Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Notre Dame de la Merci

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Notre Dame de la Merci, 15 x 25 cm sur tilleul, 2020, le fond (de bas en haut) est un dégradé de verdaccio, malachite, lapis-lazuli d’Afghanistan et enfin de bleu turquoise.

J’ai beaucoup réfléchi pour réaliser cette commande pour laquelle n’existait pas de modèle d’icône (en tous cas, je n’en ai pas trouvé). J’ai essayé de garder le caractère des représentations existantes, tout en cherchant à réaliser une véritable icône. C’est ainsi que j’ai remplacé le petit nuage sur lequel elle se trouve parfois par ce coussin pourpre caractéristique de l’art byzantin. J’ai aussi insisté sur la manteau très ouvert comme ces Vierge au manteau et une posture des mains qui insiste sur le charisme de l’ordre Notre-Dame-de-la-Merci : une Vierge qui accueille dans son manteau et sous sa protection tous les enchaînés du monde. J’ai aimé vraiment, conduisant mes recherches, trouver ce poème de Marie Noël datant de 1930 et dont je vous livre un extrait en fin d’article.

Les origines de l’ordre de Notre-Dame-de-la-Merci remontent au début du XIIe siècle, au moment où un riche drapier, Pierre Nolasque, revend ses biens pour racheter des chrétiens captifs des pirates. Selon la tradition, dans la nuit du 1er août 1218, la Vierge Marie lui apparaît pour l’encourager à fonder l’ordre de Notre Dame de la Merci. À l’époque, le rachat des captifs est accompagné d’opérations militaires et l’ordre devient militaire. Appelé les « mercédaires », il est reconnu dès 1235 par le pape.

Une trentaine d’années plus tard, naît la branche féminine de l’ordre. Les religieuses prenaient alors en charge les captifs rapatriés, afin de leur procurer une vie digne.

À partir de 1317, l’ordre de la Merci perd son caractère militaire : il est assimilé en 1690 à un ordre mendiant.

Les mercédaires obéissent à la Règle de saint Augustin. Ils prononcent les trois vœux traditionnels de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Ils y ajoutent un vœu emblématique de leur mission particulière : être prêts à se livrer en otage si c’est le seul moyen de libérer les captifs. Ils se livrent à ce « marché » – c’est le sens étymologique du latin mercedem – jusqu’à ce que disparaisse la piraterie. Beaucoup de membres de l’ordre furent torturés, parfois tués, dans la recherche de leur objectif.

L’ordre est progressivement devenu missionnaire et caritatif et les mercédaires jouèrent un rôle important dans l’évangélisation de l’Amérique du sud.

Plus tard, l’ordre s’est spiritualisé et a élargi son charisme, gardant toutefois le sens de « rachat » pour se libérer de toute chaîne, et de rédemption par la Miséricorde divine.

La dévotion à Notre Dame de la Merci commence en Catalogne, dans toute l’Espagne et dans l’Italie. Quelques siècles après, elle se répand en République dominicaine, au Pérou, en Argentine et dans de nombreux autres pays d’Amérique latine. L’ordre est répandu un peu partout dans le monde mais assez peu en France, où fonctionnent néanmoins de petites structures.

Depuis le XIXe siècle, l’ordre a cherché à réinventer sa vocation en se tournant vers les nouvelles formes de captivité et d’emprisonnement : drogue, prostitution, prison et toute situation oppressante ou dégradante pour la personne humaine. L’ordre a aussi fondé des écoles.

La chanteuse Marie Noël, en 1930, fait paraître les Chants de la Merci largement inspirés de la spiritualité et du charisme de l’ordre. Elle s’adresse par la poésie et la chanson à tous les captifs, et plus largement aux « âmes enchaînées ». Elle décrit ce qu’elle ressent comme sa mission :

« À tous ceux qui très loin sont captifs 
Dans le silence ; aux âmes enchaînées 
Par la longueur des muettes années 
En nul ne sait quels abîmes plaintifs ; 
À ceux dont l’ombre a tant de murs sur elle 
Qu’ils n’ont jamais pu donner de nouvelle 
De leur nuit noire aux gens qui sont dehors ; 
Ceux pleins d’appels dont nulle voix ne sort, 
Dont le secret cherche un mot qui l’emporte ; 
À tous ceux-là – je ne sais pas combien – 
Je viens. Je suis petit oiseau, je viens. 
Je viens, je suis moucheron, un rien frêle. 
Une aile. Et j’ouvre et je donne mon aile 
Pour alléger leur épaule et mon chant 
Pour délivrer mon âme à travers champs.
Je viens. J’ai pris dans leurs fers, à leur place, 
Leur cœur en moi pour m’envoler avec. 
(…)
Quelqu’un viendra. Je l’attendrai dans l’ombre, 
Un frère, un cœur entre les cœurs sans nombre, 
Quelqu’un à moi viendra pour la Merci 
Aider mon âme à se sauver aussi. »

Notre Dame de la Merci est fêtée le 24 septembre.

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

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