Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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La Croix de San-Damiano

L’original de la Croix de San Damiano se trouve à Assise. La tradition dit que, vers 1205, alors que François priait devant l’icône, il entendit une voix venant du crucifix. Voilà comment nous le raconte la Légende dorée p. 561 et 562 (voir article ici) :

« Un jour qu’il était entré, pour prier, dans l’église de Saint-Damien, l’image du Christ lui parla miraculeusement et lui dit : « François, va réparer ma maison, car, comme tu le vois, elle tombe en ruine ! » et, dès ce moment, son âme se fondit de tendresse, et la compagnie du Christ se grava dans son coeur. »

L’icône date de la fin du XIIème siècle, ce qui est très intéressant pour les iconographes, car à cette période, l’art occidental et l’art byzantin répondent encore à peu près aux mêmes critères. Il est fort possible d’ailleurs que la réalisation ait été influencée par la présence de moines syriens présents à l’époque dans la région, ou même que l’artiste ait été l’un d’entre eux. Aux siècles suivants, les représentations vont évoluer (voir l’évolution de l’œuvre de Cimabue : ceux qui me connaissent savent que c’est un de mes sujets favoris). Au fil du temps, de l’évolution de la sensibilité artistique et théologique, le Christ en croix occidental va devenir un défunt et fermer les yeux, son corps deviendra celui d’un supplicié, la couronne d’épines et le sang apparaîtront ; la tonalité verdâtre, évoquant un corps sans vie, se renforcera. Bref, l’accent sera mis sur la souffrance que le Christ partage avec l’humanité. Au contraire, dans l’art médiéval occidental, tout comme dans l’art byzantin et l’iconographie, le Christ est représenté glorieux, transfiguré, exagérément grand par rapport aux autres personnages, les yeux grand ouverts tournés vers nous. Tout au plus, on devine de discrets stigmates. L’accent est mis délibérément sur la Résurrection. C’est une différence fondamentale dont témoigne parfaitement ce « Christ de San Damiano ».

L’oeuvre, spécialement vénérée par les soeurs clarisses qui depuis 1257 ont veillé sur elle, se trouve aujourd’hui dans la basilique Sainte-Claire d’Assise. 

L’icône est peinte sur un panneau de bois de noyer entoilé d’une épaisseur de 12 cm. Il est probable qu’il ait été destiné à être accroché au-dessus de l’autel de la chapelle Saint-Damien. Des scènes figurent autour du Christ ; on y voit aussi des anges, et dans une sorte de mandorle, la main du Père esquissant un geste de bénédiction. Sur les côtés, on trouve Marie et saint Jean à gauche ; Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques et le centurion à droite. Des personnages plus petits figurent plus bas : les soldats témoins de la crucifixion et, au pied de la croix, en très petit format, divers saint patrons de l’Ombrie.

Bien sûr, pour réaliser cette petite icône d’à peine 25 cm (l’original fait 190 cm) j’ai dû beaucoup simplifier. Elle s’inspire seulement de l’original, le Christ de San Damiano, s’appuie sur le modèle, comme c’est souvent le cas pour l’icône, tout en « volant de ses propres ailes » !

Croix de San-Damiano, 18 x 25 cm, icône sur tilleul, 2020


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Saint Irénée, « se tenir debout »

saint Irénée, icône sur planche de tilleul creusée, 13,5 x 25 cm, 2020

J’ai été vraiment heureuse de travailler sur cette icône qui accompagnera un petit garçon né à la fin du printemps. Il porte le joli prénom d’« Irénée », ce qui signifie « pacifique, porteur de paix ». Il faut dire que saint Irénée a écrit cette phrase fondamentale : « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant » (on trouve aussi « l’homme debout »). Pour moi, cette phrase résume l’essentiel de la dynamique du christianisme. Elle est « la » question à se poser dans tout choix de vie : « cette situation me rend-elle plus vivant(e), et ainsi fidèle à ma dimension de Lumière ? ». La posture de la verticalité est à la base de la construction de la plupart des icônes : se tourner vers la lumière, se tenir debout (1), retrouver notre verticalité (relire l’article sur l’icône de l’Anastasis pour mieux comprendre). 

Qui est ce personnage ? Irénée est né à Smyrne (Turquie) autour de l’an 130. Sa culture est grecque, tout comme sa langue maternelle. Il donne dans ses œuvres des informations qui permettent de connaître quelques bribes de sa vie.

Il est un successeur assez direct des apôtres puisqu’il suit l’enseignement de Polycarpe de Smyrne, lui même disciple de saint Jean. Ainsi, Irénée écrit : « Son enseignement, ce n’est pas sur le papier que je l’ai gardé, mais dans mon cœur, vu que ce que nous apprenons dans l’enfance devient partie de nous-mêmes (…) Je pourrais encore décrire mon vieux maître ; je le vois toujours entrer, s’assoir, sortir ; je me rappelle ses sermons, sur tout ce qu’il disait avoir appris de Jean et de ceux qui, comme lui, avaient connu le Seigneur ».

Irénée arrive en Gaule vers 175. D’abord simple pasteur, il succède à Pothin victime de la persécution de Marc-Aurèle en 177. Il devient ainsi le deuxième évêque de Lyon. Fort de l’enseignement de son maître, il écrit pour défendre la foi des premiers apôtres. Il manie la philosophie, réfléchit sur la vérité et consacre une grand énergie à maintenir la paix des églises.

Il s’adresse en particulier aux gnostiques qui ont une interprétation très ésotérique de la foi. Saint Irénée étudie très minutieusement leur doctrine, enquête, interroge, lit. Armé par cette connaissance profonde et avec beaucoup de respect, il rédige un important traité : « Contre les hérésies » (Adversus hæreses).

En même temps, il intervient auprès de l’évêque de Rome pour l’empêcher d’exclure de la communion de l’Église les communautés qui fêtent Pâques à une autre date que celle choisie par l’Église romaine.

Irénée est décrit comme un homme de bonté et de tolérance. L’intelligence, le respect et le sens de la Tradition apostolique resplendissent dans ses œuvres.

Il meurt à Lyon vers l’an 202 ; certaines sources disent qu’il est mort martyr, mais on n’en est pas très sûr.

Il est un des Pères de l’Église, fêté le 28 juin dans l’Église catholique et le 23 août chez les orthodoxes.

(1) et là, je pense irrésistiblement aux mots d’une chanson de Fred Pellerin qui serait fort étonné de se voir côtoyer saint Irénée : « J’apprends à me tenir debout ».

Article du 8 septembre 2020