Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

« Les origines païennes des icônes »

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IMG_7144 2À partir de la lecture du livre de Thomas F. Mathews (collaboration de Norman E. Muller), Éditions du Cerf, 2016

Depuis longtemps, lors des conférences où des explications que je donne ici ou là, j’insiste sur le fait que l’icône chrétienne, dans sa spécificité et son langage de foi, s’ancre dans d’autres traditions plus anciennes, comme la peinture sur panneau ou les arts funéraires de l’Antiquité. J’avais bien remarqué en visitant autrefois (il y a si longtemps… ) le musée de Palmyre, la similitude entre la posture de certaines sculptures funéraires et les « Vierge à l’enfant » (frontalité, proportions, postures, yeux largement ouverts etc.). J’avais aussi un jour trouvé une recette d’enduit datant de l’Antiquité grecque… qui pourrait être notre recette de levkas !

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Au Musée de Palmyre en 2006. Je ne sais pas si cette sculpture existe encore.

Ces affirmations ne sont pas tout à fait nouvelles, puisqu’un auteur comme André Grabar (1) développe par exemple le rôle symbolique du portrait-présence dans la Rome antique.

Et puis, une amie m’a prêté un ouvrage passionnant intitulé Les Origines païennes des icônes (2). La lecture de cet ouvrage collectif d’une très grande richesse, a confirmé des intuitions et des informations glanées à droite et à gauche. Les auteurs détectent aussi, en s’appuyant sur des textes d’Irènée et des Actes de Jean, des indices solides permettant d’affirmer que les premières icônes apparaissent dès le tout début du christianisme et non pas au VIe siècle comme on l’a parfois prétendu. Ils font aussi état des formules de bénédiction et de descriptions du culte qui leur est rattaché. Les icônes les plus anciennes n’ont pas traversé le temps car le bois est un matériau fragile, sensible à l’humidité, au feu, à la vermine, mais des représentations antérieures (comme les fresques des catacombes) subsistent, et surtout des témoignages écrits, sans compter des traditions, comme celle reliant saint Luc aux premières icônes de la Vierge. En allant plus loin, il est possible de trouver de troublantes similitudes d’usage, de sens et de technique, entre les icônes chrétiennes, la peinture de l’Égypte romaine et de la Grèce antique.

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pages 8 et 9 de l’ouvrage

Ainsi, remarquons que, dans l’Antiquité, les panneaux peints – pinakes en grec (qui a donné le mot pinacothèque), tabula en latin – étaient omniprésents et utilisés à des fins religieuses.

D’un point de vue technique, le recours au triptyque s’inspire du mode de fabrication des tabernacles mobiles égyptiens. De la même façon, l’usage de la tempera remonte à la nuit des temps (on en trouve des traces précises dès le IIe siècle) et s’inspire de la peinture à l’encaustique, technique encore plus ancienne.

Bref, il suffit de feuilleter ces pages, remarquablement illustrées et documentées, pour comprendre que l’icône, formulation de la foi chrétienne en image, est aussi le fruit d’une filiation, de métissages spirituels et artistiques, de recherches et d’influences croisées, de prière et de méditation, du travail des artistes comme de la pensée des philosophes et des théologiens.

(1) GRABAR André, Les Voies de la création en iconographie chrétienne, Champs Flammarion, 1994 (publié pour la première fois en 1979)
(2) MATHEWS Thomas F. (en collaboration avec Norman E. Muller), Les Origines païennes des icônes, Éditions du Cerf, 2016

Article du 19 avril 2019

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Auteur : elisabethlamour

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