Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Le bleu dans l’enluminure

Poster un commentaire

Le bleu est une couleur longtemps absente de l’enluminure. À partir du XIIe siècle, la couleur bleue se fraye une place dans la sensibilité et dans l’art. Symbole de loyauté, de courage et de fidélité, le bleu s’exprime pleinement dans les manuscrits du XIIIe siècle. Comme si cette couleur avait eu besoin de temps pour mûrir et s’épanouir… 

pigments bleus

Au départ, pour fabriquer du bleu, les peintres élaborent des recettes simples à base de jus de végétaux, fleurs ou baies. Plus d’une vingtaine de familles de plantes sont sources de bleu. Les pétales de pois sauvages, d’iris et de bleuets, les baies de cassis et myrtilles… sont écrasés, séchés, retrempés et associés à des onguents, de la gomme ou de l’alun. 

Les coloris offrent une infinie variété : les sucs de violette développent un azur sourd, les fruits de l’héliotrope donnent le bleu de tournesol. Mais ces plantes produisent des couleurs instables aux nuances liées à l’acidité ou à l’alcalinité des solutions de préparation. 

Un certain Pierre de Saint-Omer (1), au XIVe siècle, explique comment procéder à la fabrication des matières colorantes bleutées : « Prendre des fleurs bleues, les broyer, les presser et les filtrer. On utilise la sauce sur fond blanc de céruse pour peindre sur parchemin, en appliquant plusieurs fois la couleur, jusqu’à ce que le bleu désiré soit. » Mais l’auteur reste évasif quant aux plantes à récolter. Bien souvent, les bleus végétaux déçoivent avec leurs teintes fugaces et instables. Pour l’enlumineur, il vaut mieux laisser la couleur bleue à sa place, dans la nature, s’en émerveiller en regardant le ciel, les champs de bleuets, la légèreté du myosotis et de la campanule, la délicatesse de la violette blottie dans le sous-bois. Puis goûter aux fruits bleus, aux myrtilles et aux mûres qui colorient la bouche d’une teinte étrange. Et préférer, pour la peinture, une couleur végétale stable comme le pastel ou l’indigo, ou mieux encore, choisir pour sa palette un bleu d’origine minérale ! 

1. J’ai trouvé diverses citations qui lui sont attribuées, mais pas de bibliographie explicite. Si quelqu’un connaît cet auteur, j’apprécierai d’en savoir plus !

Cet article a été l’objet d’une émission sur RCF Isère le 30 janvier 2012 ; il constitue le chapitre 23 du livre, Bleu intensément et a été mis à jour le 7 août 2020.

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s