Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Saint Christian de Pologne

Christian

Icône sur tilleul, 13 x 17 cm, 2020

Le prénom Christian est dérivé du latin Christianus qui signifie « chrétien » ou « disciple du Christ » ou encore « sacré » (en grec).

Christian fait partie du groupe appelé « les cinq frères », avec Benoît, Jean, Isaac et Matthieu. Ils vécurent en Pologne du temps du duc Boleslas 1er-le-Vaillant, qui joua un rôle décisif dans la christianisation du pays.

Boleslas fit venir d’abord en Pologne Benoît et Jean, deux moines camaldules italiens (c’est un ordre monastique bénédictin).  Jean était borgne et souffreteux. On leur bâtit un petit oratoire dans la forêt de Kazimierz, et des Polonais, Matthieu et Isaac, vinrent se joindre à eux. Ils laissaient pousser leurs barbes pour ne pas trop se différencier des habitants des lieux. Il s’administraient mutuellement des flagellations selon l’usage des premiers camaldules. Suite à une intrigue, les serviteurs décidèrent de s’emparer des richesses du monastère. La nuit du 10 au 11 novembre 1003, alors que les moines disaient l’office de la vigile de Saint-Martin, les serviteurs les massacrèrent (une autre version raconte qu’ils ont été égorgés dans leur lit par des bandits qui les croyaient en possession d’un trésor). 

Toujours est-il que Christian, le cuisinier polonais qui couchait un peu plus loin, fut réveillé par le vacarme. Il prit un bâton et tenta de chasser les agresseurs. Mais il fut abattu à son tour (on dit qu’il a été pendu sur la place de l’oratoire).

Le lendemain, les paysans du coin enterrèrent les cadavres. On déposa les corps des quatre camaldules dans l’église et celui de Christian dans le cloître, considérant son martyre moins volontaire, puisqu’il avait essayé de se défendre avec un bâton. Mais ensuite, son cas fut assimilé à celui de ses compagnons et il devint, comme eux, un des saints patrons de la Pologne.

Les assassins furent condamnés à mort mais Boleslas commua leur peine. Ils auraient dû mourir d’inanition après avoir été enchaînés aux tombeaux de leurs victimes. Mais les saints montrèrent qu’ils avaient pardonné à leurs meurtriers, car les chaînes se rompirent miraculeusement. Il furent alors simplement condamnés à servir dans l’ermitage reconstruit.

C’était en l’an 1003 et saint Christian est fêté le 12 novembre (calendrier occidental). Il est le saint patron des parturientes (je ne sais pas du tout pourquoi !).

Article du 18 avril 2020


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Une visite de mon atelier (5)

OLYMPUS DIGITAL CAMERA« Ma palette fraîchement arrangée et brillante du contraste des couleurs suffit pour allumer mon enthousiasme » écrivait Delacroix (on peut relire l’article sur Les palettes de Delacroix). Pour moi, je crois que c’est pareil. La vue des couleurs, celles des pigments comme celles des fleurs du jardin, suffit à me remplir le cœur de joie. Je connais chacun de mes pigments, leur origine, leur texture, leur façon de bien se mélanger ou non avec d’autres

Mais que sont exactement ces pigments ? Un pigment est tout simplement une substance colorée et colorante, naturelle ou artificielle. Depuis l’Antiquité, les pigments broyés sont utilisés en peinture, mélangés avec un liant à l’œuf, de la gomme arabique ou de la cire. Le  procédé le plus utilisé pour la peinture de l’icône est la tempera (détails ici ou là)

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ocres

Les pigments d’origine naturelle me rappellent des voyages réels ou imaginaires. Ils sont de différentes natures. Dans la peinture de l’icône, on utilise principalement des terres argileuses comme l’ocre rouge et l’ocre jaune. Ce sont les deux stars de nos palettes, les deux couleurs qu’on utilise le plus, les « basiques » pourrait-on dire. Mais cela ne suffit pas d’en citer deux, car en réalité il existe une infinité de nuances d’ocre rouge ou d’ocre jaune, selon leur lieu d’origine. On peut aussi citer toutes les terres vertes, terres d’ombre, terres d’ici et de partout, terres des bords d’un volcan, des bords chantants d’un ruisseau ou d’une plage exotique…

 

J’aime aussi utiliser les pigments minéraux qu’il faut rebroyer finement, comme le lapis lazuli, le turquoise ou la malachite (mon préféré). Ils sont généralement très coûteux car issus de pierres précieuses ou semi-précieuses et parfois toxiques comme le cinabre. Ils laissent souvent de petits grains, captant et reflétant la lumière : ils donnent une sorte de vibration, une musicalité à l’icône.

