Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Le bleu de vivianite

pigment bleu vivianite

Je connais beaucoup d’iconographes (et de peintres) qui sont, comme moi, atteints d’une sorte d’addiction : le besoin irrépressible de collectionner les pigments ! Dès que je découvre l’existence d’une couleur dont je ne dispose pas, je cherche à me la procurer. Pourtant, je collectionne plus de 200 fioles de pigments et il me faudrait plusieurs vies pour les épuiser ! Cette fois, je cherchais à remplacer un pigment déniché lors de je ne sais plus quel voyage et dont j’avais épuisé la réserve, quand j’ai entendu parler de la vivianite.

La vivianite est un minéral décrit pour la première fois au début du XIXe siècle par un certain John Henry Vivian, propriétaire de mines de cuivre dans les Cornouailles : il a donné son nom, en toute modestie, à ces jolis cristaux bleus !

Ce minéral, classé dans la catégorie des « phosphates de fer d’origine secondaire », présente des nuances qui oscillent entre le gris, le bleu foncé et le bleu-vert. Il se forme par la modification de dépôts de minerai de fer proches de la surface, ou à partir de phosphates. Des cristaux de vivianite peuvent être observés dans des coquillages fossiles, comme les bivalves ou les gastropodes. Ses lames cristallines très fines sont presque transparentes. 

La vivianite n’est pas utilisée en joaillerie, car elle est trop fragile. Sous terre, elle est transparente et s’oxyde à l’air en prenant ses belles nuances.

Elle est utilisée en lithothérapie comme pierre de guérison : on dit que sa transparence favorise la force vitale et soutient le chakra du coeur.

On trouve ce minerai en Ukraine, Namibie, Cameron, Angleterre, Colorado ou Japon. Mon échantillon provient de Russie.  Je le trouve plus gris que bleu. Je l’ai ajouté à mon nuancier, mais ne peux encore rien dire sur ses qualités, à l’usage. Ce sera plus tard l’objet d’une suite à cet article. Pour l’instant, je le dédie à mon amie Viviane…

Article du 30 juin 2020


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Lire dans le bleu du ciel…

La couleur bleue du ciel résulte de la diffusion de la lumière solaire par l’atmosphère. Si celle-ci n’existait pas, la voûte céleste serait noire et les étoiles visibles en plein jour.

En juillet 2013, Malbaie, Charlevoix

La lumière du soleil contient toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Elle voyage sous forme d’ondes d’une longueur spécifique à chacune. 

La lumière se déplace en ligne droite jusqu’à ce qu’un obstacle la renvoie dans une autre direction. Ainsi, les rayons solaires entrent dans l’atmosphère et rencontrent les molécules d’air, les gouttes d’eau et la poussière… Les molécules d’air ont la dimension idéale pour diffuser le violet, l’indigo bleu ou le vert alors qu’elles limitent la propagation du rouge. Plus il y a de gouttes d’eau et de poussière, plus la diffusion favorise le vert et le jaune, donnant une nuance plus claire au bleu. 

Le mélange de ces tonalités farde le ciel d’infinies nuances bleues qui colorent nos songes et les palettes des peintres. 

Les tonalités de bleu varient aussi selon les saisons et les conditions météorologiques. Le bleu, plus intense dans les hautes pressions du printemps et de l’automne, s’affaiblit le reste de l’année. 

L’intensité de la couleur bleue s’accroît en fonction de l’altitude ; l’absence de poussière et de gouttes d’eau permet à la radiation bleue de se renforcer comme c’est le cas en haute montagne, procurant cette plénitude particulière.

Dans les plaines, le bleu foncé, lié à une bonne visibilité, indique un temps instable. Un bleu moyen, clair ou lumineux, laisse présager la persistance du beau temps. Un passage graduel du bleu au blanc ou gris, lié à de la brume, annonce un changement de temps. On pourrait apprendre à lire dans le bleu du ciel ! 

Cet article a été l’objet d’une émission sur RCF Isère le 30 avril 2012 ; il constitue le chapitre 35 du livre, Bleu intensément .

Article du 26 juin 2020


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La Légende dorée

La Légende dorée (Legenda aurea) est un ouvrage rédigé en latin entre 1261 et 1266 par Jacques de Voragine.

Né en 1230 à Varaggio, près de Gênes, d’où son nom de Jacobus de Varagine probablement transformé en Voragine suite à l’erreur d’un copiste. Jacques entre dans l’ordre dominicain en 1244. Prédicateur et écrivain, il est élu évêque de Gênes en 1292. Il meurt en 1298.

Dans son œuvre majeure, La Légende dorée, il raconte la vie de saints et de martyrs au fil de l’année liturgique ainsi que certains événements de la vie du Christ et de la Vierge (surtout ceux qui sont associés aux grandes fêtes religieuses).

Ces écrits dessinent une sorte de mythologie chrétienne édifiante, qui associe des croyances païennes à des textes de la littérature religieuse médiévale : les évangiles apocryphes de Jacques et de Nicomède, le Speculum historiale de Vincent de Beauvais, les œuvres de Grégoire de Tours, saint Augustin, saint Jérôme, Jean Cassien ou saint Jean Chrysostome. La Légende dorée se rattache donc plutôt à une tradition occidentale, mais influencée par les auteurs orientaux.

