Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Le bleu de Laurent de La Hyre

2 Commentaires

Un Grenoblois qui aime le bleu devrait courir au musée de Grenoble et se poser là, pendant des heures, devant les deux tableaux de Laurent de La Hyre.

Peintes en 1656, ces œuvres sont les toutes dernières du peintre, à la fin de sa vie. Elles décrivent avec beaucoup d’émotion et de retenue les premières apparitions de Jésus après la Résurrection : dans la lumière du matin à Marie-Madeleine et dans la chaleur d’une fin de journée aux disciples d’Emmaüs.

Les Disciples d’Emmaüs, Laurent de La Hyre

Il s’agit d’une commande réalisée pour le monastère de la Grande Chartreuse en Isère. Les deux tableaux, conçus comme des pendants, sont exactement de même dimension : la scène des Disciples d’Emmaüs était probablement disposée à côté du Noli me tangere, sur les autels de chapelles voisines. Ils se répondent par les thèmes, les tonalités et surtout le vêtement bleu céleste du Christ décliné selon deux nuances très proches, réalisées à partir d’un mélange de lapis-lazuli et d’indigo. Dans ces scènes, la symbolique du bleu parle d’elle-même. Le bleu habille tout entier le Christ qui n’est « plus de ce monde ». La couleur est clairement utilisée comme une couleur céleste, évoquant l’éloignement du monde, le Christ ressuscité et sa royauté.

Dans les deux tableaux, avec des nuances correspondant aux différentes heures du jour, les autres personnages sont, au contraire, revêtus de couleurs marquant leur humanité, leur présence terrestre : une robe aux teintes vertes et un manteau vermillon pour Marie-Madeleine et les mêmes couleurs dans de nouvelles nuances pour les pèlerins, sur l’autre tableau.

Une couleur céleste est utilisée : le blanc de l’ange sur le premier tableau répond à celui de la nappe sur laquelle est rompu le pain. Quant au ciel, nuageux et changeant, aux couleurs de la vie, il distille une touche de bleu, une touche de gris, une touche de blanc…

Noli me tangere, Laurent de la Hyre

Les nuances subtiles de bleu employées dans ces deux tableaux sont tellement marquantes que l’on a pu parler du bleu de La Hyre. Le titre de notre émission pourrait bien se loger là, dans l’infime nuance entre les deux bleus, un espace minuscule entre deux tonalités, un trouble, une impression indéfinissable.

J’ai beaucoup parlé de Laurent de La Hyre dans le livre Décalage horaire avec en particulier le commentaire du tableau Les Disciples d’Emmaüs et Noli me tangere

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 10 septembre 2012 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant six années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 1er novembre 2020 et figure dans le livre Bleu, intensément, chapitre 44.

Article du 1e novembre 2020

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

2 réflexions sur “Le bleu de Laurent de La Hyre

  1. Je suis particulièrement sensible à cet article. Tout d’abord car il me rappelle nos visites émerveillées de l’atelier d’icône au musée, ensuite ton livre « Décalage horaire » que je feuillette toujours avec plaisir enfin parce que le sujet des tableaux me parle. C’est une femme et pas un homme qui est la première témoin de la résurrection du Christ et puis j’avais lu dans La Croix une interprétation des disciples d’Emaüs qui proposait que ces disciples étaient Cleophas et sa femme Marie-Cléophée, une soeur de Marie.

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