Nous avons aussi recours à des pigments d’origine animale (noir d’os, pourpre ou cochenille… ) ou végétale (indigo, pastel, noir de vigne… ). Mais à l’exception du noir, ils sont mal adaptés à la peinture de l’icône car manquant de stabilité (ils sont mieux adaptés à l’enluminure).

Bien sûr, on ne trouve pas forcément tout et, pour certaines couleurs, on recourt à des pigments de synthèse (vermillon, outremer… ). Certains procédés de fabrication sont connus depuis l’Antiquité (bleu égyptien… ). Quelques-uns sont toxiques, ou produisent des réactions chimiques : il convient de les utiliser avec parcimonie et prudence (les cadmiums par exemple).

J’ai travaillé particulièrement sur les pigments bleus et cela a donné lieu à trois années d’émissions puis à la publication de l’ouvrage Bleu, intensément. Vous pouvez retrouver sur ce site de nombreux articles à ce sujet. Encore une fois, c’est ma passion et je suis intarissable sur le sujet !

Terminons avec ces mots écrits en 2005 dans Un moineau dans la poche (p. 101)OLYMPUS DIGITAL CAMERA

« Les pigments, venus des quatre coins du monde, sont broyés finement. Les étiquettes sur les bocaux, l’infinie nuance des couleurs de terre sont autant de voyages et chaque couleur joue sa partition : terre de sienne naturelle, vert brentonico, rouge de Venise et rouge ercolano, cinabre de Chine, lapis-lazuli, limonite de Chypre, ocre jaune ou ocre rouge du Roussillon, oxyde rouge de Madras… Parfois, le voyage est long et imprévu : j’ai reçu en cadeau de petites bouteilles de pigment dénichées dans une arrière-boutique tenue par un vieux pope, à Athènes. J’ai été émue par les cheminements qui avaient conduit à cette improbable trouvaille, au fil des recommandations, d’une boutique à l’autre, à travers les ruelles d’un quartier populaire. Très fière, j’ai montré un jour ma trouvaille à un ami grec, qui a déchiffré une petite mention sur l’étiquette : les pigments étaient fabriqués par une grosse entreprise allemande ! J’achète maintenant la plupart de mes pigments dans le Roussillon où nous avons la chance d’avoir de magnifiques carrières. Nous nous y sommes promenés aussi, longtemps, dans une lumière accrue par les dénivelés et l’ocre de la terre. Les enfants ont joué à escalader en riant les versants abrupts et à dévaler dans la poussière. Ils se croyaient au Colorado (c’est d’ailleurs le surnom du lieu !). Leurs vêtements ont gardé longtemps la trace de ces couleurs. Les pigments mélangés au creux de ma main, ou dans le petit godet de céramique résonnent parfois de leurs rires. » p. 101

Article du 13 avril 2020

 


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Une visite de mon atelier (4)

Continuons la visite avec ma collection de crayons et de pinceaux. J’ai déjà rédigé plusieurs articles sur le sujet : un article sur la fabrication des crayons autrefois à retrouver ici et un autre sur la fabrication des pinceaux  ici.

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Pour faire son dessin à partir du modèle choisi, nous travaillons tout simplement au crayon, en faisant très peu d’ombres. Tout l’enjeu du dessin réside dans la recherche de lignes les plus pures possibles qui délimitent des zones. Celle-ci seront plus tard recouvertes de couleurs sombres, avant de les éclairer progressivement, dans la quête de la lumière qui caractérise le cheminement de l’icône. Le choix des crayons est tout à fait classique : le « HB », moyen, nous accompagne pour l’essentiel du travail ; les différentes catégories de « H » permettent les traits bien secs ; les « B », plus gras, interviennent dans un second temps, rendant la ligne vivante par le jeu des pleins et déliés : c’est un autre sujet !

