Elisabeth Lamour

Peintre d'icônes


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Saint Constantin le Grand

Saint Constantin de Grand, icône sur tilleul 13 x 17 cm, 2021

La mère de Constantin, Hélène (devenue sainte Hélène) était une ancienne servante d’auberge ou une prostituée. Elle épouse Constance, et Constantin naît vers 272 à Nish (actuelle Serbie). Mais les circonstances propulsent le simple centurion au statut d’empereur sous le nom de Constance II.

Hélène, jugée trop peu présentable par le nouvel empereur, est alors répudiée. Humblement, elle se retire, mais son fils lui reste fidèle. Quand il est proclamé empereur en 306 sous le nom de Constantin, il rappelle sa mère et la comble d’honneurs. 

On ne sait pas lequel des deux devint chrétien le premier et convertit l’autre.

En 312, Constantin combat son principal rival pour le trône d’Occident : Maxence. Avant la bataille du pont Milvius près de Rome, Constantin est saisi par une vision : il voit la croix ou le labarum (1) du Christ avec ces mots : « Par ce signe tu vaincras ». Il fait alors mettre le symbole chrétien sur les vêtements, les armes et les étendards de ses soldats qui remportent la victoire (on ne sait pas trop la part de légende de cette histoire).

Le règne de Constantin marque un virage décisif dans l’histoire des chrétiens. Il fait cesser les persécutions et promulgue l’Édit de Milan en 313 qui donne à chacun la liberté religieuse. Il montre cependant sa préférence pour le christianisme, accordant à l’Église d’importants privilèges.

Il convoque le concile de Nicée en 325 et fait édifier de fastueuses basiliques à Rome comme en Terre sainte.

Son œuvre législative est aussi considérable : il impose le repos dominical et autorise l’affranchissement des esclaves et d’une façon générale, améliore leur sort ; il limite le recours aux supplices et autres traitements cruels. Peut-être en soutien à sa mère dont l’honneur avait été bafoué, il limite les cas de répudiation par opportunisme, renforce le poids du mariage et promulgue des lois contre la prostitution.

À la fin de sa vie, il fait bâtir à sa gloire, sur l’ancien site de Byzance, une nouvelle capitale impériale nommée Constantinople.

Il attend le dernier moment pour se faire baptiser sur son lit de mort en 337 et serait monté droit vers le Ciel.

Les Églises d’Orient fêtent généralement ensemble Constantin et sa mère, alors que l‘Église d’Occident les fête séparément. En Orient il a le titre d’« Égal aux apôtres ».

Il est fêté le 21 mai (ainsi que d’autres dates dans le calendrier oriental)

(1) Le labarum (en grec λάβαρον) est l’étendard militaire portant le chrisme adopté à partir de Constantin par les empereurs romains. Le chrisme est le symbole du christianisme primitif : il est composé par les initiales du Christ.

Article du 15 mai 2021


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Saint Alexandre de Jérusalem

Saint Alexandre de Jérusalem, icône sur planche de tilleul creusée (15 x 20 cm)

Eusèbe de Césarée donne de son histoire quelques éléments biographiques parfois un peu confus, ce qui fait qu’on ne connaît de sa vie que des bribes. Ce qui est certain, c’est qu’Alexandre fut une personnalité importante dans l’Orient de son époque et qu’il côtoya d’autres personnages historiques majeurs.

Il est probable qu’Alexandre soit né en Cappadoce. Je n’ai rien trouvé sur son enfance. Il est l’élève de saint Clément d’Alexandrie (qui l’influence beaucoup et forme sa pensée), puis devient évêque en Cappadoce. Quand Clément est dépossédé de sa chaire, Alexandre lui propose l’hospitalité mais Clément doit très vite le remplacer, car Alexandre, accusé de prosélytisme, est emprisonné durant plusieurs années.

À sa sortie de prison, Alexandre envisage un pèlerinage en Terre sainte… dont il ne reviendra pas.

Vers 212, il accepte de seconder Narcisse, l’évêque centenaire de Jérusalem malmené par ses opposants ; c’est le premier exemple connu d’une fonction de coadjuteur. Finalement, à la mort de Narcisse, Alexandre lui succède. Il rencontre bien des difficultés pour que les fidèles judéo-chrétiens acceptent les fidèles d’origine païenne.

