Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Saint Pataleimon, médecin anargyre

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Icône miniature 5 x 6 cm, 2020

Saint Pantaleon ou Pantaleimon de Nicomédie est fêté le 27 juillet.

On sait peu de choses sur ce personnage si ce n’est qu’il était médecin anargyre (1) à la cour de l’empereur Maximien. Il était apprécié pour sa droiture et ses compétences.

Converti, il soigne « au nom du Christ », ce qui n’est pas du goût de tout le monde. Malgré sa popularité, il est dénoncé mais échappe à six tentatives d’exécution, Comme il refuse de renier sa foi, il est torturé puis décapité à Nicomédie sous Dioclétien entre 303 et 305. Très populaire, il est vénéré dès cette époque.

Son nom signifie « tout (pan) miséricordieux (eleïmon) » et pourrait justifier qu’il soit considéré comme médecin des pauvres. En France, une douzaine d’églises et de commune portent son nom, sous diverses variantes.

On le représente avec des attributs ou ustensiles médicaux (boîte à onguents, lancette…) ou en train de soigner. On l’invoque contre le strabisme et il est patron des médecins, des assistantes maternelles et des nourrices.

Pour mieux comprendre la force de l’invisible et mystérieux lien qui nous relie à travers l’icône, j’aime raconter cette histoire qui date de 2002 ! (2)

J’avais rencontré l’été précédent des amis parisiens. Nous avions échangé sur nos vies, nos joies, nos peines, notre quotidien et nos espoirs. Certains de ces amis peignaient eux-même des icônes et en connaissaient très bien le sens et l’exigence. Ils étaient préoccupés par un de leur ami commun, « Michel » atteint d’une grave et pénible maladie. Ils se sentaient désemparés, ne sachant pas bien que faire pour l’aider et témoigner de leur amitié. Au cours de la soirée, l’idée a germé de me demander de lui peindre, en leur nom à tous, une icône. Nous nous sommes séparés sur ce projet, et chacun a repris sa route et ses occupations. J’étais assez peu disponible à cette époque, préparant une exposition dans un village voisin. La veille du démarrage de l’exposition, les amis parisiens m’appelèrent : Michel allait très mal, et ils souhaitaient que je me mette vite au travail. Ils avaient réfléchi… et l’icône de saint Pantaléon semblait s’imposer. Saint Pantaléon ! J’ignorais qui il était, même si j’avais vu ici ou là une reproduction de ce saint. Mon exposition commençait le lendemain, et j’avais peur de ne pas être prête. J’étais aussi un peu inquiète par la façon dont je pourrais présenter mon travail lors du vernissage, en quelques minutes, à des personnes qui, pour la plupart, n’avaient jamais entendu parler d’icônes ! Tout en terminant mes préparatifs, je me plongeais dans la vie de Saint Pantaléon, et glanais quelques indications succinctes (…). Chinandar XIVème sJe trouvais aussitôt une très belle reproduction d’une icône, peinte au 14e siècle au monastère de Chilandar, au mont Athos. Nous faisions donc connaissance, et j’étais touchée par son beau visage serein et confiant. Le soir du vernissage, une idée s’est imposée : il me suffisait de raconter cette histoire, de dire tout simplement ce qui m’habitait à ce moment, pour que les personnes présentes comprennent une partie de la spécificité de l’icône. J’ai aussi annoncé, que, devant l‘aggravation de la santé de Michel, je rapporterai cette icône tous les soirs chez moi afin d’y travailler ; ils pourraient ainsi voir l’évolution du travail. Je fus vraiment surprise de ce qu’il advint. Chaque jour, des personnes de ce village (des enfants aussi) venaient me voir, me demandant tantôt de nouvelles de Michel, tantôt des nouvelles de saint Pantaléon. Ils examinaient la planche, donnaient leur avis ou leur impression, et voyaient, pas à pas, comment naît une icône. Les questions étaient parfois très pratiques, et parfois très profondes. Nous étions tous un peu reliés : Michel, ses amis, saint Pantaléon au-delà du temps, les habitants de ce village de l’Isère, mes pinceaux, des pensées et des prières. Nous savions que nous ne nous rencontrions pas physiquement, mais quelque chose qui nous dépassait, nous réunissait profondément. Il n’y avait rien de plus à expliquer. Seulement quelque chose à vivre ensemble.

  1. Anargyre signifie « sans argent » et qualifie les saints thaumaturges qui exerçaient leur talent de guérisseurs sans être payés. Leur « modèle » est saint Côme et saint Damien
  2. Tiré de Un moineau dans la poche, voir ici 

Article du 30 janvier 2020


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L’icône de l’Anastasis 

Fresque de l'AnastasisDepuis longtemps, je promenais cette icône dans un coin de ma tête : la voilà enfin réalisée.

La première fois qu’elle m’a saisie, c’était en 2002, à Istanbul. La découverte de l’église Saint-Sauveur in Chora a été un choc (1) et en particulier la fresque de l’Anastasis. J’y suis retournée depuis, et une photo de cette merveilleuse fresque m’accompagne, bien en place dans mon bureau.

L’esthétique de cette fresque remarquable m’a beaucoup touchée, mais aussi sa signification et sa symbolique, cette « descente qui porte en elle l’amorce d’une remontée » (2).

Anastasis

Icône sur tilleul, 30 x 40 cm, 2020

Le titre Anastasis qualifie, en grec, l’action de se relever. Notons qu’il n’existe pas, à proprement parler, dans la tradition orthodoxe, d’icône ni de fresque de La descente aux enfers. Du reste, la scène n’est pas décrite dans les Évangiles. De même, dans les églises orientales, l’accent n’est pas mis sur la mort, la souffrance ou le Christ en croix. Quand l’icône ou la fresque existe, elle n ‘est pas « centrale » dans l’ordonnancement de l’Église…

Cette scène de l’Anastasis apparaît sur une colonne de la cathédrale Saint-Marc à Venise (VIe siècle) mais se développe en Cappadoce entre les VIIIe et le Xe siècles.

L’accent est porté sur la Résurrection. Un Christ vêtu de blanc, lumineux, dynamique, qui, alors qu’Il « a vaincu la mort » est déjà relevé. Les « enfers »  sont schématisés par une grotte sombre qui peut être jonchée de chaînes, d’outils, de serrures et des portes de l’Enfer brisées. Non seulement le Christ est debout, mais il tend fermement la main à Adam et Ève qu’il sort de leurs tombeaux (3).

Cette fresque porte ce qui est pour moi le plus important du message chrétien. Pas seulement la vie après la mort (c’est encore un autre sujet), mais la possibilité de saisir la main qui nous relève, à chaque mauvais pas de nos vies. Je porte une très grande admiration envers tout ce qui renaît, envers tous ceux qui se relèvent de souffrances ou de drames et qui, lumineux et dressés, continuent leur chemin.

NB : les autres personnages représentés sur cette scène ne sont pas toujours exactement les mêmes. La plupart du temps (comme ici), on reconnaît saint Jean-Baptiste le précurseur, Moïse, David et Salomon avec leurs couronnes, et de l’autre côté, Abel, première victime de l’injustice. Mais la foule réunie représente l’humanité entière qui peut être « mise debout » par cette Main tendue.

PS : j’ai réalisé cette icône durant les derniers jours de vie sur terre de Michel Saillard, à qui je la dédie.

  1. Lire l’article qui présente l’église ici
  2. QUENOT Michel, La résurrection et l’icône, Mame, 1992 : des pages très complètes sur le sujet.

Article du 13 janvier 2020