Un des défis de notre travail consiste à utiliser le moins possible la gomme : imaginons ne pas effacer une erreur, mais s’y appuyer pour évoluer et progresser… Cela impose de proposer, avant d’affirmer (ou de réfléchir avant de parler ?) : un trait léger au début, juste des contours effleurés, et peu à peu, advient la ligne, sobre et précise.

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Le petit matériel est disposé sur un présentoir offert par ma fille Élodie et réalisé par Morgane, jeune femme aux mains d’or. Quant à la tasse à droite, elle me vient d’Isa. J’aime bien réunir aussi sur ma table des objets beaux et signifiants.

Arrive la délicate question des pinceaux. Oui, nous évoluons, tout comme notre travail ! Au tout début de ma découverte de l’icône, je ne m’étais même pas demandé ce qu’il pouvait en être de la souffrance d’un joli petit écureuil dont les poils de queue sont utilisés pour réaliser mes plus beaux pinceaux. J’avoue qu’aujourd’hui, cela me perturbe. Pour l’instant, je n’ai pas trouvé d’autre solution que de les soigner avec beaucoup d’attention pour prolonger leur vie le plus longtemps possible et ne pas avoir à les changer trop souvent. Et pourtant, ils s’usent si vite !

Nous utilisons trois sortes de pinceaux. Le pinceau en martre, très nerveux, nous sert à dessiner les lignes et permet de magnifiques « pleins et déliés ».  Le petit gris, plus doux, permet de couvrir les surfaces. Quant aux pinceaux synthétiques, ils viennent à notre secours pour poser les vernis, les laques, enlever les surplus ou corriger les erreurs.

Article du 7 avril 2020


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Une visite de mon atelier (3)

Continuons la visite de mon atelier en examinant chacun des objets posés sur mon bureau. J’ai consacré le dernier article au choix des modèles. Une fois le modèle sélectionné et bien compris, admiré, chacun refait un dessin en respectant certaines règles de construction et de symbolique immuables. Ainsi, le modèle suit sa route et prend son empreinte personnelle, s’habillant d’imperceptibles penchants (1). Quand le dessin nous semble satisfaisant, nous le décalquons afin de disposer d’un support stable, en vue des opérations successives qui suivront. Cette pratique, contrairement à ce qu’on peut imaginer, est très ancienne.

On peut relire ces articles sur le calque ici et  (les méthodes ancestrales pour fabriquer le calque).

On passera ensuite à l’arrière du calque un pigment ocre rouge selon d’autres méthodes ancestrales, la sinopia ou le poncif,  décrits ici.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAJe profite de cette courte visite d’aujourd’hui pour vous présenter quelques petits objets indispensables, qui restent toujours à portée de main.

– un « pont », c’est-à-dire un support en bois qui permet de peindre au-dessus de nos surfaces longues à sécher, surtout quand on travaille comme on le fait dans mon atelier à « la goutte », donc à plat. Celui-ci a été réalisé par Claude, un ancien élève de l’atelier d’icônes passionné par la marqueterie. On peut tout à fait en fabriquer de rudimentaires qui font très bien l’affaire.

– le poinçon qui sert à repasser les contours établis sur le calque ou à graver les contours des surfaces qui recevront l’or.

– un petit couteau pour racler tous les débordements (or, surépaisseur de pigment…) , réalisé spécialement par Jean-Marc « de Tahiti ».

– la spatule qui sert à bien écraser les pigments qui sont livrés en poudre, puis mélangés à la préparation à base de jaune d’œuf.

– des petites coupelles en verre réalisées par mon amie Isabelle Baeckeroot 

Cet article s’insère dans une petite série intitulée « une visite de mon atelier » :
– 1. la lumière
– 2. le choix du modèle

(1) j’ai toujours été troublée de constater, lorsque j’animais des stages de débutants, de voir qu’en s’inspirant du même modèle, les mêmes consignes, les mêmes corrections… chacun donnait à son travail, bien involontairement, un caractère personnel (le secret de nos âmes).

Article du 3 avril 2020