITAL CAMERAréglette de 10 cm du début atteigne peu à peu 40 mètres ! C’est l’étape fascinante du laminage. Le ruban obtenu est alors découpé en carrés de 4 x 4 cm qui sont ensuite battus et rebattus, jusqu’à mincir tant et plus. Toutes ces opérations durent plusieurs heures et sont effectuées avec des machines simples. Suit le dégrossissage à l’aide de marteaux mécaniques, les apprêts, le brunissage et le battage. La dernière opération est manuelle et s’appelle le vidage. Après des milliers de coups de marteaux et des heures de travail, la feuille ne mesure plus que quelques microns et est placée dans un petit carnet de 25 feuilles. Nous avons été frappés par une salle dans laquelle six femmes penchées sur leur petite table travaillent avec précision, vérifiant attentivement chaque feuille et les ajustant avec une petite pince en bois. Elles s’aident de leur souffle pour plaquer les feuilles : c’est vraiment beau à voir.

Nous allons envisager les étapes de la pose de l’or, étape par étape, à partir de la semaine prochaine.

(1) Sur la page d’accueil de ce site, vous trouverez dans les liens amis « Acantha dorure », une talentueuse doreuse qui travaille dans ma région et avec qui je collabore parfois.
(2) On peut relire l’article qui relate cette visite et les étapes de la fabrication de la feuille d’or ici. Cet été, l’entreprise a rencontré de grosses difficultés et est actuellement fermée.

Article du 8 octobre 2018

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Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

2 réflexions sur “La feuille d’or (émission du 8 octobre)

  1. Bonjour, j’aimerai savoir quelle technique vous utilisez pour réaliser un nimbe avec des dessins de volutes ou autres signes ?
    Merci à vous de votre réponse.
    Bien cordialement,
    Sylvie Mercier

    • La réponse est différente pour un nimbe à la feuille d’or ou avec du pigment. Avec de l’or, le mieux est de donner un peu d’épaisseur à l’intérieur de la volute : par exemple en ajoutant une épaisseur d’enduit avant de poser l’or et/ou passer l’agate seulement sur l’intérieur de la volute et/ou graver à la pointe sèche les contours de la volute… mais j’avoue que ce n’est pas ma spécialité. Il vaudrait mieux pour répondre à cette question s’adresser à Laure, la doreuse (« lien amis » sur mon site). Avec le pigment, il faut travailler sur papier et utiliser un calque. C’est facile en étant soigneux. Mais ce n’est pas facile de résumer une technique. Si ce n’est pas la réponse que vous attendez, n’hésitez pas à m’envoyer un email pour continuer l’échange. Bonne journée à vous, Elisabeth

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