Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

« Broyer du noir » (émission du 3 décembre)

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Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici

OLYMPUS DIGITAL CAMERA« Broyer du noir » : voilà une expression qui vient de la peinture, mais le glissement vers la signification que nous lui connaissons aujourd’hui s’est imposé tardivement, autour du XVIIIsiècle en analogie avec la médecine qui attribuait à la « bile noire » l’origine de nombreuses maladies.

Cennino Cennini nous explique au chapitre XXXVI du Livre de l’art comment broyer les couleurs longuement et efficacement, mais il faut attendre le chapitre suivant pour qu’il nous dise d’où peut provenir cette couleur noire. Il commence son tour d’horizon en décrivant les pierres les plus adaptées pour procéder au broyage : il recommande le porphyre, la serpentine ou le marbre, tout en ajoutant que seul, le porphyre est suffisamment dur, surtout s’il est brillant, pour travailler correctement. Il précise alors qu’il convient de tenir à la main un outil, lui aussi en porphyre, plat en dessous et bombé au dessus, « de la forme d’un bol, un peu moins grande » dit-il, afin qu’il tienne parfaitement dans le creux de la main.

Cennini continue ainsi sa description : « Prends ensuite de ce noir ou de n’importe quelle couleur, la valeur d’une noix et mets-la sur cette pierre ; et avec celle que tu tiens en main, écrase bien ce noir. Puis prends de l’eau claire, de rivière, de fontaine ou de puits et écrase ce noir pendant une demi-heure, une heure ou aussi longtemps que tu voudras ; (mais) sache que si tu le broyais pendant un an, il n’en serait que plus noir et d’une meilleure couleur. »

Cennini termine ce chapitre en conseillant de se munir d’une spatule pour récupérer soigneusement tout ce qui a été broyé et le conserver soigneusement, à l’abri de toute poussière.

Nous travaillons à peu près de la même manière quand nous broyons nos couleurs nous-mêmes, ce qui, il faut bien l’avouer, est de plus en plus rare, car nous achetons la plupart du temps des pigments prêts à l’emploi et déjà très finement broyés et filtrés. Quand nous tentons l’aventure du broyage, nous utilisons une plaque de verre avec une molette, en verre, elle aussi. Cependant, on ne cherche pas forcément à obtenir des grains d’une trop grande finesse, car certains pigments, par l’éclat de leurs facettes préservées, renvoient des reflets et donnent une luminosité à la couleur qui, une fois étendue, semble « vibrer ».

Nous poursuivrons la semaine prochaine avec le noir, en découvrant qu’il n’en existe pas un seul, mais toute une variété.

Article du 3 décembre 2018

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Auteur : elisabethlamour

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