Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

Saint Mamas, prendre soin de toute fragilité

6 Commentaires

Saint Mamas, icône sur bouleau, 11, 5 x 13, 5 cm, 2020

En terminant cette icône, j’ai pensé que la représentation de saint Mamas (on trouve diverses orthographes dont Mammès) est une sorte d’allégorie des voeux que j’aimerais envoyer pour l’année 2021.

Les récits de la vie de saint Mamas sont parfois contradictoires et pas forcément très historiques. Quelle qu’en soit la véracité, le message symbolique de la représentation du jeune saint, chevauchant un lion et tenant au creux de ses bras un agneau, est riche de sens.

Saint Mamas naquit vers 260 en Asie mineure (nord de l’actuelle Turquie). Ses parents étaient chrétiens et furent emprisonnés à cause de leur foi. Mamas vit le jour dans leur cachot. À leur mort, le petit orphelin fut adopté par une pieuse femme cappadocienne appelée Ammiane. En balbutiant, l’enfant appelait sa mère adoptive et on le surnomma « Mamas ».

Les versions de l’histoire divergent ensuite beaucoup.

La première raconte qu’il refusa de payer des impôts aux autorités sous prétexte qu’il habitait une grotte « non imposable ». Il fut appelé par le gouverneur pour s’expliquer. Sur son chemin, il aurait rencontré le fameux lion et soustrait l’agneau à ses griffes. Les soldats furent terrifiés mais le jeune homme aurait alors calmement chevauché le fauve tout en portant l’agneau blotti dans ses bras. Il poursuivit sa route avec, à sa suite, des soldats sidérés. Un tel prodige valut à saint Mamas, à son arrivée en ville, d’être exempté de l’impôt !

Une autre version raconte qu’il vivait dans la montagne, moitié ermite et moitié berger, entouré de biches, de chèvres et de moutons. Il parlait aux bêtes sauvages et les domestiquait. Le gouverneur de Cappadoce envoya les soldats l’arrêter, car il il témoignait trop de sa foi. Mamas leur offrit des fromages de chèvre et de brebis et les bêtes sauvages le protégèrent. On l’accusa alors d’être magicien et à plusieurs reprises il fut torturé, en vain ! On lui envoya même les lions, qui bien entendu le protégèrent au lieu de le dévorer. Il mourut finalement dans une grotte, après un dernier supplice infligé par le gouverneur en personne.

Dans tous les scénarios, il meurt martyr à l’âge de 15 ou 16 ans en l’an 275. La véritable histoire est sûrement un mélange des diverses versions. Quoi qu’il en soit, saint Mamas représente l’humanité protégeant au creux de ses bras et de sa tendresse tout ce qui est faible, fragile, vulnérable, tout en contenant ce qui est violent, destructeur et tumultueux.

On peut lire dans cette représentation une symbolique universelle. En ces temps où la Création est tellement malmenée, il appartient à tous de lutter pour protéger toute vie, « tout ce qui tremble et palpite » (1), ces espèces qui disparaissent, la beauté d’un lac ou d’une forêt, la faiblesse d’un enfant. La tradition chrétienne orientale insiste depuis les origines sur la sacralité du monde et l’interdépendance de l’humanité avec toute vie. La jeunesse actuelle nous montre le chemin, comme le fit saint Mamas en son temps.

On peut lire aussi cette représentation de façon plus psychologique : à chacun d’apprivoiser ses démons, sa violence ou ses forces sauvages pour faire jaillir aux creux de ses bras, au creux de sa vie, douceur, tendresse et délicatesse.

On raconte que les reliques de saint Mamas sont arrivées en France au VIIIe siècle et conservées à Langres.

À Chypre, une quinzaine d’églises lui sont consacrées.

« Avec le bâton pastoral que Dieu t’a donné, ô grand saint martyr,
conduis-nous, nous ton peuple maintenant,
dans de verts et vivifiants pâturages.
Avec la puissance divine 
écrase rapidement les bêtes sauvages invisibles
et place-les sous les pieds de ceux qui te louent avec dévotion,
car dans les dangers nous t’avons tous, toi, Ô Mamas,
notre fervent appui et notre protecteu
r. » (Tropaire)

Sa fête est le 17 août, il est surtout honoré en Orient et spécialement à Chypre dont il est le saint patron. Il est aussi patron des bergers, des orphelins, des enfants allaités et des victimes de la torture. On l’invoque également pour soigner les fractures.

(1) dans C’est beau la vie de Jean Ferrat

Article du 29 décembre 2020

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

6 réflexions sur “Saint Mamas, prendre soin de toute fragilité

  1. Bonsoir,
    Votre travail et votre article sont magnifiques et très inspirants.
    merci beaucoup
    Corinne

    • Merci beaucoup. C’est un grand plaisir de savoir que mon travail trouve un écho et d’avoir des retours. Merci de tout coeur, Elisabeth

      • Mais votre blog surprend par la qualité de son contenu et la profondeur du propos, j’aurais dû vous le dire avant, mais vous savez quelquefois on n’ose pas s’exprimer devant la beauté.
        J’aime beaucoup ce que vous faites et vos articles sont toujours riches et bien documentés!!
        Merci beaucoup
        Corinne

  2. Merci beaucoup Corinne : c’est vrai que sur le blog, les gens font peu de retours et c’est pourtant encourageant et stimulant. Une vraie contribution !

  3. Venir sur ton site et lire comme aujourd’hui l’histoire de saint Mamas, c’est comme faire une « promenade » dans une jolie petite église romane au cœur de l’été…le temps s’arrête… le silence s’installe.. et c’est BON! Merci Elizabeth

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s