Les écrits de Jacques de Voragine et de Vincent de Beauvais ont largement inspiré les artistes des siècles suivants comme Giotto, Simone Martini, Fra Angelico, Jan Van Eyck, Piero de la Francesca. Les icônes, les enluminures et les bas-reliefs des cathédrales s’y réfèrent également. Unes des scènes très célèbre décrite dans La Légende dorée est la Rencontre de Anne et Joachim à la Porte Dorée, sujet d’un sublime tableau de Giotto et décliné dans de nombreuses icônes.

Initialement intitulée Legenda sanctorum alias Lombardica hystoria, ce qui signifie « Ce qui doit être lu des saints ou histoire de la Lombardie », cette œuvre est rapidement appelée Legenda aurea car son contenu, d’une grande valeur, est dit aussi précieux que l’or. On peut aussi interpréter l’ouvrage d’avantage comme un texte légendaire (et pas comme un texte historique) contenant sa part de vérité.

L’ouvrage connaît, dès sa création, un succès considérable. La Légende dorée fournit ainsi une collection de modèles de vie exemplaires, utiles pour émailler les prédications, des récits édifiants et hauts en couleur qui ont pour vocation d’exalter la foi. Le thème récurrent est le combat que mène Dieu contre les esprits du Mal et le courage des martyrs. On y découvre le récit de vies et de morts exemplaires, des paroles de feu et d’or et des miracles étonnants.

Le plus ancien manuscrit conservé date de 1282 et se trouve aujourd’hui à la Bayerische Staatsbibliothek de Munich.

Très rapidement, La Légende dorée devient une des œuvres les plus lues, les plus copiées, avec surtout aux XIVe et XVe siècles, des rajouts destinés à enjoliver encore le texte. On estime qu’il existe plus de 1 000 manuscrits, du plus simple au plus enluminé. L’invention de l’imprimerie accroît encore sa diffusion. La Légende dorée est le premier ouvrage imprimé en français, en 1476 à Lyon.

La popularité de La Légende dorée se mesure aussi par le nombre impressionnant de traductions dont elle a été l’objet. J’utilise une traduction du latin par Teodor de Wyzewa (1863-1917).

L’ouvrage est très pratique à consulter : il est divisé en 179 chapitres, organisés selon l’ordre du calendrier liturgique occidental. Il commence quatre semaines avant la Nativité (l’Avent). Le chapitre le plus long est consacré, comme il se doit, à saint Dominique.

Une table des matières, avec les noms des saints et des lieux cités classés par ordre alphabétique, permet de retrouver facilement le personnages ou les scènes racontées dans l’ouvrage. C’est ainsi que je m’en suis inspirée pour de nombreuses recherches et découvert La Légende dorée de la vie de sainte Cécile de Rome, saint Christophe, saint Cyriaque et de nombreux autres…


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Saint Michel archistratège

J’avais déjà présenté l’archange Michel dans un article précédent ici

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Icône sur tilleul, 22 x 26 cm, avec du tapis-lazuli d’Afghanistan pour le ciel, feuille d’or et vert malachite.

Saint Michel est parfois décrit comme l’archistatège, c’est-à-dire le chef des armées célestes, l’ange de lumière qui garde le monde en s’opposant aux forces maléfiques.

Cette représentation s’inspire du récit de l’Apocalypse, dans un épisode (Ap, 12, 7-9) où Michel combat à la tête des milices célestes contre le dragon : « Il y eut alors un combat dans le ciel : Michaël et ses anges combattirent contre le dragon. Et le dragon lui aussi combattait avec ses anges, mais il n’eut pas le dessus : il ne se trouva plus de place pour eux dans le ciel. Il fut précipité le grand dragon, l’antique serpent, celui qu’on nomme Diable et Satan, le séducteur du monde entier. »

Dans cette représentation, saint Michel est représenté à cheval, ailé, dans des tonalités de feu. Il porte une armure dorée et une cape rouge vif. Il tient dans la main gauche le Livre et la trompette du Jugement. Dans la main droite, il tient une lance qui se termine par une croix, et parfois aussi un encensoir. Un arc-en-ciel est posé entre ses deux mains, tantôt de toutes les couleurs, tantôt blanc, signe de l’alliance avec Dieu.

Sous les pattes de l’ardent cheval, bouillonnent les eaux sombres du mal.

Selon La Légende dorée de Jacques de Voragine, chaque fois que Dieu souhaite imposer un grand acte de résistance, il charge l’Archange saint Michel de le représenter. Il ajoute : « c’est lui qui, dans l’armée des anges, porte la bannière du Christ » .

On retiendra surtout la force de cette symbolique : la lutte victorieuse contre les forces destructrices, lutte qui exige une grande détermination et une « armure » pour se protéger. En termes psychologiques, on pourrait dire qu’il y a parfois besoin de se faire aider, confronté aux situations dévastatrices. Être victorieux revient à ne pas se laisser entraîner vers le bas, à résister à la noirceur et aux eaux tumultueuses de l’obscurité…

Une iconographie particulière de saint Michel le montre sauvant l’église de Chonae (l’ancienne Colosses, en Phrygie). Ce sera le sujet d’une autre icône, plus tard !

Article du 12 juin 2020