Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

« Pour un herbier »

1 commentaire

Les hortensias bretons m’ont donné envie de publier cet article inspiré d’un texte de Colette. En 1947, l’éditeur suisse Mermod lui avait proposé de lui envoyer régulièrement un bouquet de fleurs aux couleurs variées. Colette, en contrepartie, devait s’engager à en faire le « portrait ». Ainsi, un an plus tard naquit un petit recueil, une des œuvres ultimes de Colette, intitulé Pour un herbier (1). Il regroupe vingt-deux textes, autant d’évocations, de délicieuses divagations poétiques tout au long desquelles Colette nous parle des fleurs bleues dans son langage si caractéristique. « À part le grand aconit, une scille, un lupin, une nigelle, la véronique petit-chêne, le lobelia, et le convolvulus qui triomphe de tous les bleus, le Créateur de toutes choses s’est montré un peu regardant quand il a distribué chez nous les fleurs bleues. On sait que je ne triche pas avec le bleu, mais je ne veux pas qu’il m’abuse. Le muscari n’est pas plus bleu que n’est bleue la prune de Monsieur… Le myosotis ? Il ne se gêne pas pour s’incliner à mesure qu’il fleurit vers le rose. L’iris ? Peuh… Son bleu ne se hausse guère qu’à un très joli mauve […] Il passe pour bleu, grâce à l’unanimité d’une foule de personnes qui n’entendent rien à la couleur bleue. 

« Il y a des connaisseurs de bleu comme il y a des amateurs de crus. Quinze étés consécutifs à Saint- Tropez ne me furent pas seulement une cure d’azur, mais une étude aussi, qui ne se bornait pas à la contemplation du ciel provençal et négligeait parfois la Méditerranée. Je n’allais pas mendier le bleu aux clairs lits de sable fin où la vague se repose, sachant bien qu’à peine né de l’aurore, le bleu de la mer serait mordu cruellement par le vert insidieux qui éteint au ciel la dernière étoile, et que chaque point cardinal, quittant le bleu instable, choisit sa couleur céleste […] 

« Nous attendions qu’une petite aile de poussière voletante aux coudes de la route, une frisure blanche à la lèvre du golfe marquassent la résurrection de tous les bleus. Une couleur de dur lapis, rendue à la mer, bondissait réverbérée sous la tonnelle, et chacun des gobelets de verre berçait un dé de glace soudain teinté de saphir. 

« Au-dessus des Alpes encore dorées, une pelote orageuse, bleue comme un ramier, touchait les cimes. Dans peu d’heures, la pleine lune cheminerait parmi la neige d’étoiles, et jusqu’à l’aube les blancs lys des sables, qui se ferment pendant le jour, seraient bleus. » 

1. COLETTE, Pour un herbier, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2001. 

Cet article a été l’objet d’une émission sur RCF Isère le 23 janvier 2012 ; il constitue le chapitre 22 du livre, Bleu intensément et a été mis à jour le 5 août 2020.

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

Une réflexion sur “« Pour un herbier »

  1. magnifique ce texte de Colette ! merci de nous le faire découvrir
    et les photos aussi sont tres belles

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