Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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« Fleur bleue »

Il aura suffi que je découvre chez mon amie Annie une fleur d’un bleu intense, pour que me vienne l’envie de publier cet article resté en attente. Comme le dit Colette (article à suivre) : « Le Créateur de toutes choses s’est montré un peu regardant quand il a distribué chez nous les fleurs bleues ».  Chacune, avec son histoire et sa gamme de tonalités, suscite une émotion ou évoque quelque souvenir.

Delphinium sur « La larm e» d’Annie, à Balbins 38 (Pois de senteur au premier plan)

Dans le langage des fleurs, le bleu pâle exprime la tendresse et l’innocence. Il faut remonter au début du XIXe siècle et au jeune écrivain allemand, Novalis, pour trouver l’origine de l’expression « fleur bleue ». Dans un roman inachevé, il évoque la légende d’un trouvère médiéval qui, parti à la recherche d’un idéal, découvrit la fleur bleue, symbole de la poésie. On parle de « la fleur bleue du romantisme ».

En traversant le Rhin, la fleur bleue change de sens ; elle abandonne le registre de la poésie pour être associée à une sentimentalité mêlée de naïveté. Le bleu peut aussi évoquer la jeunesse, car un « bleu » désigne un débutant, un novice. 

Bien qu’assez rares, les fleurs bleues existent dans la nature. Citons la glycine, le lin, l’iris, le glaïeul, la pervenche et le pétunia, la lavande, le lilas, le bleuet, la fleur de sauge et de bourrache, le myosotis, le muscari, le lupin, le géranium de l’Himalaya… ou le delphinium. L’hortensia, lui, tire sa couleur caractéristique des sols d’ardoise. Quant à la vigne vierge à fruits bleus, plante grimpante ligneuse originaire de Chine, elle est cultivée comme plante ornementale pour ses raisins aux couleurs remarquables allant du mauve au bleu turquoise.

On trouve également des fruits bleus comme celui du genévrier commun utilisé en condiment, la mûre, la myrtille, l’orcette ou myrtille des marais, certaines airelles, la prune, le pruneau et la prunelle. 

Le bleuet, sorte d’airelle à feuilles étroites, est une myrtille arbustive de grande taille qui pousse au Canada, en particulier dans la région du lac Saint-Jean. Les anthocyanosides lui donnent sa couleur bleu foncé caractéristique. Ce petit fruit serait une des vedettes montantes de l’alimentation thérapeutique, un puissant antioxydant réputé pour son action sur la mémoire, la vision et la fatigue oculaire. 

Pour moi, ces fruits évoquent la cueillette des baies bleues cachées sous le tapis moussu dans la lumière rasante des pays du Nord. Une barque passe, et le clapotis des rames chante avec le silence. 

Cet article a été l’objet d’une émission sur RCF Isère le 16 janvier 2012 ; il constitue le chapitre 21 du livre, Bleu intensément et été mis à jour le 11 juillet 2020.


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L’abbaye de Léoncel

Ce fut une belle surprise de nous retrouver à Léoncel. Une demande de coup de main venant d’une amie chère, et nous voilà partis à la découverte de ce lieu tout près de chez nous, mais que nous avions pourtant jusqu’alors négligé.

Léoncel est un tout petit village du Royans (on dit qu’il y a « plus de vaches que d’habitants ») mais qui recèle une abbaye cistercienne à l’histoire très ancienne.

Venus de l’abbaye de Bonnevaux, douze moines cisterciens se sont installés dès 1137 dans ce lieu de calme propice à la contemplation, à la limite entre le diocèse de Valence et celui de Die. La construction de l’abbatiale, commencée en 1150, s’est achevée un siècle plus tard. Pendant six siècles, l’abbaye a rayonné autant sur le Royans, que sur la vallée de la Gervanne, plus au sud.

L’abbaye connaît son apogée autour de XIIIe siècle, époque où elle contrôlait plus de 10 000 hectares de terres, exploitées par des paysans ou des frères convers. Elle vécut ensuite une période troublée, au cours de laquelle les moines furent obligés de se réfugier dans la plaine jusqu’au milieu du XVe siècle.

La période des guerres de religions fut fatale à l’abbaye qui continua à décliner jusqu’à être vendue comme bien national en 1790.

Il reste de cette gloire passée une abbatiale de style roman, consacrée depuis 1188, à l’allure un peu austère, mais qui semble convenir parfaitement aux oiseaux. Ils y font volontiers leur nid et piaillent au gré des offices, voletant d’un chapiteau au décor végétal à l’autre.

Quelques offices sont animés par une religieuse. C’est une belle destination de promenade, un lieu de calme. Des stages et retraites y sont organisés régulièrement (voir ici) et parfois des stages d’iconographie (dont l’un d’entre eux, animé par Marie-Noëlle de Mosaiciel a été le prétexte à notre visite).

Tout l’été, vous pourrez également y admirer une exposition des calligraphies iconographiques d’Igor Sokorsky (j’en reparlerai probablement) dans une atmosphère de calme et de fraîcheur (Léoncel est situé presque à 1000 mètres d’altitude et c’est parfait pour les périodes de canicule !).