Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes

La symbolique de la couleur orange

2 Commentaires

Pigment orangé trouvé dans une petite boutique de Venise

À propos de l’orangé, Kandinsky (1) écrit : « Le rouge chaud, élevé par l’addition de jaune, auquel il est apparenté, donne l’orangé. Du fait de ce mélange, le mouvement en soi du rouge originel devient un mouvement d’irradiation et d’expansion sur l’entourage. Cependant le rouge, qui joue un grand rôle dans l’orangé, y ajoute une note de sérieux. Il ressemble à un homme sûr de ses forces et donne en conséquence une impression de santé. Il sonne comme une cloche de ton moyen qui appelle à l’Angélus, comme une puissante voix de contralto ou comme un alto jouant largo. »

En Occident, l’orangé, couleur chaude par excellence, est associée, dans sa connotation positive, à la chaleur, la joie, la dynamique. On peut noter que le préfixe de orpiment comme celui de orange est « or ».

La couleur orange, comme toutes les couleurs, porte en elle une symbolique ambivalente. Dans Le Dictionnaire des symboles (2), figure cette remarque : « cette couleur symbolise (…) le point d’équilibre de l’esprit et de la libido (…) ». On retrouve cette notion de « couleur d’équilibriste » que j’avais développée dans le premier article sur l’orangé. Peut-être que, dans la composition de la couleur, le basculement vers le rouge ou vers le jaune est possible à chaque instant, ce qui induit cette caractéristique symbolique : une couleur qui peut passer très rapidement de la connotation positive de joie pure, d’amour divin et éternel, à celle de luxure, d’infidélité, ou de trahison…

Ainsi, dans la Rome antique, l’indissolubilité du mariage était manifestée par la couleur orange. Pourtant, au Moyen Âge, les cheveux roux sont associés au diable et à la sorcellerie et c’est la couleur des cheveux de Judas, longtemps utilisée en peinture. Je me demande si la robe jaune-orangée de saint Pierre, en iconographie et dans la peinture médiévale, ne serait pas implicitement associée à son « reniement », la tonalité verte de sa chemise rétablissant l’équilibre.

En Asie, la couleur orange est associée à la celle du safran (de mon côté classé parmi les jaunes, ce qui est très discutable), une teinture végétale de qualité. Dans l’hindouisme, la couleur orange désigne le second chakra du corps humain, en lien avec la créativité et le dynamisme. C’est en même temps la couleur du renoncement, celle des vêtements des sannyasins comme celle de la robe des moines bouddhistes ; on a vu en Occident, dans les années soixante-dix, les adeptes de Rajneesh arpenter les rues de nos villes vêtus de cette couleur. Alors, la couleur orange était aussi « à la mode » et on se souvient des tapisseries, de la vaisselle et des vêtements de style « baba cool »… Typiquement, l’air du temps, son esthétique et l’inconscient se sont alors rejoints : quelle autre couleur aurait pu symboliser à ce point cette période qui a vu la joie et la libération des corps se confondre avec toutes sortes d’excès et de dérives ?

(1) KANDINSKY Wassily, Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier, Folio, p. 162
(2) CHEVALIER et GHEERBRANT, Dictionnaire des symboles, Bouquins, 1969

Auteur : elisabethlamour

peintre d'icônes

2 réflexions sur “La symbolique de la couleur orange

  1. I’m aglow with this colour!

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s