Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

L’iconographe, le théologien et l’historien d’art

5 Commentaires

La plupart des personnes qui parlent de l’icône sont théologiens ou historiens d’art. Leur regard est irremplaçable car il permet de situer d’expliquer, de catégoriser, de poser des dates, des analyses et des jalons sur une longue histoire, de donner repères et clés de lecture au public.

Très peu de peintres d’icônes s’expriment au « grand public ». Je compte parmi mes amis des peintres d’icône qui aiment parler de leur travail en toute simplicité : je pense bien sûr à mon amie et sœur de cœur Marie-Noëlle, née au ciel en novembre 2020 et grâce à qui j’ai rencontré Francois Boespflug et Emanuela Fodigliani. Je pense aussi à Virginie, à Laurence, Agnès, Père Antoine etc. Je crois néanmoins que nous sommes peu nombreux. En suivant un cours en ligne (Academy for Christian Art) sur « Le regard du Christ dans l’art », par François Boespflug, je me suis demandé pourquoi.

Face à notre icône, jour après jour nous vivons une expérience spirituelle profonde, transformante, bouleversante. Il n’est pas facile de la partager avec ceux qui n’ont pas expérimenté. Qui peut comprendre l’expérience troublante de la pose du regard sans l’avoir vécue, ou au moins y avoir assisté ? Ce visage posé sur la planche, peu expressif jusqu’alors se met à vivre par la seule grâce de quelques coups de pinceau : poser un peu de brun pour la pupille, puis un peu de blanc léger juste à côté ; cerner de noir intense, ajouter une touche de blanc de titane et une minuscule pointe de rouge dans un coin… et le regard est là, l’icône est présente, embrasante…

La peinture de l’icône est traditionnellement un service d’église ; elle participe à la liturgie et à la prière. Certains pensent que, de ce fait, il n’est pas convenable pour un peintre d’icônes de se dire artiste et de parler de son travail qui doit s’exercer dans la discrétion, le service et l’humilité. Cette attitude est fondée.

Pour d’autres (je ne partage pas ce point de vue), l’icône a quelque chose d’ésotérique et donc qu’on ne livre pas n’importe comment. J’ai rencontré beaucoup de peintres d’icône qui optaient pour cette attitude, recommandant de ne pas dévoiler certains prétendus secrets aux débutants. J’ai été confrontée à cette croyance lors de l’enregistrement d’une émission pour la télévision. Des journalistes sympathiques et curieux, sont venus à l’atelier dans le but de réaliser un reportage. Ils m’ont prévenue tout de suite que le réalisateur souhaitait que j’évoque un point qui passionne le public : « quels sont les secrets des icônes ? » J’ai répondu qu’il n’y avait aucun secret, juste un long apprentissage dans lequel chaque chose vient en son temps ; ils semblaient déçus. Nous avons beaucoup échangé et ils ont réalisé un excellent reportage, en utilisant avec beaucoup de finesse le peu de temps qui leur était imparti. Malheureusement, en visionnant l’émission, je me suis rendu compte qu’ils avaient réussi à placer que je préparais mes enduits « selon une recette ancestrale secrète » ! Quelle ne fut pas ma surprise et une petite déception. Mais je ne leur en n’ai pas voulu car je savais qu’en témoignant sur une chaîne grand public, il faudrait que j’accepte quelques petites entorses à ma pensée : c’était la seule, et pour le reste ils avaient fait preuve d’un grand respect !

Pour d’autres encore, l’icône conduit à la prière, au silence et au recueillement. Elle procure tellement de joie, de stabilité, de rencontre en profondeur et de transformation intérieure que c’est se faire violence de s’en extirper. Je ressens souvent cela et je sais que l’icône a été ma « planche de salut » comme aimait à me le répéter Ludmilla qui m’a initié cette pratique. J’essaye de surmonter cette réserve, car je me dis que quand on découvre une clé au bonheur, la moindre gratitude consiste à accepter de partager. Et puis je me dis que nous avons tous tellement besoin de sens et de beauté que là est ma place dans le monde.

Ma formation théologique à l’institut Saint-Serge, les études de géographie (qui d’une façon ou d’une autre touchent toujours à l’histoire), les voyages, les lectures et la curiosité, m’ont permis de théoriser mon expérience pour la partager tout en espérant rester dans la rigueur.

Évidemment, je ne parle pas exactement du même bout de la lorgnette avec ceux qui regardent l’icône d’un point de vue théorique ou théologique, ni même avec ceux qui ne peignent pas mais prient devant les icônes (c’est aussi un angle très important à envisager considérer, interroger)… Le peintre d’icônes exprime sa foi en images avec un pinceau et des couleurs, car ce langage de l’image lui convient. Ajouter des mots est un peu « contre nature ». En parler, c’est comme « traduire » dans une langue qui n’est pas la sienne ! Reconnaissons qu’il lui manque parfois de recul et de culture historique ! De leur côté, les théoriciens « manquent » aussi quelque chose car ils n’ont pas vécu l’expérience irremplaçable et transformante de la création. Je crois profondément que l’association entre ces deux angles de vue est nécessaire pour permettre une compréhension globale.

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

5 réflexions sur “L’iconographe, le théologien et l’historien d’art

  1. Merci pour cet article passionnant même pour les non initiés. Ce qu’il fait apparaitre, c’est le dialogue suscité par cet art. Quelle que soit son approche la Parole n’est elle pas sans cesse soumise à une « traduction » une « interprétation » ? Théologiens, historiens, peintres, chacun dans ce qu’il offre constitue à enrichir cette lecture de la Parole. Il n’en demeure pas moins que le peintre d’icône pour moi est au plus près d’une incarnation d’un mystère. Ce qui est dit sur la pose du regard comme le sens des matériaux utilisés prend part à une belle mise au monde.

  2. This is a fascinating insight into your approach when painting icons. When I write, I often become immersed in the words and since I have become more and more interested in Nature and my part in Nature, I feel that I’m being carried by its energy.

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