Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Le regard (émission du 17 juin)

Poster un commentaire

Chaque lundi à 11 h 05 sur RCF Isère (103.7), retrouvez la série d’émissions intitulée Carnets de peinture. Dans l’esprit du carnet de voyage, entrons dans les coulisses d’un art aujourd’hui bien vivant, qu’on peut appeler l’« art sacré traditionnel ». Il concerne, entre autres, la peinture de l’icône, la fresque, l’enluminure, la calligraphie, la mosaïque, la taille de pierre, l’orfèvrerie ou le vitrail… Tous les « épisodes » précédents sont sur ce site à la rubrique « actualité » ; les liens avec les podcast sont ici

Je n’ai pas trouvé grand-chose dans les manuels médiévaux à propos des yeux et des regards. Ils ont pourtant une grande importance, puisqu’ils constituent la dernière étape de la réalisation des visages auxquels ils donnent en grande partie le caractère. Denys de Fourna écrit simplement dans Le Guide de la Peinture (p. 34) :  « Mêlez du noir et de l’oxy. Esquissez les yeux, d’abord très finement, puis un peu plus fortement ; passez ensuite aux prunelles, aux sourcils et aux narines… ». Il s’en suit une deuxième description tout aussi sommaire, dans laquelle l’auteur préconise seulement d’ajouter du noir pour les prunelles et les narines. C’est ainsi que nous procédons dans l’icône : tout à la fin, le regard est posé. Au début de leur apprentissage, les élèves ne réalisent pas eux-mêmes cette étape ; on retrouve cette pratique dans de nombreuses traditions. Vous trouverez ici un merveilleux texte de Michael Ondaatje tiré du livre Le fantôme d’Anil… mais cela nous éloigne beaucoup de la peinture médiévale. Seul, le maître ou une personne chevronnée est habilité à placer le regard en jouant avec une alternance de noirs et de blancs, placés de façon très précise. Ce stade du travail donne toute l’expression au tableau qui semble alors « voler de ses propres ailes ». Cennino Cennini décrit lui aussi, pas à pas, cette étape délicate, à la fin du chapitre LXVII de son Livre de l’art.

Le peintre termine alors son travail par de petites touches de blanc qui semblent autant de vibrations et d’éclats de lumière. Le chemin de la terre à la lumière s’achève. Écoutons ce qu’en dit l’iconographe Pavel Boussalaev que nous avons déjà cité dans les émissions précédentes (1) : « On appelle cela  « mouvement« , dichki en russe. Cette énergie se retrouve dans le mouvement des yeux. L’espace de l’icône offre un mouvement généré par le rythme, la lumière, les couleurs. Il y a des spirales et le résultat final exprime souvent une grande paix imperceptible aux personnes plongées dans un milieu déséquilibré, marqué par la course … »

Je ne sais pas pourquoi cette question est peu développée dans les manuels médiévaux. Pourtant, il suffit d’entrer dans une vieille église encore couverte de fresques, même très décolorées, pour se sentir regardé, vraiment regardé par tous ces visages qui couvrent les murs et semblent nous placer, humbles spectateurs, au centre de l’œuvre. 

D’autres réflexions sur le regard et le sourire dans l’icône ici  
Textes et poèmes ici

(1) QUENOT Michel,  Dialogue avec un peintre d’icônes, l’iconographe russe Pavel Boussalaev, Cerf, 2002.

Article du 17 juin 2019

Publicités

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s