Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Le blanc de plomb (émission du 8 avril)

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OLYMPUS DIGITAL CAMERAChaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici

Le blanc de plomb, ou « céruse » a probablement été connu par les Summériens. On ne sait pas si les Égyptiens l’ont utilisé comme pigment, il n’y a aucune doute sur son emploi dans l’Antiquité grecque ou romaine puisque nos amis Vitruve et Pline l’Ancien en font état. Dès cette époque, la céruse prend de plus en plus d’importance, que ce soit dans le domaine de la peinture ou dans celui de la cosmétique.

Après avoir décrit le blanc de Saint-Jean, Cennino Cennini s’attarde sur le blanc de plomb.

Écoutons-le : « Il existe une couleur blanche faite par alchimie, à partir du plomb ; on l’appelle blanc de plomb. Il est vigoureux, ardent, et se présente sous forme de petits pains comme des verres. Et si tu veux savoir lequel est le plus fin, prends toujours de celui qui est sur le dessus du morceau en forme de tasse. Plus tu broies cette couleur, plus elle est parfaite. Elle est bonne sur panneau. On l’emploie bien sur mur, mais évite le plus possible de le faire, car elle devient noire avec le temps. On la broie avec de l’eau claire ; elle supporte toutes les détrempes et te sert entièrement de guide pour éclaircir toutes les couleurs sur panneau, comme le blanc de Saint-Jean le fait sur le mur. »

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Fresque de Cimabue à Assise (transept gauche basilique supérieure)

La remarque de Cennini sur le noircissement du blanc de plomb me fait encore une fois penser aux fresques de la basilique supérieure d’Assise et au malheureux peintre harcelé par la malchance mais que j’aime tant : Cimabue (1). Vers 1278, il travaille dans l’église supérieure d’Assise à la décoration des transepts en tant que maître d’œuvre d’une équipe de peintres dans laquelle on trouve Jacopo Torriti, Duccio di Buoninsegna, Giotto et d’autres. Il est difficile de dire quel est le peintre qui a influencé les autres dans la réalisation des fresques. Le blanc de plomb utilisé dans celles de Cimabue, est, au cours du temps, devenu noir en raison de l’oxydation, transformant les œuvres en un négatif photographique déroutant. Aussi, la postérité  retiendra presque exclusivement le travail de ses successeurs et surtout celui de Giotto !

La  grande toxicité du blanc de plomb a entraîné, à partir de 1909, sa limitation, puis son interdiction. Aujourd’hui, dans nos ateliers de peinture, on utilise principalement le blanc de zinc, doux et peu couvrant ou pour les finitions le blanc de titane qui permet d’obtenir de vifs contrastes très stables.

(1) On peut aussi relire l’article ici

Article du 8 avril 2019

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Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

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