Vers 215, Origène (qui avait lui aussi été élève de Clément) est banni d’Alexandrie et Alexandre l’accueille, le reçoit dans son diocèse, l’ordonne prêtre et lui procure un asile paisible à Césarée où le grand penseur peut se consacrer à son immense oeuvre. Origène écrivait de son bienfaiteur : « Jamais je n’ai rencontré un évêque aussi doux et d’une telle bonté. »

Quant à Alexandre, son œuvre majeure est la réalisation de la grande bibliothèque de Jérusalem. Il réunit et conserve dans cette première grande bibliothèque chrétienne les ouvrages de valeur de l’époque pour contribuer à l’édification intellectuelle et spirituelle de sa communauté. Il est probable qu’Origène ait contribué à son enrichissement. Eusèbe y a travaillé au début du IVe siècle et grâce à elle, a pu rassembler la documentation qui permettra de réaliser son Histoire ecclésiatique.

Vers 250 (ou 251 ?) durant la persécution de Dèce, Alexandre retourne en prison à Césarée de Palestine où il meurt, « couronné d’une vigoureuse vieillesse et d’une vénérable chevelure blanche ».

Il est martyrisé et la légende embellit l’histoire : elle raconte qu’il a été jeté aux bêtes, mais que les fauves se sont allongés sur le sable de l’arène, certains venant lui lécher les pieds. Furieux, ses persécuteurs le ramenèrent en prison pour le faire périr.

Il est fêté le 18 mars en Occident et les 16 mai et 12 décembre en Orient.

Je retiens de ce personnage la grande bonté, le sens de l’accueil et la fidélité en amitié : son attachement à Origène durera tout le long de sa vie.

Article du 12 mai 2021


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Couleur de lumière

À Ravenne, au mausolée de l’impératrice Galla Placidia, la coupole est ornée de mosaïques aux couleurs du ciel tandis que les voûtes des fresques passent en Occident, du jaune ou de l’or au bleu. 

Église romane de Perse à Espalion : elle porte ces deux couleurs associées à la lumière : l’or et le bleu des cieux…

Les savants du Moyen Âge multiplient les expériences d’optique, s’interrogent sur l’arc-en-ciel et associent leurs recherches à leurs préoccupations théologiques ; ils ne parviennent à aucun consensus. 

Certains pensent que la couleur est divine, porte en son cœur la lumière et éloigne la nuit, le Malin et l’obscurité. Homme de science, l’abbé Suger encourage les artistes à jouer avec la couleur et les vibrations de la lumière. Il se réfère aux écrits de Denys l’Aréopagite, moine mystique syrien de la fin du Ve siècle et s’appuie sur la première épître de saint Jean : « Et voici le message que nous avons entendu de lui et que nous vous dévoilons : Dieu est lumière, et de ténèbres, il n’y a pas de trace en lui » (1 Jn 1, 5).

Vers 1140, l’abbé Suger fait reconstruire l’église abbatiale de Saint-Denis et encourage l’usage des couleurs, en particulier le bleu, afin de dissiper les ténèbres. On parle du bleu de Saint-Denis. On utilise alors pour les vitraux un produit très cher, le safre qui prendra plus tard le nom de bleu de cobalt. Suger évoque la « matière de saphirs » pour décrire les verres bleus des vitraux de son abbatiale. Le moine Théophile rédige à cette époque une sorte d’encyclopédie du savoir-faire artisanal et emploie la même expression, saphirum, pour désigner les fragments de verre bleu imitant la pierre précieuse. 

L’expérience de Saint-Denis convainc et inspire les artistes qui élèveront vers les cieux la cathédrale du Mans ou de Chartes d’où émergera le célèbre bleu de Chartres.

À l’opposé, d’autres hommes d’église comme saint Bernard de Clairvaux estiment que la couleur est matière, qu’elle distrait et éloigne les hommes de Dieu. L’architecture cistercienne, tout en sobriété et dépourvue de vitraux colorés, témoigne de cet état d’esprit. 

Cet article est tiré d’une émission diffusée le 14 novembre 2011 sur RCF Isère dans le cadre de la série « Tout en nuances » qui a duré pendant six années. Elle est présentée ici. L’article a été mis à jour le 6 mai 2021 et figure dans le livre « Bleu, intensément », chapitre 12.