Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Les recettes de tempera de Cennino Cennini (émission du 12 novembre)

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Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici

OLYMPUS DIGITAL CAMERANous l’avons vu la semaine dernière, les artistes médiévaux privilégient les préparations à base d’eau pour mélanger leurs pigments, bien que l’usage de l’huile, de la cire et des gommes soit aussi très ancien. On peut évoquer les techniques à la cire utilisées pour les portraits du Fayoum, ou bien les notes du moine Théophile dans son Traité des divers arts : il y explique comment mélanger les couleurs avec « la gomme qui découle du cerisier ou du prunier » (1).

Continuons avec la tempera à l’œuf, la technique que nous utilisons le plus souvent aujourd’hui, dans la peinture des icônes. Cennino Cennini, dans son Livre de l’art (2), propose deux recettes particulièrement adaptées à la peinture de la fresque. Écoutons-le :

« Deux sortes de tempera sont bonnes pour toi ; mais l’une est meilleure que l’autre. Pour la première, prends le blanc et le jaune de l’œuf ; mets-dedans quelques pousses de figuier coupées et bats bien le tout ensemble. Puis, mets un peu de cette tempera, dans des petits pots, modérément, ni peu, ni trop peu, comme un vin à demi mélangé d’eau. Utilise ensuite tes couleurs, que ce soit du blanc, du vert ou du rouge, comme je te l’ai montré à fresque et exécute tes vêtements comme tu le fais à fresque, d’une main prudente en laissant le temps de sécher. Si tu mets trop de tempera, sache que la couleur crèvera aussitôt et se détachera du mur. Sois raisonnable et expérimenté.

(…) La seconde tempera est faite seulement de jaune d’œuf ; sache qu’elle est universelle, sur mur, sur panneau, sur fer ; tu ne peux pas en mettre trop, mais sois assez raisonnable pour adopter un juste milieu. » 

Cennini continue avec les recommandations indispensables pour le mélange des couleurs et l’obtention des éclaircissements nécessaires à la réalisation des drapés : nous reprendrons ce sujet plus tard. Notons surtout ses exhortations à la patience et à la lenteur, qui parcourent toutes ses recettes. N’est-ce pas là le plus important ?

Quelques chapitres plus loin, il explique comment les Allemands travaillent « à l’huile ». On comprend, par cette phrase, qu’à l’époque de Cennini, c’est-à-dire à la fin du XIVe siècle, les peintres italiens préféraient encore travailler « à tempera », alors que de l’autre côté des Alpes, la peinture à l’huile avait déjà conquis les artistes. Il semble évident que le mot « Allemand » englobe en fait tous les artistes des pays au nord de l’Italie et en particulier les peintres flamands.

  1. p 21
  2. chap LXXII

Article du 12 novembre 2018

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Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

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